V. plus haut, p. 78, n
Leibniz pouvait, d’ailleurs, être en partie sincère, car il a dit aussi que le Code diplomatique pouvait servir autant aux hommes politiques et aux juristes qu'aux historiens (1) et il l’a nommé «un volume de pièces rares propres à éclairer l’histoire et le droit des gens (2) » Quand il en publia la suite, il y donna des pièces exposant des prétentions opposées, son « but étant de conserver ces anciens morceaux qui servent à éclaircir l’histoire et les droits des Princes sans prendre parti (3) ». C’est là, semble-t-il, la déclaration la plus acceptable (4). Ainsi Leibniz a fait, dans le Codex diplomaticus, un recueil historique qui pouvait avoir, au besoin, une portée politique, et il l’a orienté en ce sens dans sa préface; mais c’est avant tout une œuvre d’historien.
Il agit en diplomate pour vendre et lancer l’ouvrage (5). Il ou de le placer dans tous les pays de l'Europe, surtout en Allemagne par les principaux libraires des villes aux (es célèbres, Zunner à Francfort-sur-Main (6), à Leipzig Thomas Fritsch(7), qui fut très content dela vente de l’ouvrage (8). En Hollande, 1l s’adressa à Leers, « marchand libraire renommé à Rotterdam » (9), et lui fit échanger 100 exemplaires du Code diplomatique contre différents
1. « Outre qu’il y à beaucoup de choses qui interessent l'Angleterre et que d’ailleurs les affaires politiques de l’Europe sont eclaircies en bien des endroits, ce qui servira à ceux qui se mêlent des affaires aussi bien qu’à ceux qui sont curieux de l'Histoire; outre cela dis-je, les Jurisconsultes anglois qui prennent connoissance des vieilles lois écrites en Normand, c’est-à-dire en vieux françois y prendront goust, à cause de plusieurs pieces ecrites dans ce style ». Lettre à Beyrie citée plus haut, p. 126, n. 2. \
£. Lettre à Rolamb. Feper, p. 164:
3. Lettre à Th. Burnet, 2 /13 février 1700. Genr., Phil, t. III, p. 267 (Durens, t. VI, p. 265).
4. Elle est tout à fait d'accord avec celle qu’il faisait à Gh. Schrader (v. plus haut, p. 132, n. 4) et avec les faits.
5. L'ouvrage avait été tiré à un assez grand nombre d'exemplaires. D’après les lettres suivantes, Leibniz offrait d'en placer au moins 400:
6. Lettre à Zunner s. d. et réponse du 20 mars.1694. Ms. XLI, 1814, nos: 76-77.
7. Leibniz était en relation avec lui,sans doute par l'intermédiaire de Tschirnhaus (lettre de celui-ci du 12 octobre 1695 et réponse de Leibniz du 29. Geur., Briefw., p. 496 et 498-99).:
8. D’après la lettre de Leibniz du 27 janvier. 1695. KLopp, t. VI, p. Lxviri-1x.
9. D’après la suscription de la lettre du 14/24 Lee 1698. Bibl. de Leyde, papier n° 16. Original autographe.
livres de France (1). Déjà Leibniz s'était entendu avec Salviati, sans doute avocat au Parlement de Paris (2), pour obtenir un échange du même genre auprès des librairies de Paris et de Lyon, en envoyant les ouvrages à Bruxelles et à Bâle; mais il semble n’avoir pas réussi (3). En Angleterre, 1l chargea par deux fois Beyrie, résident de Brunswick à Londres, d’une semblable commission (4);
nous 1gnorons ce qu'il en résulta et s’il en fut de même en Italie.
En même temps que les hbraires, il sollicitait les savants et les hommes politiques. En Allemagne, il donna sans doute le Codex diplomaticus à tous ses amis, en particuker à ceux qui lui avaient fourni des documents ou promis d’en fournir; à Vienne il l’envoya aux comtes de Windischgrætz (5), de Kaunitz (6), d'Œttinger et de Kinsky (7) et, par ee dernier, à l'Empereur (8). En Italie, il en expédia à Florence trois exemplaires, dont un relié pour la bibliothèque du grand-duc et. les deux autres brochés pour
1. Lettre de Leers, 16 avril 1694, réponse de Leibniz s. d. et lettre d’Ammon, du 17 avril (v. st.). Ms. XLI, 1814, nos 73-74 et 78. Lettre de Basnage, 7 janvier 1695. Geur., Phul., t. III, p. 113.
2. Salviati (corr., fol. 3-4), dans la lettre du 25 octobre 169% (17 septembre dans BoDEManN, p. 250, n° 789), promet d’envoyer, dès la rentrée des avocats à Paris, « des factums... imprimés sur les matieres les moins ordinaires et les plus curieuses. agitées dans le Parlement. » Il est donc peu probable que ce soit, comme le suppose Bonemann, l'ambassadeur du duc de Florence à Paris; mais, d’après son nom, il pouvait lui être apparenté ou du moins être originaire d'Italie, ce qui expliquerait que Leibniz en ait fait son intermédiaire auprès des libraires de Lyon.
3. Il dut faire débiter directement 100 exemplaires de son livre envoyé à Mons. Lettre d’un libraire de Paris (corr. de Salviati, fol. 7) s. d., envoyée avec la suivante. Lettres de Salviati (corr., fol. 5-6 et 10-11), 12 avril 1694, 24 juin et 27 septembre 1695 et réponse de Leibniz (corr., fol. 8-9) du 45 juillet.
4. Prière de «transporter un bon nombre d'exemplaires à quelque libraire Anglois, qui voudroit le prendre à des conditions raisonnables, plus il en prendroit et plus le libraire d’icy feroit à l’Anglois des conditions avantageuses. On pourroit bien fournir jusqu’à 200 exemplaires » par Hambourg. Lettre citée plus haut, p. 426, n. 2, et lettre du 15/25 juin 16935. a., commençant ainsi : «Monsieur Berry est supplié de ce quisuit». British Museum, Ms. 4.277, fol. 108. Original autographe.