In., p. 40 (In., p
de Boinebourg, qui rêvait d’une histoire de la littérature universelle depuis l’ère chrétienne sous forme de biographies (1), et 1l ytenait beaucoup. Il y revient dans un autre mémoire de la même époque (2), où il se demande si, avant de tenter une pareille œuvre, on ne doit pas commencer par en rassembler les matériaux sous forme d’extraits de livres ou de manuscrits et surtout de relations contemporaines d’histoire et de géographie (3). Les autres projets d’encyclopédie qui datent de cette période font aussi sa part à l’histoire : quand Leibniz songea à refaire l'encyclopédie d’Alsted, il parla d’y introduire une partie historique comprenant la géographie et l’histoire proprement dite (4); mais aucune de ces tentatives n’aboutit.
En dehors de ces connaissances bibliographiques et de ces vues théoriques, on trouve des preuves de l’activité historique de Leibniz dans ses œuvres littéraires et politiques. Ses Réflexions sur l'établissement d’une académie en Allemagne, qui datent de 1669-1670 (5), contiennent une histoire un peu partiale du développement des arts mécaniques et des sciences par les Allemands (6), où 1l vante la Renaissance scientifique de l'Allemagne en l’opposant à la Renaissance artistique et littéraire de l'Italie et de Ia France (7); il fait ensuite l’histoire des sociétés savantes en France, en Allemagne et en Angle-
. WiLp, art. cité, p. 208.
Consilium de Literis instaurandis condendaque Encyclopedia. KzLoppr,
« Sed edendorum potissimum partem facere debent res hactenus in literas relatae : historia nostri temporis, itineraria ». In., Pp. 48-49, et 51-52. Cf. CouTuRAT, p. 504.
k. Projet de 1671-72. Korn NE: 266-71; cf. 262-66. Durens, t. \ÿe, p. 183-5; cf. p. 1841-2). Cf. Coururar, p. 570-3 et 44. EE. de 1747, p. 326:
5. Bedenken von Aufrichtung einer Akademie oder Societät in Teutschland, zu aufnehmen der Künste und Wissenschaften. Ad. HaRNACKk, Geschichte der Kaiserlichen preussischen Akademie der Wissenschaften in Berlin, 1900, t. IT, p. 19-26 (KLorp, t. I, P. 133-48; FoucneR pr Carerz, t. VII, p. 64-93).
6. KLorp, p. 133-40 (Foucner pe CAREIL, p. 64-78). À la même époque, il a esquissé les mêmes idées dans le De Stilo… Nizolii, $ xir. Durens,t. IV, p. 48.
AD ID MS AUTDe p. 68-69).
ei ND D
terre (1). On voit combien il connaissait l'histoire de la clvilisation moderne et contemporaine.
Hn'’ignorait ni l’histoire politique de ces époques ni l’histoire du moyen âge, comme le prouvent ses traités politiques : ils renferment tous une partie historique et montrent que l’histoire a été pour Leibniz l'introduction à la vie politique, la politique la mise en œuvre de l'histoire. Dans le
Specimen demonstrationum politicarum pro eligendo rege
Polonorum, qu’il composa en 1669 sous le pseudonyme de Georgius Ulicovius en faveur du comte palatin Philippe de Neubourg (2), on trouve de nombreux développements historiques rejetés en note sur l’histoire de Pologne et d'Allemagne (3), sur celle de France, d’après Comines et de Thou (4). Les Réflexions qu'il rédigea vers cette époque sur l'Empire romain germanique (5) sont le résumé de l'histoire de l'Allemagne, de Charlemagne à Frédéric IF, établie sur des documents contemporains; un écrit sur les privilèges de la maison d'Autriche de même date (6) est également composé d’après des documents du moyen âge.
Ce caractère historique apparaît surtout dans les différents écrits politiques que Leibniz composa de 1670 à.1672 Pour garantir l'Allemagne des attaques de Louis XIV. Déjà les Réflexions sur la sécurité de l’Empire d'Allemagne, composés en 1670 (7) et où il est question de conquêtes
1. Kiopp, p. 1389-42 (Foucxer Dr CAREIL, p. 76-82). 2. Éd. par Durens, t. IV, part. 8, p- 522-624. Sur les circonstances où
Leibniz à composé cet ouvrage, v. la lettre au P. Orban du 30 juillet 1708.
KLopp, t. I, p. xxv-vi (Durens, t..V, p. 196-7). 3. Propositions 25, 31, 58 (corollaire) et 59. Durexs, p. 543-6, 9549-51,
-589-99 et 591-5.
4. Propositions 34, 41 et 50 (corollaire 11), Ip., p. 554-5, 560 et 572-3. 5. Notata quædam voaria Leibnitii de Imperio Romano Germanico. S. d.
‘(1669 env.). KLopp, t. I, p. 151-6.
6. Von den privilegien des hochstléblisten Erzhauses Oesterreich. In., Des
7. Bedenken von der Securität des deutschen Reiches im Jahre 1670. 1D°; p- 179-327 ( Foucner pe Cane, t. VI, p. 145-252). Sur les circonstances
-où parut cet ouvrage, v. A. Kôcner,Gesch. von Hannover und Braunschweig.
Leipzig, 1884, t. Il, p. 191.
que pouvait faire la France en Orient (1), montrent qu’il connaissait à fond l’histoire politique ancienne et moderne d’après les sources : il y parle, par exemple, de la formation et de la décadence de l’Empire romain d’après les historiens anciens (2) et du grand dessein de Henri IV d’après les mémoires de Bassompierre (3). Le fameux projet d’expédition d'Égypte prouve qu’il n’avait pas moins étudié l’histoire du moyen âge.
Les origines historiques et la documentation de ce projet sont intéressantes (4). Des notes sur l’expédition d'Égypte, qui devaient servir à rédiger le mémoire définitif, contiennent toute l’histoire de la conquête de ce pays depuis le xve siècle (5). Un mémoire de même date, sur l’intérêt de la France, renferme un passage très curieux sur les grands hommes, des temps mythologiques à Louis XIV (6). Enfin le projet de conquête de l'Égypte proprement dit adressé à Louis XIV en 1672 contient, dans le sommaire (7) comme dans le développement (8), une partie purement historique sur les tentatives faites depuis Philippe-Auguste et saint Louis jusqu’à Ferdinand le Catholique et Henri VII ; Leibniz y conclut même que les croisades ont échoué, fante de s'être attaquées à l'Egypte au lieu de la Syrie (9).
1. Bedenken, $ 19, p. 274 (Foucner De CareiL, p. 167-8). Cf. Baruzi, p. 13, n. 2.