‹ Leon drame en cinq actes et en proseChapitre 34 sur 52 · PATRU, M”’ DE LINIÈRES · texte numérisé non relu

PATRU, M”’ DE LINIÈRES

PATRE. J’arrive à l’instant. . et j’apprends que vous me demandée. . .

de linières. J’ai besoin de vos conseils , de votre appui , de votre talent.

pâtre. Parles...

DE linières. Ah! mon citer Patru, depuis hier il s’est passé de bien cruelles choses ! Léon ! vous savez bien ?

Léon!..

PATau. Ce jeune homme dont vous avex pris soin ?

DE LINIÈRBS. Il a été insulté.... provoqué, outragé...

PATRU. Par qui?

DE UHIÈRES. Par le marquis de Sannois.

pâtre. Un mauvais sujet... contre lequel vous voulez dresser une plainte...

* mr de linières. La plainte serait inutile... ils se sont rencontrés...

Patru, affligé. Un duel!.

de lisières. Personne ne les a vus; on n’a que des soupçons... bien vagues... Léon insulté... demandait une réparation éclatante...

PATnu. Et les tribunaux ?..

H— DE LINIÈRB8 , se méprenant sur ie «ms de l'exclamation. Oui, les tnbtuunax

apprécieront la gravité de l’offense , la conduite insultante et basse de l’agresseur... et lorsqu’élevant la voix en faveur de Léon , les magistrats entendront de votre bouche la justification de l’accusé.,.

PATRU , ares douleur. Justifier un duelliste!.. moi !.. jamais.

m”” de linières. Que dites-vous ?

patru. Le duel est uu sacrilège, un attentat, un crime ; c’est la violation de toutes les lois divines et humaines.

*”• de linières. Quel langage!

PATRU. Savez-vous à qui vous demandez de plaider eu faveur d’un duelliste? à un père dont on a assassiné le fils en duel !

à un pire qui, depuis six mois, pleure la mort de ce fils qui devait être uu jour l’orgueil de sa famille et la gloire de son pays... A vingt ans, son nom avait déjà mérité l’estime publique... la noblesse de ses sentimens, la loyauté de son caractère, lui avaient fait des admirateurs de ceux même qui n’osaient prétendre à son amitié! Mon (ils... mon Charles... tout le monde l’aimait; on n’en parlait qu’avec une aorte de respect... Jeune, ses paroles avaient l’autorité de la vieillesse... l’avenir se montrait à se» regards vaste et puissant... l’avenir, ils l’ont fermé sur lui...

A vingt-cinq ans, ils l’ont tué... tué pour un mot... ils me l’ont rapporté percé de deux coups d’épée., ils l’ont jeté mourant .. mort dans les bras de son père...

et je défendrais un duelliste!..

M me de linières. Ah! pardon d’avoir rouvert une blessure...

patru. Elle saignera toujours, si”' de linières. Mais quand l’honneur parle, la raison iinpuissaule...

PATRU. L’honneur! dites un préjugé barbare... qui jette la vie d’un homme aux mains du plus fort, du plus adroit...

et quelquefois du plus insolent! la loi n’atteint que le coupable... en est-il de même dans vos combats singuliers ?.. Non ; le mari outragé tombe sous les coups du séducteur de sa femme... le pire qui venge l’honneur de sa hile est immolé par l’infâme qui la lui a ravie ! la balle du premier misérable vient frapper le >œur le plus noble, l’esprit le plus élevé, le caractère le plus loyal : un honnête homme meurt de la main d’un fripon; le génie est tué par la sottise ! voilà la justice uu duel.

M"” DE LINIÈRES. Ainsi, toul espoir m’échappe... le seul homme sut lequel j’avais compté me refuse son appui !.. la haine qu’il porte à un préjugé: barbare, va jusqu’à le rendre injuste... oui, injuste, fallait-il donc qu’il se laissât égorger ? Vous

ta tuouiif

THXiTIAL.

exécrez le duel...' moi aussi, je l’ai en horreur... mais ce n’est pas un duel!., aucun rendez-vous n’a été donné , convenu... aucun témoin n’était présent...

personne ne peut dire : Je l’ai vu... un duel... c’est un guet -à -pens, qu’il faut dire.

patru. Un guet-à-pens?

H”' DE linières. Léon... un enfant, qui n’a jamais su tenir une épée... Aussi,

C our flétrir et perdre ce malheureux jeune oiunie, ils ont trouvé plus commode de l’accuser d’un assassinat.

PATRU. Us l’accusent d'un assassinat?

»"• de LINIÈres. Lui?., une noble créature dans l'ame de laquelle il n’est jamais entré aucunemauvaise pensée... lui., grand et généreux qui, vingt fois, au ris-

3 ue de sa rie, a sauvé d'une mort certaine es vieillards, des enfans qui lui étaient inconnus !.. lui ! qui ne peut voir une injustice sans en gémir d’indignation... lui !.. un assassin!., an! non, vous ne le croyez pas!., vous ne l’avez pas cru, n’est-ce pas ?.. mais moi, je l’aurais vu... vu de mes propres yeux, que j’en douterais encore... il l’avouerait lui-méme, que je lui dirais : Tais-toi... tais-toi... non... non, c’est impossible.

patru. Et dans quelle prison est-il renfermé?

**• de linières. H est encore ici.

PATRU. Ici!

DE LINIÈRES. Pour quelques instans peut-être. . . car on m’a dit à la Chancellerie, que d'un moment à l'autre on attendait l’ordre de le transférer au Châtelet.

patru. Faites en sorte... que je puisse le voir... causer avec lui quelques minutes.

de LINIÈRES. Ah ! vous consentez donc !..

PATRU. Avant de consentir à me charger de sa défense, j’ai besoin d’apprendre de lui-méme comment les choses se sont passées...

de LINIERES. Je pense bien qu’ils ne vous refuseront pas l’entrée de la prison, à Tous !.. je vais moi-même m’en assurer...- (Retenant sur ses pas.) Parlez-lui avec douceur.. ne l'effrayez pas trop sur sa position., ab ! si vous pouviez lire dans mon cœur...

si vous saviez tout ce que je souffre...

patru. Les avocats ont l'habitude de tout deviner.

n® # de linières. Ah! s’il était vrai !..

je serais plus tranquille.

(Elle sort.)

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