‹ Leibniz HistorienChapitre 7 sur 854 · L'ENFANCE ET LA JEUNESSE DE LEIBNIZ · texte numérisé non relu

L'ENFANCE ET LA JEUNESSE DE LEIBNIZ

Dès son plus jeune âge, Godefroi-Guillaume Leibniz s’intéressa à l’histoire. A peine sut-il lire, que son père, professeur à l’Université de Leipzig, s’efforça de lui faire aimer l’histoire sacrée et profane par des récits et des lectures (1); l'enfant y fit ainsi de rapides progrès. Un peu -plus tard — après l’âge de six ans où il perdit son père (2) — il se plaisait à lire des ouvrages entiers d’histoire(3). C’est dans les historiens qu’il apprit le latin; on le lui enseignaït d’après tous les principes et il n’avançait que lentement, quand il trouva, dans la bibliothèque de son père, un Tite- Live et une chronologie de Sethus Calvisius, érudit qui avait habité Leipzig et popularisé le de emendatione

4. Vita Lebnitii a se ipso breviter delineata. Kzopp, t. UD RAS TIT (Perrz, t. IV, p. 165; Foucner DE Careixz, Nouv. lettres, D. 379). Reprod. par Weceze, p. 620, n. 2. « Vix litteras legere didiceram, cum Historiam sacram profanamque et Geographorum libros patrio sermone versabam. » Geur., Phu., t. VII, p. 123.

2, En 1652. Vita citée. Kzopp, t. I, p. xxvit.

3. In., p. xxx1v (PERTZ, p. 166; FOUCHER DE CAREIL, p. 380), reprod. par WeceLe, p. 620, n. 3. Cf. lettre à Gabr. Wagner. GEHR., Phil., t. VII, p. 515 (trad. Foucner ne Caregir, p. 396); « Cum ego a lectione historiarum (qua ab infantia mire fueram delectatus) et a styli cura…. traductus essem ad logicam et philosophiam. » Ip., p. 185,

d LEIBNIZ HISTORIEN

temporum de Joseph-Juste Scaliger (1). L'enfant, guidé: par une histoire universelle en allemand, comprit facilement la chronologie; il n’arriva à déchiffrer Tite-Live qu’en en étudiant les gravures et en revenant plusieurs fois surlemême passage (2). Il eut le tort des’en vanter: son maître, effrayé de sa précocité, lui fit retirer le livre, ne lui laissant que la chrestomathie de Comenius (3) et le catéchisme; mais un ami de la famille fit ouvrir la bibliothèque de son père (4) à Leibniz, âgé de huit ans (5). Il revint aux historiens latins, sans doute à Tite-Live, sûrement à l'Histoire Auguste; à moins de douze ans il se mit au grec, peu après il lut Hérodote et Xénophon (6). Mais il ne s’attarda

1. WEGELE, p. 347. L'ouvrage dont parle Leibniz est évidemment l’'Opus chronologicum (1605). A la fin de sa vie, il recommandait, pour l'histoire universelle, les écrits Synoptiques de Calvisius. Lettre à Driesch. Korru., t. IV, p. 165 (Durens, t. V, p. 445).

2. « Forte ædibus ubi habitabamus offendi libri duos... unum esse memini Livium, alter erat thesaurus chronologicus Sethi Calvisii. Hos nactus statim devoravi, et Calvisium quidem facilius intelligebam, quod haberem librum historiæ universalis Germanicum, qui sæpe eadem dicebat. At in Livio hæsi diutius, nam cum veterum res atque formulas ignorarem, et historicis alioqui dictio sit a vulgi inteilligentia remota, vix lineolam bona fide intelligebam. Sed quoniam vetus erat editio incisis ligno figuris distincta, has contemplabar studiose, et non subinde subjecta verba legebam, nihil moratus obseura, et quae minime intelligebam transiliens. Quod cum saepius facerem, totumque Bbrum pervolvissem, aliquo postea intervallo rem de integro aggressus, multo plura intelligebam, quo mirifice delectatus sine ullo dictionario perréxi, donec pleraque jam plane essent, sensusque autoris manifeste appareret. » KLopp, p. xxxIv (PERTZ, p. 166: Foucaer De CAREIL, p. 880). Cf. GEBR., PRISES:

3. Il ne s’agit pas de l’Orbis sensualium pictus, Nuremberg, 1657, auquel parait se rapporter Latta, p. 1 (peut-être à cause de la citation de la Nova methodus, pars 1, $ 41, Dürexs, t. IV, part. 3, p. 178) et qui n’avait pas encore paru, mais sans doute de la Janua Linguarum Reserata, 1628, dont Leibniz a fait l'éloge. Konrm., t. III, p.263 (Durexs, t. V, p.181): 1Cf*Covu- TURAT, P. 971. — Sur Jean Amos Comenius (1592-1674), v. K. Lam- PRECHT, Deuische Geschichte, 9te Abtheilung. Neuere Zeit. Fribourg-en— Br. 1905, t. VII, p. 112-3.

4. Krorp, t. I, p. xxv (PERTZ, p.366-7; Gunrauen, t. IT, Bericge, p. 53-54; Foucner DE CAREIL, p. 381). Cf. Baruzr, DID nEL

5. « Nam cum domesticæ Bibliothecæ opportunitatem haberet, abdebat se in eam tolos,sæpe dies octennis puer et vixdum latine balbutians, obvios quoque libros nune arripiebat, nune deponebat. » GEuR., Phi, t. VII, p. 52.

6. « Nam veteres plerosque, solis nominibus mihi notos gestiebam videre, Ciceronem et Senecam, Plinium, Herodotem, Xenophontem, Platonem et historiæ augustæ Scriptcres... Hos volutabam, ut impetus tulerat, et mira

pas à ces études; il a « cultivé les humanités et les histoires jusqu’à l’aage de treize ou quatorze ans » seulement (1). Alors il aborda la philosophie: « et comme les matières de méditation » lui « plaisaient autant que les histoires et les fables (2) », il s’attacha bientôt autant aux scolastiques qu'auparavant aux historiens (3).

Même en admettant ces renseignements à la lettre, il est bien difficile d’y trouver chez Leibniz la preuve d’un goût déterminé pour l’histoire (4). Tous les enfants aiment les récits ©t Leibniz, à l’âge où il apprenait à lire, ne pouvait guère avoir de penchants différents: il est assez naturel que les narrations de Tite-Live l’aient attiré et séduit quand il commença à comprendre le latin. Cependant il a souvent insisté sur l'intérêt que l’histoire avait pour iui dans son enfance (5); cela prouve au moins qu'il aimait les faits. Tous les historiens latins ou grecs qu'il a lus pendant ses premières années sont, d’ailleurs, des narrateurs: on n'y trouve ni moralistes ou politiques comme Salluste et Tacite, ni profonds penseurs comme Thucydice et Polybe. Parmi ces historiens, Tite-Live devait exercer sur lui une grande influence; tout en reconnaissant qu’il était bon de le réserver pour l’âge mûr, il se félicitait plus tard qu'il lui fût tombé le premier entre les mains (6); ce fut pour lui, semble-t-il, le modèle de la prose latine (7).

rerum varietate delectabar; itaque nondum duodecennis Latinos commode intelligebam et Græcos balbutiare cœperam. » KLopp, p. xxxv (Perrz, P. 167; Foucner, p. 381-2).

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