PRÉFACE
Le sujet que nous abordons n’a pas encore été entièrement traité. Jusqu'à la fix du xixe stècle, il n'avait guère été qu’esquissé dans un article de revue par H.-A. Erhard (1) el dans une dissertation inaugurale par Frédéric- Guillaume Lange (2). Le premier, étude d'ensemble sur Leibniz historien, est forcément superficiel; la seconde, qui lui est seulement en partie consacrée et n’étudie qu'un de ses ouvrages d'histoire, est également insuffisante. Il faut attendre que Franz X. von Wegele ait traité dans un ouvrage spécial l'historiographie allemande à l’époque moderne (3), pour trouver une étude assez approfondie, appuyée sur la lecture complète des œuvres historiques de Leibniz et sur celle de quantité de pièces et de lettres qui Ss’y rapportent; encore est-elle confuse, mal présentée et un peu trop considérée par le dehors. Elle n’est, d'ailleurs, appuyée sur aucun manuscrit.
On pourrait s'étonner qu'un tel sujet n'ait encore tenté personne en Allemagne. La raison en est, semble-t-il, dans son ampleur même et surtout dans sa complexité : pour le
1. Leibnitz als Geschichisforscher. Zeitschrift für vaterländische Geschichte und Altertumskunde (Westfalens), t. X (1847), p. 2384-57. Vortrag in der Versammlung des Vereins für Geschichte und Altertumskunde Westfalens, am 16. Oktober 1846. Münster. L
2. De Imperi historicis inde a sæculi XVIII initio usque ad Joh. Steph. Puetterum conscriptis, quomodo percensendæ sint et illustrandæ. Dissertatio inauguralis historica quam..…. in alma litterarum universitate Friderica Guilelma... die xx1v. M. Junii A. MDCCCLXIIL... publice defenderet auctor Fridericus Guilelmus Lange Guestphalus. Berolini, s. d.(1863), virr-53 pages. Il s’agit à la fois de Mascov, de Bunau et de Leibniz, qui occupe les pp. 30-51.
3. Geschichte der Deutschen Historiographie seit dem Auftreten des Humanismus (Geschichte der Wissenschaften in Deutschland. Neuere Zeit, t. XX). Munich et Leipzig, 1885. Les pp. 603-6 et 618-61 sont entièrement consacrées à Leibniz. L’auteur dit, p. 661 : « Wir sind bei Leibniz und seiner Stellung in der deutschen Geschichtschreibung so lange verweilt, weil dieselbe, soweit wir zu sehen vermôügen, bis jetzt nur andeutungsweise gezeichnet worden ist und oft noch vielfach unzutreffende çder doch unzulängliche Vorstellungen über dieselbe in Umlauf sind. »
traiter à fond, il ne suffit pas, en effet, de connaître les œuvres historiques de Leibniz qui ont été éditées, il faut encore recourir à celles qui sont restées en manuscrit ; on doit les éclairer non seulement par l'étude des œuvres politiques et philosophiques de l’auteur, mais encore par celle de son immense correspondance, dont une partie reste inédite. C’est la un travail devant lequel un Allemand pouvait d'autant mieux reculer, que ce sont des étrangers, des Français (1) et des Anglais (2), qui, ces temps derniers, ont le plus approfondi les œuvres de Leibniz et que c’est un Français qui, le premier, a proposé à l'Association internationale des Académies d'éditer ses œuvres complètes (3).
Pour nous, au contraire, nous avons été favorisé par les circonstances. Depuis quelque temps déjà, nous avions conçu le projet de ce travail et nous nous disposions à l’exécuter (4), quand l’Institut nous a chargé de missions en France, en Angleterre et aux Pays-Bas, pour y rechercher les œuvres encore inédites de Leibniz, puis à Hanovre, pour y étudier les manuscrits et la correspondance relatifs à ses ouvrages d'histoire (5). Dès lors, les moyens de terminer notre étude ne nous ont jamais manqué, grâce aux bibliothèques qui
1. Outre les magistrales éditions de la Monadologie et des Nouveaux Kssais par E. Bourroux ( Paris, Delagrave, 1881 et 1886), citons : L. CouUTURAT, La logique de Leibniz, d’après des documents inédits (Collection historique des grands philosophes), Paris, Alcan, 1901; Jean BaAruzI, Leibniz et l’organisation religieuse de la terre, d’après des documents inédits (même Collection). Id., 1907.
2. R. Lavra, Leibniz. The Monadology and other philosophical writings translated with introduction and notes Oxford, 1898. B. RusseL, À Critical exposition of the philosophy of Leibniz. 1d., 1900.
3.Cf. E. Bourroux, Projet d’une édition internationale des œuvres de Leibniz. Journal des Savants, mars 1903, p. 172-3.
4. Cf. notre compte-rendu du De jure apud Leibnitium de F. ALENGRY, Revue critique, 13 mai 1900, p. 397-99.
5. Proposition et rapport présentés à l’Assemblée générale de l’association internationale des Académies qui doit se tenir à Londres en 1904, p. 5-6. Cf. Journal des Savants, juin 1904, p. 370. — Nous devons remercier ici, en particulier MM. E. Boutroux, qui nous a fait accorder ces différentes missions et nous y à constamment encouragé; G. Picot, qui s’est intéressé surtout à celle d'Angleterre; H. Omont, qui nous a donné tous les renseignements nécessaires à nos recherches dans les bibliothèques de France et des Pays-Bas.