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TRANSSUBSTANTIATION ET PRÉSENCE RÉELLE

Extrait d'une lettre à Arnauld.

11 y a quatre ans déjà... que je me suis voué à cette question : démontrer la possibilité des mystères de l'Eucharistie, ou, ce qui est même clio.se,rexpli([uer de telle tnanière. (jue grâce à une analyse constante et sans défaut nous parvenions aux premiers... postulats de la puissance divine... Gomme il a été d'abord établi par moi que l'essence du corps ne consiste pas dans l'étendue ainsi que l'avait pensé Descartes... mais dans le mouvement et que dès lors la substance ou nature du corps est... le prinoii)o du mouvement (car il n'y a pas de repos absolu dans les corps) ; que le j)rincipe du mouvement ou substance du corps man- ([ue d'étendue : alors enfin il apparut très clairement quelle distance séparait la .substance et les espèces, et la raison fut trouvée par laquelle il fût possible de comprendre clairement et distinctement (pie Dieu réj)andît la substance du même corps en de multiples lieuv éloijjnés, ou, ce qui est même chose, sous de multiples espèces. Car ceci sera montré éfçalement, qui ne vint à l'esprit de personne, que la transsubstantiation et la multiprésence réelle ne dilîèrent pas dans l'analyse id-

(0 Texte latin dans Gerhakdt, I, •]!\ et suiv.

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timc ; et comprendre qu'un même corps puisse être en de multiples lieux éloignés ne serait pas autre chose que comprendre que sa substance puisse être sous de multiples espèces.

Analyse de deux fragments inédits.

Dans un fragment inédit fort intéressant, compris au \'ol. II, 3 a des mss. théolog-iques, Leibniz commence par esquisser une théorie g-énérale des mystères. Les uns, dit-il, dérivent directement de la nature divine, alors même que nous serions incapables de saisir nettement le lien qui les unit à cette nature divine; telle serait, par exemple, la Trinité (F"^ 2). Les autres ne nous peuvent être accessibles que par la Révélation, parce qu'ils sont de fait, en quelque sorte : Telle serait, par exemple, l'Incarnation, cpii dépend de la volonté divine. Ces mystères peuvent être appelés «surprenants » et « paradoxaux » eu ce sens qu'ils paraissent d'abord impossibles. De même qu'il est de l'objet de la foi d'en admettre, à can.se de la Révélation, la vérité, ainsi il est de l'objet de la raison d'en co/j/j.v/7re, à cause de la démonstration, la possibilité (1).

Applicpions cette thèse au mystère de l'Eucharistie : « La présence réelle et la transsubstantiation sont contenues dans ces deux propositions : I. Le seul et même corps du (Christ qui a soull'ert jjour nous sur la croix, est présent réellement par sa substance partout où est rilostie de l'Eucharistie. — II. Dans l'hostie de l'Eu-

(l) Ut ergo Jidei exl, ob revelalioncin athnittcre veritatem ; ita rulionii est, ob demoiislntlionem, atjnoscere possibilitatein (f" u).

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charistie, sous les espèces du pain est la substance du Corps du Christ. (1).

La première proposition seule est admise par la Confession augustinienne; la seconde est ajoutée par l'Eglise romaine. — Or Leibniz, qui, nous dit-il dans un fragment, est attaché à la Confession auguslinienne, trouva, un jour qu'il travaillaità la démonstration de la présence réelle, « que la transsubstantiation et la présence réelle se contiennent réciproquement dans une analyse intime et ultime et que, dès lors, un si grand procès provient dans l'Eglise de ce que les deux partis ne se comprennent pas l'un l'autre » (2).

Subsistent donc seulement des questions de pratique, qui n'ont qu'un intérêt secondaire. Elles dérivent ellesmêmes de deux propositions :

1" La présence réelle et la transsubstantiation, métaphysiquement analogues, sont-elles instanlunées^ comme l'enseigne la Confession d'Augsboui'g, ou du^ rent-elles depuis la consécration jusqu'au temps de la corruption des espèces, comme le rapporte l'Eglise romaine ?

2" L'Hostie est-elle adorable d'un culte de Latrie? Or, celte seconde question dérive de la première : si l'hostie, en elTet, n'est le corps du Christ qu'à l'instant de la communion, l'adoration est illégitime.

Il n'y a donc entre les deux Eglises qu'une divergence pratique, non métaphysique (F" 6).

(i) Prxsentia realis, et transsubstantiatio, continentur liis duabus proposilionibus ; I Unuin idemqne corpus Christi, quod in crace pro nobis passiiin est, realUer prxsens est subslaïUia sua, ubicumque est hoslla Eurliaristiœ. II In hoslia Eucharislix, sub speciebus panis est subbtantia corporis Cliristi (f° 3).

(2) Reperi transsubslantiationem praesentiamque realem in intima uJtimaque analysi in se inincem contineri, et inde tantum litem in Ecclesia esse quod aller alieri non intelligatur (P* 4j.

Dans un autre fragment inédit Leibniz essaye de prouver la transsubstantiation selon un procédé scolastique. Il définit la substance « l'union avec un esprit » (1). Ainsi, « la substance du corps humain est l'union avec un esprit humain ; la substance des corps dénués de raison est l'union avec l'esprit universel c'està-dire Dieu» (2). « La substance du corps est donc l'union av^c un esprit qui le soutient » (3). Or, toute opération de l'esprit est pensée ; un esprit peut être simultanément en plusieurs lieux ; « l'esprit du Christ peut prodiguer l'opération, l'action, et au corps glorieux du Christ, et aux espèces du pain et du vin consacré (i) », malgré la diversité des lieux et des temps. « Donc, la substance du corps glorieux du Christ peut être présente partout où sont les espèces du pain et du vin (5). »

— En(in, dans un Iragnient autographe (i), Lcil)niz établit que l'hostie ne doit pas être adorée, mais que l'adoration doit se terminer en Jésus-Christ (7).

( i) Subslantia est nnio cum mente iU, 3b, f« a).

(a) lia subslantia corporis humani est unio cuni inenle humana ; substantia corporuni ratione carenluni est unio cuni mente universali, seu Deo (kl., (' 3).

(3) Corporis igitur substantia est unio cum mente sustentante (/</., ibid.).

(4) Omnis mentis operatio est cotjitatio... meus i(jitur Cliristi polest siniul nperallonem, actionem,,. largiri et corpori ^7ir(s/i <//<)rioso et speciebus panix et vini consecrati iisipw rnriis munei'o in variis lerrarum loris (f° 4).

(5) lijitur substantia corporis Chrisli iiloriosi ubiipic speciebus punis et vini pr.rsens esse potcsl (Ibid.).

(H) Kragmciit daté d'ocloliro lUyy. Sans lilro. H, /(.

(7) Denumatraluin est cnjo Ilostiam non adorari, sed udorationcni terminari in (llirislum. (If. f" 3i ; cl (ii.miAUDT, III, 3i8 ; « Nous aiilroH (^lir(^ti«cis Callioliquo.s n'adoroiiH que la supn^iiK- suhslanco îiniîKïnso ol infiiiio; ot nous n'adorons on Jénus-Chrisl <]iio la ph'iiiludo do la dtvinilii qui y habito. »

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