Publié parDulens, éd. cit.. I. IV, 3, pp
118 l'expansion vers l'orient
Sobieski, son courage dont personne ne doute, et sa connaissance de toutes choses \ Par lui, et par les Jésuites résidant à Moscou, une mission serait possible. Malheureusement le P. Kochanski l'avertit bientôt que Sobieski, malgré tous ses mérites, ne sera point l'homme de cette œuvre et qu'aucune influence ne s'exercera sur un roi dont la cour est perpétuellement ambulante. Quant aux Jésuites de Moscou, en vérité il n'en existe plus un seul, depuis que le patriarche défunt s'est acharné à chasser tous les Jésuites de Moscovie.
Or, affirme Kochanski, une telle proscription n'est peut-être point définitive. Déjà, tout s'inquiète et s'agite ; une grande transformation se prépare. D'étranges récits commencent de se répandre, au sujet du nouveau tsar Pierre. 11 méprise les conseils des patriarches et, à l'encontre, rase sa barbe à la mode française, se revêt souvent de costumes également français. Bien plus : on rapporte qu'il a réclamé des Jésuites, afin qu'ils pussent disputer devant lui avec ses popes de la procession du Saint-Esprit".
Lignes émouvantes, en vérité, puisqu'elles furent les premières peut-être qui permirent à Leibniz de se représenter Pierre le Grand. Sur l'origine des rapports entre ces deux hommes,, cette lettre du 8 janvier 1692 est le plus ancien document qui nous soit aujourd'hui livré.
1. Pr. mat.-fiz., loc. cit., t. XII, p. 243. Lettre au P. Kochanski, déc. 1691.
2. Id. t. XII, p. 245. «... Nuper ablegatus Csesareus e Moscovia hac iter Viennam faciens, mihi retulit in mandatis se a Cfesare habuisse, ut missionnarios a Gtesare antehac eo missos ibique sustentatos. sed illinc expeditos, iterum reciperent... Spem... ejus rei magnam concipit ab indole Duels Pétri, qui Patriarchse sui monita spernit et, contra sensum illius, barbam more Gallico radit, vestibus itidem Gallicis seepe induitur... Quin et di.xisse perhibetur curaturum se advocari Jesuitas, ut cum sais popis de processione S. Spiritus coram se disputent. » Lettre du P. Kochanski, 8 18. janvier 1692.
Le 11 mars, Leibniz répond ^ Kochanski : « Agréables sont les choses que tu me narres du Gzar des Moscovites Pierre, et elles font espérer qu'une civilisation plus humaine pénétrera jusque dans cette nation \ » Néanmoins, dans cette même lettre il parle encore de Sobieski : « Je suis conduit à espérer grandement, par suite delà si haute curiosité du roi, que nous pourrons pénétrer un peu plus profondément dans la connaissance du Nord encore caché ". » 11 attend de Sobieski ce qu'il réclamera plus tard de Pierre le Grand et des Jésuites : un spécimen des dialectes et des langues. Le P. Kochanski répond par quelques détails sur la prononciation polonaise, qui permet d'exprimer par des inflexions de voix les différences grammaticales que d'autres langues formulent par des prépositions. Par exemple : Pe)\ sub, supra, prope, se pourront marquer par des inflexions '\ Détails non étrangers au projet; car ils semblent indiquer que les traductions dialectales demandées par Leibniz se pourront faire en fonction de la langue polonaise. Mais, en 1696, Sobieski meurt. Auguste II de Saxe est élu roi de Pologne : Leibniz reprend espoir. Et, comme vers cette même date il commence de recevoir d'abondants renseignements sur Pierre le Grand, il se demande pourquoi le Tsar ne s'unirait pas au roi de Pologne et à l'Empereur pour anéantir les Turcs \
Désir fugitif, traversé de réminiscences. Mais ce fait doit être retenu : Leibniz, quand finalement il s'attache à Pierre le
i. Pr. mat.-fiz., loc. cit., t. XII, p. 2o2 : « Jucunda sunt quse de Czare Moscorum Petro narras et spem faciunt cullus humanioris etiam ad illam gentem penetraturi. » Lettre de Leibniz à Kochanslti, 11/21 mars 1692.
2. Id., t. XII, p. 250. même lettre : « Tanta régis curiositate sciendi in magiiam spem crigor, posse nos penetrare paulo altius in notitiam abditi hactenus seplenlrionis. »
3. Id., t. XII, p. 258. Lettre du P. Kochansiti, octobre 1692.