DE LOI SUR LÀ PROTECTION DE LÀ SANTÉ PUBLIQUE
Le rôle de Le Fort à la Faculté ne fut pas moins considérable : c’est d’abord son cours ; le succès continu, qui remplissait l’amphithéâtre, était justifié par une compétence parfaite, par l'animation et la clarté des démonstrations, par l’originalité captivante des exposés. C’est, ensuite le dévouement infatigable, avec lequel il mettait au service de l’École ses connaissances particulières des questions d’enseignement et d’administration; de là une série de rapports de premier mérite, qui marquent et décident les étapes de notre Faculté, alors quelque peu retardataire, vers une organisation meilleure, la rapprochant peu à peu des modèles de l’étranger.
En 1878, sur la création des chaires cliniquess spéciales , et sur la participation des agrégés à renseignement ; — en 1882, sur Y organisation du concours de V agrégation dans les Facultés de médecine; — en 1885, sur Y organisation du stage hospitalier ; — en 1893, sur la réforme des études médicales ; voilà les principaux de ces rapports, ils ont toute la valeur de documents historiques, et ils accroissent encore la série des services rendus par leur auteur.
En 1884, par mutation de chaire, Le Fort devint professeur de clinique chirurgicale à l’hôpital de la Pitié.
J’y occupais moi-même, depuis l’année précédente, la chaire de clinique médicale.
Singulier retour fatidique des choses
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Cette rencontre qui nous faisait travailler côte à côte, nous rajeunissait de vingt-cinq années, en nous reportant aux temps lointains, nos temps héroïques à nous, où nous nous retrouvions chaque semaine, avec Charcot, Vulpian, parfois avec Yerneuil, dans le cénacle de la rue de Lille, pour collaborer, sous la présidence de Dechambre, à la Gazette hebdomadaire.
Souvent encore j’assiste par la pensée à ces réunions du mardi ; je vois la grande table au tapis vert, chargée des livres, brochures et journaux parvenus depuis la dernière conférence; je retrouve notre empressement avide à dépouiller ces matériaux de toute provenance et de toute langue, pour en extraire ce qui pouvait être le plus utile à 1 intérêt et à l’actualité du journal ; je me représente notre surveillance jalouse de la répartition de ces richesses entre la médecine et la chirurgie; — je me rappelle aussi, non sans gratitude, cette partie de la séance dans laquelle nous soumettions à notre rédacteur en chef nos articles originaux, et les revues d'histoire et de critique, qui nous avaient été confiées ; les encouragements ne nous manquaient pas, mais les éloges n’étaient pas toujours sans réserves, et le sage qui nous dirigeait avait souvent fort à faire pour réprimer et contenir dans de justes limites les élans trop audacieux de ses jeunes auxiliaires. Comment d’ailleurs ne pas accueillir et suivre avec reconnaissance les conseils de Dechambre? Cet homme de bien, à qui notre Académie fut heureuse plus tard d’ouvrir ses portes, n’avait-il pas élevé le journalisme médical à une hauteur scientifique et morale qui ne peut pas être dépassée?
Mais je m’arrête ; j’en ai trop dit déjà, ces souvenirs sont une douleur, car je n’ai plus personne pour en partager l’émotion; le destin cruel frappant sans trêve ses coups stridents a fauché la pléiade autour de moi, et devant notre table de la rue de Lille je serais aujourd’hui tout seul à m’asseoir.
Cette communauté de travail qui commença vers 1860, et dura plusieurs années, rapprochait deux hommes unis déjà par cette sympathie particulière, qui résulte de la communion imprévue des idées réformatrices : je venais de créer et d’appliquer ma méthode des études internationales généralisées ; Le Fort venait de créer et
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d’appliquer sa méthode des statistiques étrangères comparées; précieuse affinité, qui fut renforcée en 1862 et 1863 par nos nominations presque simultanées dans les hôpitaux et dans l’agrégation.
Une attraction aussi fortement motivée devint bientôt une de ces amitiés rares, dont la vitalité brave tous les incidents; nul plus que moi d’ailleurs, par suite de ce rapprochement précoce, n’a aussi tôt connu, aussi tôt apprécié les qualités éminentes, qui devaient se manifester avec tant de valeur dans toute la carrière, et tous les travaux de Le Fort.
Il était d’une inflexible droiture, son culte était celui de la vérité, de la justice et du droit, aux dépens même de l’intérêt personnel ; mais lui, le fougueux défenseur de l’indépendance et de la liberté, il avait un maître souverain, le devoir, dont il était le serviteur résolu ; il allait là où il voyait son devoir ; il pouvait, comme chacun, se tromper dans cette appréciation première, mais une fois qu’il l’avait conçue et qu’elle était devenue pour lui un devoir à remplir, il s’y conformait, dut-il alors faire violence aux entraînements de l’amitié. Tel était d’ailleurs le prix de cette amitié qu’elle subsistait entière après cette divergence d’un moment; on respectait une décision prise comme un devoir, on s’inclinait devant elle, se gardant bien d’ajouter à la déception subie, la perte d’un bien plus valable que tout le reste.
Épris de la vérité, Le Fort déployait pour sa recherche un zèle inlassable; quand il l’avait saisie, il s’appliquait à la faire prévaloir avec une égale fermeté. — A sa droiture était associée une imperturbable franchise devenue proverbiale; en face d’une contradiction née de l’ignorance, elle allait parfois jusqu’au coup de boutoir ; mais avec son esprit d’équité, il acceptait la critique, pour peu qu’elle lui parût éclairée, et il n’hésita jamais à confesser lui-même son erreur, s’il en avait commis quelqu’une. Pourtant, sa tolérance avait une limite qui lui fait honneur : il la fixait lui-même en des termes bien connus : « Pensez et dites de moi ce que vous voudrez, répétait-il, « mais ne touchez pas à Malgaigne. »
Les écrits, les discours, toute la vie de Le Fort témoignent du plus pur patriotisme ; j’entends le patriotisme vrai qui signale hautement
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les défauts et les infériorités pour en provoquer le remède, et non pas ce faux patriotisme qui préfère la dissimulation à la vérité, qui ose, dans son aveuglement, qualifier de mauvaise action la déclaration gênante du mal, et qui s’en remet, pour les corrections les plus urgentes, au temps, à quelque heureux hasard, ou à la contrainte d’une catastrophe finale.
Le Fort n’a que trop connu ce prétendu patriotisme à l’occasion de ses travaux sur les hôpitaux et les maternités, et sur la chirurgie de guerre; et, par un autre point de contact avec ce vaillant ami, je l’ai connu, moi aussi, lorsqu’en 1864, avec l’assentiment de Duruy, le ministre libéral, j’ai publié le rapport de ma mission officielle pour l’étude des Facultés de médecine de l’Allemagne ; je l’ai connu de nouveau, plus acerbe encore dans sa fixité rétrograde, et dans ses appréciations malveillantes, lorsqu’en 1874, par conscience et par respect pour la France, j’eus le pénible devoir de révéler et de flétrir à cette tribune les hontes et les dangers du lazaret de Pauillac. Ab! sans doute, l’amour-propre national est un sentiment louable, mais il doit fléchir devant la vérité, car l’intérêt national prime tout pour le patriotisme digne de ce nom.
Le Fort soumettait à une étude scrupuleusement approfondie toutes les questions qu’il abordait, quel qu’en fût le sujet, se créant en toute matière une compétence solide, qui dépassait souvent celle des hommes les plus autorisés en apparence, de par leur situation ; c’est ainsi que dans sa polémique avec l’évêque d’Orléans sur la date de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, il eut aisément raison du prélat, moins bien documenté que le chirurgien.
L’origine de ce débat fut un passage de la leçon d’ouverture faite par Le Fort le 8 novembre 1873 sur l’histoire de la chirurgie. Voici le texte : « Le fanatisme religieux n’avait pas même fait grâce aux « œuvres de l’antiquité, et la destruction des bibliothèques avait « mis le comble aux malheurs qui frappaient la science. 11 me faut « ici rectifier une calomnie imaginée et propagée, pour des raisons
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« faciles à comprendre, par les moines du moyen âge. Ce ne fut pas « au vie siècle par Eumer (auquel on donne le nom d’Omar), mais « au ive, et à l’instigation de Théophile, évêque de cette ville, que fut « brûlée la bibliothèque d’Alexandrie, placée dans le temple de « Sérapis, en même temps que la populace, excitée contre eux, mas- « sacrait les savants qui y avaient cherché asile. »
Un an et demi plus tard, à l’Assemblée nationale dont il faisait partie, Mgr Dupanloup, dans la séance du 14 juin 1875, incrimina ce passage comme mal fondé, et antichrétien, et recommanda l’ensemble du discours à M. le ministre de l’Instruction publique.
A la suite de cette motion, Le Fort adressa à Mgr Dupanloup une lettre rectificative démontrant l’exactitude de son affirmation. Cette lettre, publiée dans le journal le Temps , débute en ces termes:
A Monseigneur l'évêque d'Orléans , député à l'Assemblée nationale.
Monseigneur,
« Dans la séance de l’Assemblée nationale du 14 juin, vous m’avez « fait l’honneur de recommander à M. le ministre de l’Instruction « publique une de mes leçons professées à la Faculté de médecine, « et pour justifier cette recommandation, qu’en langage laïque on « appelle une dénonciation, vo’us vous êtes appuyé sur des citations « volontairement incomplètes. Ceci, monseigneur, était plus qu’une « faute, c’était une maladresse, et M. Beaussire vous l’a prouvé en « rétablissant la sincérité du texte. »
Le paragraphe suivant tranche la question : « Vous « dénoncez à « l’opinion publique » cette assertion : que la bibliothèque d’Alexan- « drie a été brûlée par des chrétiens soulevés à la voix de leur évêque, « et non par des musulmans, au ive siècle et non au vi°. Je ne vois pas ce que l’opinion publique vient faire en pareille matière. Il « s’agit d’un fait historique que vous croyez discutable ; ai-je raison, « ai-je tort dans mon appréciation? Voilà toute la question. Au lieu « de porter devant l’Assemblée, qui ne me paraît pas avoir été insti- « tuée pour la résoudre, cette question d’histoire, il eût été plus
« simple, et plus prudent pour vous, monseigneur, de l’étudier ; et « cela vous eût été d’autant plus facile, que j’avais pris soin d’indi- « quer en note sur quel ouvrage en particulier j’appuyais mon dire. » « Ce livre qu’un évêque devrait connaître beaucoup mieux qu’un « chirurgien, est intitulé : Pauli O sorti presbyteris Hispani adversus « Paganos historiarum libri septem.
« Osorius, prêtre espagnol, après avoir visité en pèlerin la Pales- « tine, passa à Alexandrie au commencement du ve siècle, c’est-à-dire « sous Théodore II, et comme il vit les choses de ses propres yeux, « je crois, monseigneur, pouvoir, sans vous blesser, donner à son « témoignage plus d’importance qu’au vôtre, puisque vous avez le « tort heureux de vivre quatorze cents ans plus tard, et je ne me crois « pas obligé, parce que c’est une opinion généralement acceptée, « d'accuser Omar d’avoir brûlé au vT siècle une bibliothèque qui « n’existait plus depuis deux cents ans. Quoi que vous puissiez en « penser, je soutiens que ce n’est point attaquer la religion du Christ, « que de flétrir les erreurs et les crimes commis en son nom par des « ignorants ou des fanatiques. »
Et la lettre continue avec son argumentation décisive.
Au mois d’octobre de cette même année 1875, Le Fort publia dans la Gazette hebdomadaire un mémoire qui expose l’ensemble de cette controverse historique; ce travail, intitulé la Bibliothèque d'Alexandrie et sa destruction , est un modèle à la fois d’érudition vraie, de discussion judicieuse, et d’irréfutable critique.
En raison même de sa méthode d’étude, Le Fort n’avait pas d’opinions ; il n’avait que des convictions, et le mode de leur acquisition les rendait irréductibles ; de là dans son langage ce ton d’autorité, que l’on interprétait bien à tort comme l’effet d’une trop bonne opinion de lui-même, alors que c’était simplement la force de la vérité conquise par une étude préalable. L’expression était toujours ferme et décidée, et bien souvent, même dans les entretiens familiers, il commençait par un moi longuement accentué, que renforçait fré-
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quemment encore un brusque croisement des bras sur la poitrine ; ce début annonçait l’affirmation indiscutable d’une conviction absolue.
La conversation de Le Fort était toujours attrayante et instructive, comme la variété en était inépuisable : sciences, littérature, politique, libéralisme et tolérance, souvenirs et anecdotes de voyages, épisodes des guerres d’Italie et du Slesvig ; siège de Metz, campagne de la Loire, en étaient les thèmes favoris, et toujours l’animation, la valeur de l’expérience personnelle rehaussaient l’intérêt des sujets. Des éléments d’un autre ordre enrichissaient encore ces causeries, car Le Fort était un agronome émérite, et c’était un plaisir toujours renaissant de l’entendre raconter avec sa verve ordinaire, ses efforts et ses succès pour l’aménagement et l’amélioration de son beau domaine du Briou dansleLoiret, commune de Ménestreau-en-Villette. Comme tout était pour lui un sujet d’étude, il s’était adonné avec ardeur à la pisciculture et à l’aviculture ; et ce n’est pas sans fierté qu’il parlait du prix d’honneur obtenu en 1891 au concours général du palais de l’Industrie, pour l’acclimatement en France du dindon sauvage d’Amérique.
Le Fort donnait à sa résidence du Briou tout le temps dont il pouvait disposer ; c’est là qu’il trouvait le véritable repos selon ses goûts, c’est là qu’il dépouillait avec empressement tout caractère officiel ; c’est là qu’il fallait le voir, comme j’ai eu le plaisir de le voir souvent, pour le connaître réellement, pour apprécier sa bonne humeur, la simplicité de ses manières, l’entrain cordial de son hospitalité. Au Briou, il n’y avait plus ni professeur, ni académicien, il y avait Le Fort, le fermier; mais le chirurgien restait, toujours prêt à prodiguer aux malades ses conseils et ses soins ; l’homme du monde avait disparu, mais l’homme charitable demeurait, pour le secours des malheureux. — Devenu maire de la commune de Ménestreau, il se dévoua sans réserve aux intérêts de ses administrés, et il dut à leur reconnaissance une véritable popularité.
Pour satisfaire aux multiples exigences de son incessante activité, Le Fort heureusement pouvait compter sur sa robuste constitution.
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Du reste, sa personnalité physique imposait l’attention : la taille, dépassant la moyeune, offrait de justes proportions avec l’ampleur de la carrure aux épaules effacées ; l’attitude était invariablement droite, l’allure toujours digne et pondérée, non sans quelque raideur ; le visage était légèrement halé ; expressifs en leur vigoureux dessin, les traits disaient la virilité du caractère; les yeux sous d’épais sourcils brillaient d’une loyale franchise ; la voix, sonore et bien timbrée, sentait le commandement ; ajoutons les cheveux en brosse, la barbe en pointe, le geste sobre et bref, et nous retrouverons, autant du moins qu’il m’est possible de le reproduire, l’aspect militaire qui, de tout temps, avait distingué Le Fort, etquis’était encore prononcé après la guerre de 1870.
Tout en lui annonçait la force etla résistance, et de fait, après tant de campagnes et de voyages, après trente années de travail continuel et de luttes ardentes, il restait inaccessible à la fatigue, conservant entière son admirable énergie.
Tel il était encore, lorsqu’en décembre 1892 il fut élevé par d’unanimes suffragesàla vice-présidence del’Académie pour 1893. Plusieurs fois il occupa le fautenil, et eut ainsi mainte occasion de montrer les qualités d’un président modèle. C’est sous sa présidence qu’est venu en délibération le projet de loi sur la santé publique, conséquence, on l’a trop oublié, de sa proposition toute personnelle de 1891 ; non seulement il conduisit les débats avec une remarquable maîtrise, mais ilprit une large parta cette discussion, et dans la séance du mardi 17 octobre en particulier, il donnait de nouvelles preuves de son habileté et de sa dialectique coutumières.
Le mercredi 18 il se rend au Briou, la nuit suivante, il est indisposé, cependant le jeudi matin il se lève; mais il se sent fatigué, et dans l'après-midi il se retire dans sa chambre pour prendre du repos ; le repos, hélas! fut éternel, il ne se réveille plus, la mort a fait son œuvre, démentantune fois encore les plus belles perspectives de longévité. Le Fort avait soixante-quatre ans.
Ce malheur fut annoncé à l’Académie dans la séance du 24 octobre par A. Guérin, qui présidait comme ancien président ; il rappelle en termes émus que Le Fort dirigeaitla séance précédente avec toute sa vivacité ordinaire, et c’est dans le silence d’une douloureuse stupeur
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que l’Académie écoute l’éloquent adieu prononcé en son nom par notre collègue Ch. Perier aux obsèques, qui ont eu lieu au Briou le 23 octobre (1).
Léon Colin, prenant alors la parole, exprime avec toute la puissance de la sincérité, les regrets que la mort si imprévue de Le Fort inspire à l’armée, et au corps de santé militaire; et le baron Larrey, qui avait eu Le Fort sous ses ordres dans la campagne d’Italie, s’associe avec un chaleureux élan à ce témoignage d’affliction et de reconnaissance.
Ces hommages, spontanément ajoutés à celui du président, étaient contraires, il faut qu’on le sache, au protocole ordinaire de nos séances funèbres, mais l’Académie s’y joignit tout entière. Le Fort n’eùt pas ambitionné de plus grand honneur.
Le président A. Guérin adresse ensuite les regrets de la Compagnie à la famille éplorée, et la séance est levée en signe de deuil.
En 1865, une alliance scientifique de solidité éprouvée fut transformée en une alliance de famille ; Le Fort épousa l’une des filles de son maître Malgaigne, et durant vingt-huit années, il dut à l’affection et aux vertus de cette digne compagne, un foyer de bonheur inaltérable.
Il laissait un fils et une fille. Après avoir parcouru les premiers degrés de la scolarité médicale, le fils se voua complètement à l’agriculture, et à l’exploitation de son domaine du Briou, coutinuantainsi, pour le plus grand bien de la contrée, l’œuvre, de son père ; il s’est de plus appliqué à la culture des sciences naturelles, de l’ichthyologie en particulier, sur laquelle il a fait à diverses reprises, et cette année encore, de remarquables conférences à la Société d’acclimatation.
Pour sa fille, Le Fort eut la même clairvoyance que Malgaigne avait eue pour la sienne en 1865; et il eut la joie delà donner en mariage,
(1) Au nom de la Faculté de médecine, le professeur Panas a rendu le suprême hommage au collègue disparu, en une touchante allocution, toute vibrante des souvenirs et des regrets d’une ancienne et constante amitié.-
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en 1891, à un jeune chirurgien qui avait brillamment triomphé dans les concours de Tagrégation et des hôpitaux.
La veuve de Le Fort lui survécut de cinq ans ; dans sa douleur, elle eut la consolation d'assister à la transformation de sa gracieuse fille en une mère accomplie, dont la sollicitude maternelle sait encore se concilier avec les dévouements d’une active charité; — elle put aussi voir grandir de jour en jour les succès et la renommée de son gendre, qui devint bientôt un représentant légitime de cette hérédité nouvelle, que j’ai signalée dans un précédent éloge.
Malgaigne, Le Fort, Lejars, surprenante et féconde succession, qui prouve que les trilogies modèles ne sont pas toutes du domaine de la fiction.
De son vivant, Le Fort ignorâtes bustes et les médailles ; après sa mort, la piété de sa veuve et l’affection de son gendre lui ont élevé un monument, dont la solidité et la durée sont exprimées par la classique devise du poète latin : c’est la publication intégrale de ses œuvres, qui fut achevée en 1896. L’éloquent discours prononcé par notre collègue Ch. Monod à la Société de chirurgie en 1895, est l’introduction naturelle de cet ouvrage sans précédent.
Devant cette œuvre immense, toute d’initiative, de progrès et de services rendus, l’éloge est impuissant, mais qu’importe, il est inutile- ■: en sa noble grandeur, l’œuvre parle haut et ferme, elle se suffit à elle-même pour établir à jamais des droits et des mérites un moment oubliés, et, mieux que tous les panégyriques, elle réalise victorieusement l’espérance consolatrice de son auteur, qui souvent en appelait avec raison de l’ingrate indifférence de son temps au jugement réparateur de l’avenir.