LES PROJETS D'HISTOIRE DE BRUNSWICK ET LE € CODEX DIPLOMATICUS
Dès son retour à Hanovre, Leibniz se mit sans doute à rédiger en aliemand un rapport sur les résultats de son voyage pour l’histoire de la maison de Brunswick (1). Après avoir retracé ses recherches et ses découvertes, il déclare qu’il pense avoir donné satisfaction à la maison ducale aussi bien qu’au monde savant et qu’il compte donner aux ducs de Brunswick une histoire comme il n’en existe pour aucune maison d'Allemagne ni d'Italie et comme il y en a peu même en France et aux Pays-Bas : en un mot, il espère élever un monument en l’honneur de la maison de Bruns-
wick (2).
1. Bericht uber die Erfoge der Reise nach Suddeutschland und Italien für die Welfische Geschichte. Perrz, t. IV, p. 255-61. :
2. Id., p. 261. Il est difficile de dire quand il a eu l’idée d’écrire cette histoire; il semble cependant que c’est avant son voyage historique. V. plus haut, p. 59, n. 5. Il est certain que ce voyage y tendait, car il écrivait au baron de Grote s. d. (fin 1688) : « J’ay le plus grand desir du monde de mettre au plus tost en etat une partie de l'Histoire de la Sme Maison. » KLopp, t. V, p. #25. Cf. lettre à Windischgrætz, septembre 1691, citée plus bas p.111, n. 6. Ce qui ne l’empêchait pas d’écrire à Sophie, le 30 juin qu’on « s’estoit assez mépris icy pour m’imposer l'Histoire de la Se Maison de Bronsvic». [»., {. VIT, p.151. Peut-être aurait-il voulu seulement faire des recherches sans s’astreindre à écrire un ouvrage suivi. C’est ce qu’il paraît avoir voulu dire dans sa lettre à Mie de Schulenbourg : « Au commencement j'avois seulement entrepris de ramasser des Memoires et de faire des recherches pour servir à l’histoire de la gme Maison ». Lettres. d. (4 mai 1709). Z. d. h. V.f.N., 1884, p. 214. Peu à peu il est arrivé à parier d’une histoire suivie. 6
Peu après, Leibniz dut composer en latin, pour Ernest- Auguste ({), un résumé de son histoire (2), qu'il retoucha à maintes reprises (3) et auquel il ne donna pas de titre (4). Il y prenait l’Allemagne après les invasions germaniques, donnait quelques détails sur les anciens Saxons, l’étymologie du nom de la Westphalie et de l’Ostphalie, annonçait qu’il ferait à la fois l’histoire du pays et celle des princes de Brunswick (5). Pour le pays, ilremontait jusqu’au déluge et se demandait s’il avait été habité par des géants; pour les princes, il partait des origines d'Este, en protestant contre la tradition qui en faisait venir les habitants de Troie. Il revenait ensuite à l’Allemagne et déclarait qu’il en étudierait l’histoire primitive, surtout celle des Saxons et des Francs. Après les Carolingiens, il abordait les Empereurs saxons, originaires du pays de Brunswick (6), et les conduisait jusqu’à Lothaire IV, puis passait aux Guelfes, dont il recherchait les origines depuis Azon et qu’il arrêtait à Henri le Lion. Après avoir insisté sur ce dernier, il résumait à grands traits l’histoire du Brunswick de 1235 au xvrre siècle. Tel était le premier projet, qu’il avait formé dès son voyage et où entrait l’histoire contemporaine du duché (7).
1. On lit dans le brouillon : « Br. Duces.… aggredior (Ernesto Augusto primum pro sapientia sua æstimante quanti intersit res memoria dignas nobisque liquidas, sed tempore fugientes, sisti Stylo in fidem posterorum) ». Un peu plus loin, « Ernesti Augusti » est barré.
2. Le résumé allemand ne peut, en effet, être reporté à cette date. V. plus loin, p. 113, n. 3.
3. Le brouillon est très chargé de ratures et d’adjonctions. Ms. X XIII 173, fol. 7-12. Leibniz en a fait faire quatre Copies, portant toutes des corrections autographes. Ms. X XIII 23 a, n° 15 à 18,
4. Tout au plus lui attribuer celui de Brevis Synopsis Brunvicensis Historiæ, légèrement différent de celui qu’a adopté son éditeur: « brevemque synopsin (rerum Brunsvicensium) Æistoriæ hoc voto finianus ». Brouillon cité. De là sans doute, avec le titre du rapport sur le voyage précité, le titre de Brevis synopsis historit Guelficæ donné par PerrTz, t. IV, p. 227.
5. « Duplicem igitur provinciam meis humeris gravem sane impositam intelligo, regionis et regnantium res memoriæ prodere ». PEnrz, t. IV, p. 298.
6. « Henricus igitur, quem Aucupem vocant, ex Brunsvicensi tractu coortus, traditam a Carolingis consanguineis lampada accepit ». Ip., p. 292.
7. Il demande « qu’on veuille avoir soin de garder de bons memoires et des plans des actions passées tant en Hongrie qu’en Morée, où nos troupes ont eu
Ce n’était là cependant qu’une esquisse rapide et sans art. Un peu plus tard, vers la fin de 1690 ou le début de 1691, Leibniz dressa un autre plan divisé en Chapitres, contenant les principales références (1) et mieux composé, Après une préface générale (2), venait la géologie du pays (3). Leibniz étudiait ensuite les restes des hommes trouvés dans la terre, traitait successivement les questions des géants, des migrations des nations, des langues (4) des aborigènes (5), et abordait la période mythologique (6), puis la période historique (7), où il étudiait tour à tour tous les peuples germaniques, surtout les Saxons et les Francs. Il suivait alors le même ordre que dans le plan latin, en mêlant beaucoup plus l’histoire de Brunswick à celle de l'Allemagne et même à l’histoire générale. Jamais plan plus vaste, ni plus philosophique n’avait encore été proposé en histoire.
Dès lors, Leibniz s’occupa surtout de l’histoire de Brunswick. Peu après son retour à Hanovre, il se disait distrait des mathématiques par l’histoire et la politique (8). Un an plus tard, il répétait la même chose pour les mêmes sciences (9) et pour la minéralogie (10); il s’absorbait
quelque part ». Lettre à Platen, s. d. (avril 1688). Kzoprp, t:W, p.277. — Cf. plus bas, p. 107, n. 5 et p. 112, n. 1.