ACTE II, SCÈNE VIII
PHILIPPE, d'un air triste, et lui donnant la main.
Oui , et je vous remercie, Crespo...
CRESPO , regardant la chaîne que tient Philippe.
Ah ! ah ! vous avez repris à Sanchette la chaîne d'or que le seigneur Fernand lui avait donnée ce matin... Vous avez bien fait... ce n'était pas convenable...
FERNAND
Quelle chaîne d^or
CRESPO
Celle que vous tenez à la main..»
PHILIPPE
Non , celle-ci n'appartient point au seigneur Fernand...
CRESPO
C'est singulier, on dirait qu'elles ont été faites en même temps, car elles se ressemblent exactement...
PHILIPPE
Hein !... que dites-vous ?... ( la regardant, ) Il me semble en effet... quel étonnant rapport!... Dites-moi , Crespo... vous qui avez été souvent dans les châteaux voisins , et qui connaissez mieux que moi,., tous les habitans des environs... auriez-vous quelqu'idée... de cette figure-là., et de la personne à qui ce portrait pourrait appartenir ?...
CRESPO
Vous l'avez donc trouvé ?
PHILIPPE
Oui... précisément....
Sr4
CRESPO
Attendez... attendez... {j-egardant) Eh! parbleu! qu'est-ce que je disais tout à l'heure?... cet étourdilà n'en fait jamais d'autres ! {lui rendant le portrait) C'est au seigneur Fernand.
PHILIPPE
Que dites-vous-là ?...
CRESPO
C'est le portrait de sa future... de la comtesse Amélie.
PHILIPPE , tremblant de colère.
Vous en êtes bien sûr ?...
CRESPO
Parbleu !... je viens de la voir encore il n'y a qu'une demi-heure... C'est moi qui , à la téte du village , lui ai débité la harangue de rigueur... Et ^^Dus pouvez aisément vous convaincre par vousïïiême... le portrait est fort ressemblant.
PHILIPPE
Ce portrait !... Fernand !...
CRESPO , en riant.
Eh ! sans doute... il y a long-temps qu'ils s'aimaient... et la comtesse lui aura donné ce portrait bien avant que leur union fût décidée....
En effet... il nous a dit ce matin que la comtesse lui avait donné son portrait... il y a quatre ans... ( ai^ec fureur ) quatre ans !... c'est cela... j'y suis enfin.
CRESPO
Eh bien ! qu'avez-vous donc? vous voilà comme im furieux !