ACTE 11, SCÈNE Vïll
voyez... Il a d'autres principes , et des opinions sévères nous séparent jusqu'à la mort! Marguerite, ah! ne me défendez pas de vous aimer... non, je veux dire de penser à vous seulement, et votre mari, qui vous délaisse , ne s'apercevra jamais d'une sympathie d'âmes , si pure , si discrète , qu'elle ne prétend rien sur la terre , et qu'elle est pour ainsi dire un espoir de la vie du ciel ! . . .
MARGUERITE
Comment pouvez-vous penser à Dieu et me parler ainsi ?
frantz. ,
Dieu n'a pas prononcé l'éternité des unions humaines ! il y a dans certains pays des lois qui peuvent les dissoudre. . . et partout il y a la mort !
MARGUERITE
Taisez-vous.
FRANTZ
La mort ! . . . elle nous entoure, elle rampe sous ces fleurs et aux lueurs de cette fête! pardonnez-moi de vous frapper de crainte, mais il faut que vous le sachiez pourtant ! vous ne voyez donc pas qu'il se prépare ici des luttes sanglantes! avant deux jours, peut-être , les amis et les époux se chercheront , in-
quiets et pleurants > comme le lendemain d'un combat ou d'un incendie !
MARGUERITE
Quelle pensée avez vous , ô ciel?. .. mon mari serait menacé ! . . .
FRANTZ
Et je ne parle ici que de la possibilité de ma mort ! Je vous demande un peu de bonté... comme celui que le couteau menace , et qui obtient la pitié même de ses juges! Marguerite! dites-moi seulement que notre pensée s'unit en Dieu , afin que je me dévoue s'il le faut avec plus de courage. . .
Il lui prend la main.
MARGUERITE
Non ! non I laissez-moi : voici Diana qui revient !
Elle lui serre le bras en se débattant. — Frantz fait un mouvement comprimé.
— Grand Dieu ! vous avez été blessé là , blessé pour moi. Ob! malheureuse!... Frantz , il y a donc entre nous un sort bien fatal. Je ne voulais pas vous affliger, Frantz, mon Dieu... mais que puis-je faire?... Diana ! ... je suis sauvée.
Elle s'élance vers Diana.