‹ Léon XIII devant ses contemporainsChapitre 32 sur 34 · Acte de consécration à Marie immaculée · texte numérisé non relu

Acte de consécration à Marie immaculée

Lettre pastorale sur VEglise catholique et le dix-neuvième Siècle.

Le protestantisme, source de rincrédulité contemporaine. Caractère de tette incrédulité qui nie Dieu luimême. Nécessité de reprendre l'enseignement catholique par la base.

Preuves de Texistence de Dieu, tirées de Tordre et de la contingence du monde, ainsi que du consentement universel des peuples. Attaques de la science moderne ■ contre la Providence. Puérilité de ces attaques.

Attaques contre la révélation. Preuve historique de la divinité de Jésus-Christ et de son œuvre. La diffusion merveilleuse de PÉvangile, autre preuve de son origine divine.

La raison n'est pas la règle suprême du vrai, car elle est limitée, bornée^ finie. Vérités surnaturelles et vérités naturelles. Nécessité morale de la révélation des vérités naturelles.* La révélation ennoblit la raison. Résultats de la révélation au point de vue du progrés de l'humanité. Impuissance de la raison abandonnée à ses seules forces. Aberrations et incertitudes de la philosophie antique. Impuissance de l'éclectisme.

Tentatives de l'impiété, pour bannir Dieu du sanctuaire de la conscience. Désastreux résultats de la morale indépendante : l'État divinisé, la criminalité s*accroissant sans cesse, les peuples se précipitant vers le césarisme.

L'Église est Tarche du salut. Rage de l'impiété contre elle, parce qu'elle possède seule le dépôt des vérités révélées. Invincible force de l'Église^ attestée par son admirable unité, depuis le concile du Vatican. Devoir des catholiques : Se grouper, sans respect humain, autour d'elle pour la défendre. Apostolat laïque. Règles d'après lesquelles il doit s^exercer.

Lettre pastorale sur V Eglise et la Cmlisation (Pre^ mière partie).

Guerre faite à l'Église, au nom de la civilisatioa. Déûnition de la civilisation. L'Eglise n'est pas l'ennemie de la civilisation, elle en est le principe. Nécessité de restreindre le sujet, en montrant simplement d'abord que la civilisation matérielle est favorisée par l'ËIglise.

Le travail est la source de la propriété matérielle. Le travail considéré comme abject, chez les Grecs, les Romains, les Barbares. Le travail honoré et sanctifié dans l'Église. Les moines donnent l'exemple du travail. Heureux résultats du travail : Prospérité matérielle des républiques italiennes au moyen-âge.

L'Église a rendu un autre service non moins signalé, à la civilisation : elle a empêché l'abus du travail. Ses prescriptions, concernant le repos des jours de dimanche et de fête. Utilité de c& repos.

L'Église favorise l'étude des forces de la nature, ainsi que les découvertes modernes! L'étude de la nature conduit à Dieu. Exemples et témoignages de plusieurs savants catholiques. L'Église a fait participer les pauvres aux bienfaits de la civilisation matérielle. Condition misérable des pauvres daQs l'antiquité. Dignité des pauvres dans l'Église.

Par conséquent, attaquer l'Église au nom de la civilisation, c'est un crime; parler de bannir l'Église du gouvesnement des sociétés modernes, c'est vouloir ramener les peuples au paganisme.

Lettre pastorale sur FEglise et la Civilisation (Deuxième partie).

L'Église est la source du progrès moral de l'humanité. Aujourd'hui encore, grâce à l'Église, nous ne voyons plus l'esclavage et les jeux du cirque déshonorer les sociétés chrétiennes.

La doctrine pratique de l'Église et les exemples du Christ proposés aux hommes, comme le type achevé de toute perfection, ont opéré la transformation morale du monde. Remède à la tripe concupiscence de l'homme. La tempérance, Thu milité, transforment l'individu. La charité modifie les rapports mutuels des hommes. La haine reparaît parmi eux, depuis qu'on a déclaré la guerre aux enseignements de TÉglise. Transformation de la famille et de la société civile, opérée par l'Église. L'Église rend l'autorité civile plu6 paternelle et donne aux peu(^ea la liberté.

Nécessité d'un modèle vivant, pour favoriser le progrès moral de l'homme. Jésus-Christ, type achevé de toute perfection humaine. Jésus, modèle des petits, des ott» rriers, des pauvres, des grands, des rois. Jisus modèle des parents et des enfants.

Déplorables résultats de la morale indépendante, prêchée au peuple. On le séduit en se servant des grands mots de civilisation, de progrès. Le dergé a le devoir de l'éclairer.

A la suite du catalogue des Lettres pastorales de Varchevêque-évéque de Pérouse, nous aurions voulu publier les sommaires des Encycliques et des Discours écrits ou prononcés par Léon XIII depuis son élévation au Souverain Pontificat. Mais Vénumération des œuvres de cet infatigable travailleur est si longue, qu'elle demanderait à ce livre plus de pages qu'il n'en peut contenir. D'ailleurs, les lecteurs du monde entier ont connu chacune de ces Encycliques, aux heures successives de leurs publications qui marquèrent la date d'autant d'événements religieux ou politiques.

Mais, ayant déjà publié l'Encyclique sur la Condition des Ouvriers dans un précédent volume que le regretté Manning avait écrit pour cette Bibliothèque des Petits Polémistes, nous sommes heureux d'ajouter aujourd'hui à ce précieux dépôt la dernière Encyclique aux Catholiques de France que Léon XIII a rédigée pour nous et dans notre langue maternelle.

LETTRE ENCYCLIQUE DE S. S. LE PAPE LÉON XIII AUX ARCHEVÊQUES, ÉVÊQUES, AU CLERGÉ ET A TOUS LES CATHOLIQUES DE FRANCE.

A nos Vénérables Frères les Archevêques ^Évéques, au Clergé et à tous les Catholiques de France.

Vénérables Frères, Très Chers Fils,

Au milieu des sollicitudes de TEglise universelle, bien des fois, dans le cours de Notre Pontificat, Nous Nous sommes plu à témoigner de Notre affection pour la France et pour son noble peuple. Et Nous avons voulu, par une de Nos Encycliques encore présente à la mémoire de tous, dire solennellement, sur ce sujet, tout le fond de Notre âme. C'est précisément cette affection qui Nous a tenu sans cesse attentif à suivre du regard, puis à repasser en Nous-même Tensemble des faits, tantôt tristes, tan-

tôt consolants, qui depuis plusieurs années se sont déroulés parmi vous.

' En pénétrant à fond, à l'heure présente encore, la portée du vaste complot que certains hommes ont , formé d'anéantir en France le christianisme, et Tanimosité qu'ils mettent à poursuivre la réalisation de leur dessein, foulant aux pieds les plus élémentaires notions de liberté et de justice pour le sentiment de la majorité de la nation, et de respect pour les droits inaliénables de T Eglise catholique, comment ne serions-Nous pas saisi d'une vive douleur? Et quand Nous voyons se révéler, Tune après Tautre, les conséquences funestes de ces coupables attaques qui conspirent à la ruine des mœurs^ de la religion et même des intérêts politiques sagement compris, comment exprimer les amertumes qui Nous inondent et les appréhensions qui Nous assiègent ?

D'autre part. Nous Nous sentons gntndement consolé iorsque Nous voyons ce même peuple français redoubler, pour le Saint-Siège, d'affection et de zèle, à mesure qu'il le voit plus délaissé. Nous devrions dire plus combattu sur la terre. A plusieurs ret^^îses mus par un profond sentiment de religion et de vrai patriotisme, les représentants de toutes les classes sociales sont accourus de France jusqu'à Nous, heoreux de sobvenir aux nécessités incessantes de l'Ëglise, désireux de Nous demander lumière etcon-

seil, pour être sûrs qu'au milieu des présentes tribulations ils ne s'écarteront en rien des enseignements du Chef des croyants. Et Nous, réciproquement, soit par écrit, soit de vive voix, Nous avons ouvertement dit à Nos fils ce qu'ils avaient droit de demander à leur père. Et loin de les porter au découragement, Nous les avons fortement exhortés à redoubler d'amour et d'efforts dans la défense de la foi catholique/en même temps que de leur patrie : deux de* voirs de premier ordre, auxquels nul homme, en cette vie, ne peut se soustraire.

Et aujourd'hui encore Nous croyons opportun, nécessaire même, d'élever de nouveau la voix, pour exhorter plus instamment, Nous ne dirons pas seulement les catholiques, mais tous les Français honnêtes et sensés, à repousser loin d'eux tout germe de dissentiments politiques, afin de consacrer uniquement leurs forces à la pacification de leur patrie. Cette pacification, tous en comprennent le prix; tous, de plus en plus, l'appellent de leurs vœux. Et Nous, qui la désirons plus que personne, puisque nous représentons sur la terre le Dieu de la paix (i), Nous convions par les présentes Lettres toutes les âmes droites, tous les cœurs généreux, à Nous seconder pour la rendre stable et féconde.

(i) « Non enim est dissensionis Deus, sed pacis. » (ICOR. xiv.)

Avant tout, prenons comme point de départ une vérité notoire, souscrite par tout homme de bon sens et hautement proclamée par l'histoire de tous les peuples, à savoir que la religion, et la religion seule, peut créer le lien social ; que seule elle suffît à maintenir sur de solides fondements la paix d'une nation. Quand diverses familles, sans renoncer aux droits et aux devoirs de la société domestique, s'unissent, sous l'inspiration de la nature, pour se constituer membres d'une autre famille plus vaste, appelée la société civile, leur but n*est pas seulement d'y trouver le moyen de pourvoir à leur bien-être matériel, mais surtout d'y puiser le bienfait de leur perfectionnement moral. Autrement la société s'élèverait peu au-dessus d'une agrégation d'êtres sans raison, dont toute la vie est dans la satisfaction des instincts sensuels. Il y a plus ; sans ce perfectionnement moral, difficilement on démontrerait que la société civile, loin de devenir pour l'homme, en tant qu'homme, un avantage, ne tournerait pas à son dé<triment.

Or la moralité, dans l'homme, par le fait même qu'elle doit mettre de concert tant de droits et tant de devoirs dissemblables, puisqu'elle entre comme élément dans tout acte humain, suppose nécessaire ment Dieu, et, avec Dieu, la religion, ce lien sacré dont le privilège est d'unir, antérieurement à tout

autre lien, Thomme à Dieu. En effet, l'idée de moralité importe avant tout un ordre de dépendance à l'égard du vrai, qui est la lumière de l'esprit ; à regard du bien, qui est la fin de la volonté : sans le vrai, sans le bien, pas de morale digne de ce nom. Et quelle est donc la vérité principale et essentielle, celle dont toute vérité dérive? C'est Dieu. Quelle est donc encore la bonté suprême, dont tout autre bien procède ? C'est Dieu. Quel est enfin le créateur et le conservateur de notre raison, de notre volonté ; de tout notre être, comme il est la fin de notre vie ? Toujours Dieu. Puis donc que la religion est l'impression intérieure et extérieure de cette dépendance que nous devons à Dîeii à titre de justice, il s'en dégage une grave conséquence qui s'impose : tous les citoyens sont tenus de s'allier pour maintenir dans la nation le sentiment religieux vrai, et pour le défendre au besoin, si jamais une école athée, en dépit des protestations de la nature et de l'histoire, s'efforçait de chasser Dieu de la société, sûre par là d'anéantir bientôt le sens moral au fond même de la conscience humaine. Sur ce point, entre hommes qui n'ont pas perdu la notion de l'honnête, aucune dissidence ne saurait subsister.

Dans les Catholiques français, le sentiment religieux doit être encore plus profond et plus universel, puisqu'ils ont le bonheur d'appartenir à la vrjiie reli-

378 AFPCKDIGSS

gk>n. Si, -en effet, les cro3^ces rdigienses f^reiit, toujours et partout, données oxame base à la laoralité 'des actions humaines et à rexistenoe de toute société h\éa ordonnée, il est évident que la religion catholique, par le fait même qu'elle est la vraie £glise de Jésus-Oirtst, possède plus que toute autre Teficadté voulue pour bien légler la vie, dans la société comme dans rindivirctu. En faut-il un éclatant exemple ? La Fraâce elle-même le fournit. — A. mesure qu'elle progressait dans la foi chrétienne, on Ja Toyait monter gradueUement à cette grandeur morale qu^elle atteignit comme puissance politique et militaire. C'est qu'à la gén^Dsité naturelle de son cceur^ la cltarité chrétienne était venue ajouter une abondante source de nouvelles énergies ; c'est que son activité merveilleuse avait rencontré, tout à la fois comme, aiguillon, lumière directrice et garantie de constance, cette foi chrétienne qui, par la main de la France, traça dans les annales du genre humain des pages si giorieases. £t, encore aujourd'hui^ sa foi ne continue-t-^lle pas d'ajouter aux gloires passées de nouvelles gloires ? On la voit« inépuisable de génie et de ressources, multiplier sur son propre sol les œuvres de charité; on l'admire partant pour les pays lointains où, par son or, par les labeurs de ses misssionnaires, au prix mêdEne de leur sang, elle propage d'un même coup le renom de là France et les

bienfaits de la .religion catholique. Renoncer à de telles gloires, aucun Français, quelles que soient par ailleurs ses convictions, ne Toserait : ce serait renier sa patrie.

Or rhistoire d'un peuple révèle d'une manière incontestable quel est Télément générateur et conservateur de sa grandeur morale. Aussi, que cet élément vienne à lui manquer, ni la surabondance de For, ni la force des armes, ne sauraient le sauver de la décadence morale, peut-être de la mort. Qui ne comprend maintenant que, pour tous les Français qui professent la religion catholique, la grande sollicitude doit être •d'en assurer la conservation; et cela, avec d'autant 4>lus de dévouement, qu'au milieu d'eux le christianisme devient, de la part des sectes, l'objet d'hostilités plus implacables? Sur ce terrain, ils ne peuvent se permettre, ni indolence dans l'action, ni division de partis ; l'une accuserait une lâcheté indigne du chrétien, Tautre serait la cause d'une faiblesse désastreuse.

Et ici, avant de pousser plus loin, il nous faut si- ^aler une calomnie astucieusement répandue, pour accréditer^ contre les catholiques et contre le Saint- Siège lui-même, des imputations odieuses. — On prétend que l'entente et la vigueur d'action inculquées aux catholiques pour la défense de leur foi ont, comme secret mobile, bien moins la sauvegarde des intérêts religieux que l'ambition de ménager à l'Eglise

38q appendices

une domination politique sur CEtat. — Vraiment, c'est vouloir ressusciter une calomnie bien ancienne, puisque son invention appartient aux prepiiers ennemis du Christianisme. Ne fut-elle pas formulée tout d*abord contre la personne adorable du Rédempteur? Oui» on l'accusait d* agir par des visées politiques, alors qu* Il illuminait les âmes par sa prédication, etqu'il soulageait les souffrances corporelles ou spirituelles des malheureux avec les trésors de sa divine bonté : Nous avons trouvé cet homme travaillant à bouleverser notre peuple^ défendant de payer le tribut à César t et sHntitulant le Christ-roi... Si Vous lui rende\ la liberté^ vous n^êtes pas ami de César : car qui^ conque se prétend roi, fait de l'opposition à César.., César est pour nous le seul roi (i).

Ce furent ces calomnies menaçantes, qui arrachèrent à Pilate la sentence de mort contre Celui qu'à plusieurs reprises il avait déclaré innocent. Et les auteurs de ces mensonges, ou d'autres de la même force, n'omirent rien pour les propager au loin, par leurs émissaires, ainsi que saint Justin martyr le reprochait aux Juifs de son temps : « Loin de vous repentiry après que vous ave\ appris sa résurrection

(i) « Hune invenimus subvertentem gentem nostram, et prohibentem tributadare Caesari, et dicentem seChristuip regem esse. (Luc. xxiii, 2.) Si hune dimittis, non es amicus Caesaris; omnis enim qui se regem facit contradicit Caesari... Non habemus regem nîsi Caesarem.» (Joan., six, 12-1 5.) .

(Tentre les morls^ vous ave:{ envoyé de Jérusalem des . hommes habilement choisis, pour annoncer qu'une hérésie et une secte impie avaient été suscitées par un certain séducteur j appelé Jésus de Galilée >> (i).

En difTamant si audacieusement le Christianisme, ses ennemis savaient ce qu'ils faisaient; leur plan était de susciter contre sa propagation un formidable adversaire, TEmpire romain. La calomnie fit son chemin , et les païens, dans leur crédulité, appelaient à l'envi les premiers chrétiens « des êtres inutiles, des citoyens dangereux, des factieux, des ennemis de V Empire et des empereurs » (2). En vain les apologistes du Christianisme par leurs écrits, en vain les chrétiens par leur belle conduite, s'appliquèrent-ils à démontrer tout ce qu'avaient d'absurde et de criminel ces qualifications : on ne daignait même pas les entendre. Leur nom seul leur valait une déclaration de, guerre; et les chrétiens, non pour aucune autre cause, se voyaient forcément placés dans cette alternative : ou l'apostasie ou le martyre. — Les mêmes griefs et les mêmes rigueurs se renouvelèrent plus ou moins dans

(i) « Tantum abest ut pœnitentiam egeritis, postquam Eum a mortuis resurrexisse accepistis, ut etiam... eximiis delectis viris, in omnem terrarum orbem eos miseritis, qui renonciarent haeresim et sectam quamdam impiam et iniquam excitatam esse a Jesu quodam galilaeo seductore. i> {Dialog, cum Tryphone.)

(2) Tertuir., In Apolog, ; — Minutius Félix, In Octavio,

les siècles suivants, chaque fois que se rencontrèrent des gouvernements déraisonnablement jaloux de leur pouvoir et animés contre TEglise d'intentions malveillantes. Toujours ils surent mettre en avant, devant le public, le prétexte des prétendus envahissements de l'Eglise sur FEtat» pour fournir à TEtat des apparences de droit, dans ses empiétements et ses violences envers la religion catholique.

Nous avons tenu à rappeler en quelques traits ce passé, pour que les catholiques ne se déconcertent pas du présent. La lutte, en substance, est toujours la même : toujours Jésus-Christ mis en butte aux contradictions du monde; toujours les mêmes moyens mis en œuvre par les ennemis modernes du Christianisme, moyens très vieux au fond, modifiés à peine dans la forme ; mais toujours aussi les mêmes moyens de défense, clairement indiqués aux chrétiens des temps présents par nos apologistes, nos docteurs, nos martyrs. Ce qu'ils ont fait, il nous incombe de le faire à notre tour. Mettons donc au-dessus de tout la gloire de Dieu et de son Eglise; travaillons pour elle avec une application constante et effective; et laissons le soin du succès à Jésus-Christ, qui nous dit : Dans le monde y vous sere^ opprimés ; mais ayei^ confiance, j'ai vaincu le monde (i).

(i) « In mundo pressuram habebîtis : sed confidite, ego vici mundum, » (Joan. zvi, 33.)

Poirr aboutir là, Nous Favoias déjà remarqué^ grande union est nécessaire, et si ïoa veut y parve» nir, il est indispensable de mettre de côté toute préocctipation capable d'en amoindfir la force et ] 'efficacité. — ici, No-ois eatendons principal'emcitt faire allusion aux divergences poEtiques des Franw çais, sur la conduite à tenir envers la RépËtbliicpse actuelle : question que nous désirotrs traîner avec la clarté réclamée par la gravité du sujet, en partant des prTRcipes et en descendant aux conséquences pratiques.

Divers gouvernements politiques se sont succédé en France, dans le cours de ce siècte, et chactm afvec sa forme distinctrve : empires, monarchies, républiques. En se renfermant dans tes abstractions, on arriverait à définir quelle est la meilleure de ces formes, considérées en elles-mômes; on peut affii?mer également en toute vérité que chacune d'elles est bonne, pourvu qu'elle sache marcher droit à sa. fin, c'est-à-dire le bien commun, pour lequel Tautorite sociale est constituée ; il convient d'ajouter finalement qu'à un point de vue relatif telle ou telleforme de gouvernement peut être préférable', comme s'adaptant mieux au caractère et aux mœurs dte telle ou telle nation. Dans cet ordre d'idées spéculatives les catholiques, comme tout citoyen, ontpleineliberté de préférer une forme de gouvernement à l'autre, pré-

Gisement en vertu de ce qu'aucune de ces formes sociales ne s^oppose, par elle-même, aux données de la saine raison, ni aux maximes de la doctrine chrétienne. El c*en est assez pour justifier pleinement la sagesse de l'Eglise alors que, dans ses relations avec les pouvoirs politiques^ elle fait abstraction des formes qui les différencient, pour traiter avec eux les grands intérêts religieux des peuples, sachant qu'elle a le devoir d'en prendre la tutelle, au-dessus de tout autre intérêt. Nos précédentes Encycliques ont exposé déjà ces principes; il était toutefois nécessaire de les rappeler, pour le développement du sujet qui nous occupe aujourd'hui.

Que si Ton descend des abstractions sur le terrain des faits, il faut nous bien garder de renier les principes tout à l'heure établis : ils demeurent inébranlables. Seulement, en s'incarnant dans les faits, ils y revêtent un caractère de contingence déterminé par le milieu où se produit leur application. Autrement dit, si chaque forme politique est bonne par ellemême et peut être appliquée au gouvernement des peuples, en fait, cependant, on ne rencontre pas chez tous les peuples le pouvoir politique sous une même forme ; chacun possède la sienne propre. Cette forme naît de l'ensemble des circonstances historiques ou nationales, mais toujours humaines, qui font surgir dans une nation ses lois traditionnelles et

même fondamentales : et par celles-ci se trouve déterminée telle forme particulière du gouvernement, telle base de transmission des pouvoirs suprêmes. ^

Inutile de rappeler que tous les individus sont tenus d'accepter ces gouvernements, et de ne rien tenter pour les renverser ou pour en changer la forme. De là vient que TEglise, gardienne de la plus vraie et de la plus haute notion sur la souveraineté politique, puisqu'elle la fait dériver de Dieu, a toujours réprouvé les doctrines et toujours condamné les hommes rebelles à Tautorité légitime. Et cela, dans le temps même où les dépositaires du pouvoir en abusaient contre Elle, se privant par là du plus puissant appui donné à leur autorité, et du moyen le plus efficace pour obtenir du peuple l'obéissance à leurs lois. On ne saurait trop méditer, sur ce sujet, les célèbres prescriptions que le prince des apôtres, au milieu des persécutions, donnait aux premiers chrétietîs : « Honorez tout le mondé : aimez la fraternité : craignez Dieu : rendez honneur au roi » (i). Et celles de saint Paul : « Je vous en conjure donc avant toutes choses : ayez soin qu'il se fasse au milieu de vous des obsécrations, des oraisons, des demandes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois, et pour tous ceux qui se sont élevés en

(i) « Omnes honorate; fraternitatem dilligite : Deum timete : regem honorificate. • (I Petr., ii, 17.)

386 APPENMCES

dignité, afin iquftjious menions une vie tranquille, toute piété et chasteté : car cela est bon et agréable devant Dleu^ notre SauTenr » (i)«

Cependant, il faut soigneusement le restacopuer ici : quelle que scxit Ja forme des pouYoirs. civils dans une nation, on ne peut la considérer comme telles ment définitive qu'elle, doive demetirer immuaUe^ fût'^ce l'intention deoeuxqm, à Torigine^. Font -déterminée. — Seule l'Eglise de Jésus-Christ a pu. conserver, et conservera sifcrement jusqu'à la oosisom* mation des teaips, sa forme, de gouvemement: Eomidée par Celui qui étaii^ qui est^ et qui sera dans iis siècles (2), elle a reçu de Lui^.dès son origine, toiiCce qu'il lui fuftt pouur paHuirsuivre sa mission: divine^ à travers l'océan mobile des choses humai nas^. Et, loin d'avoir besoin de traAsformer sa constitution essen^ tielle, elle n'a même pas le pouvoir de renoncer- aux conditions de vraie liberté et.de souveraine indépeii^ dance dont la Providence l'a mujsie. dans Tintérèt* général des àrnes* — Mais» quant aux sociétés ponre^

(i) « Obsecro igitur-primùm omnium fie ri obsecratioaes, orationeSy' postula tiones, gratiarum actiones, pro omnibus hominibus^ pro regibus, et omnibus qui in sublimitate sunt, ut quietam et tranquillam vitam agamus, in omtiî pietate et cas ti ta te : hoc enim bonum est, et acceptuiat coram Salvatore nostro Deo. i (I Timoth., 11, i seqq.)

(2) d Jésus Christus heri, et hodie; ipse in sascula» » (Hebr., 111, 8.)

jLppxnsiCEs }Sy

inuônt kumaines, a-est ..vm iaït gnavé cent fois dans Fitistofre que le .temps, ce grand tcansfbrmatenr de tout ici-bas, opère dans Jses iastitmtions politkpies de profoods changements.

Parfois il se. borne à jnc»Mefr quelque chose à la forme de gduverxueiaeiit' établie ; :d*autres'f6is, il va jusqu'à substituer aux formes primitiites d^autres foDmes totalement différeates, sans en excepter le mode de transmission- du pouvoir souv^^rain.

Et comment viennent à se pcoduice ces changements politiques, dont Nous .packms? Ils succèdent parfois à des crises violentQS^ trop somEcat saaaglantes, au milieu desquelles les gouvernements préexistants disparaissent .en fait : voilà Taiiiarchie, qui ^miae ; bientôt l'ordre public. est bouleversé, jusque «lans ses fondements. Dès lors une nécessité sociale s'i3aipose.' la natiem ; elle doit, sans cetacd, pourvoir à ellemême. Comment n'auraât-eUie pas.le droit, et pins encore le devoir xle se dé£endre contce mi état de choses qui la trouble si profomd)ément, ti de ritabJkîr la paix publique dans la tranqa2Jilité.^e Tordre? Or cette nécessité sociale justifie . la' création «t Texistence des nouveaux gouvernements, quelque fosme qu'ils prennent; puisque, dans Thypothèse où/nous raisonnons, cesnouveatox goBvernement& sont néceasairement requis par l'ordre public, tout ordre public étant impossible sans un gouvernement. Il suit d^ là

que, dans de semblables conjonctures, toute la nouveauté se borne à la forme politique des pouvoirs civils, ou à leur mode de transmission ; elle n'affecte nullement le pouvoir considéré en lui-même. Celui-ci continue d'être immuable et digne de respect, car, envisagé dans sa nature, il est constitué et s'impose pour pourvoir au bien commun , but suprême qui donne son origine à la société humaine. £n d'autres termes, dans toute hypothèse, le pouvoir civil, considéré ccjmme tel, est de Dieu et toujours de Dieu : « Car il n'y a point de pouvoir, $i ce n^est de Dieu » (i).

Par conséquent, lorsque les nouveaux gouvernements qui représentent cet immuable pouvoir seront constitués, les accepter n'est pas seulement permis, mais réclamé, voire même imposé par la nécessité du bien social qui les a faits et les maintient. D'autant plus que l'insurrection attise la haine entre citoyens^ provoque les guerres civiles et peut rejeter la nation dans le chaos de l'anarchie. Et ce grand devoir de respect et de dépendance persévérera, tant que les exigences du bien commun le demanderont ; puisque ce bien est, après Dieu, dans la société, la loi première et la dernière.

Par là s'explique d'elle-même la sagesse de l'Eglise dans le maintien de ses relations avec les nombreux

(i) a Non est enim potestas, nisi a Deo 9 (Rom., xiii, i).

APPENDICES 38g

gouvernements qui se sont succédé en France, en, moins d*un siècle, et jamais sans produire des se* cousses violentes et profondes. Une telle attitude est la plus sûre et la plus salutaire ligne de conduite pour tous les Français, dans leurs relations civiles avec la République, qui est le gouvernement actuel de leur nation. Loin d'eux, ces dissentiments politiques qui les divisent ; tous leurs efforts doivent se combiner, pour conserver ou relever la grandeur morale de leur patrie.

Mais une difficulté se présente : « Cette république, fait-on remarquer, est animée de sentiments si anti- . chrétiens que les hommes honnêtes, et beaucoup plus les catholiques, ne pourraient consciencieuse^ ment Taccepter, » Voilà surtout ce qui a donné nais* sance aux dissentiments, et les a aggravés. — On eût évité ces regrettables divergences, si Ton avait su tenir soigneusement compte de la distinction considérable qu*il y a entre « pouvoirs constitués et législation ». La législation diffère à tel point des pouvoirs politiques et de leur forme que, sous le régime dont la forme est la plus excellente, là législation peut être détestable ; tandis qu*à l'opposé, sous le régime dont la forme est la plus imparfaite, peut se rencontrer une excellente législation. Prouver, rhistoire à la main, cette vérité, serait chose facile ; mais à quoi bon ? tous en sont convaincus. Et

■ I ■ . i— — ^i^— »— I m I m - I II ■■!

qaiu, .mieux que rÉgHse, est ea. mesure de. le sarroÎT^ éiie qui s'est efforcée d'entreténtr des rscpports habitaariiS avec tcms les régiïmes politiques ? Certes, plus que toute autre puissance, elle saurait dire ce que Icû ont: souvent a<pporté de consolations ou xle douleurs les lois des divers gouvernements qui ont successive-^ Hieoit régi les peuples, de TEmptre cômaiin jusqu'à nous.

Si la distinction tout à Fheure établie a son insportance majeure, elle a aussi sa raison manifeste: la législation est Toeuvre des» hommes investis du pouvoir et qui, de fait, gouverxtent la nation. D'où il césulte qu'en pratique, la qualité des Iqis dépend plus delà qualité des ces> bomimes^que de la forme du pouvoir. Ces lois seront donc bonnes ou mauvmes, selon V. que ,les légialateurs aueaal l'esprit imbu de bons ou de mauvais principes et ad laisseront diriger, eu par la prudence poMtiqpxe, aa par ia passixom.

Qu'en .Firance, depuis plusieurs années, divers actes importants de la législaliion aient procédé de tendances, hostiles à la religion et, ^par conséqueiït, aux intérêts de la natiNna, < c'est Haveu^de tous,^miEl-» hcoireusemeiKt conânmé :par l^évidence des faits^ Nous-mème, ob^ssant il un devoir sacré, Nous < en adressâmes des pladnices vivement senties à eeki ^ui était alors à la tète de la Répub^qoe. Ces tendances cependant persistèrent, le mal .s'aggrava, et l'on ne

APFBNDirCES ^9 1

G8umt s*étoiEoer que les membrei de I^iscopat français^ placés, par L'Bsprit-SmBft painrTégir leacs dsflBérentes et itUustres ég^aes> ^aicot regnrdé, jencore tout récenmsent, comme, une obligation d'en^nmcr publiqaemait leur dooleor, tamchasit lasîtsiatiion cftéée< en France à la reUgion-catholique. Pauvre France l' Dieu seul peut mesarer Tablme de nanxioù elle' s'enfcnce-* roÈl si cette législatîion, loin de s'amélsover, s'obstinaît dans rnie telle dériftÉîonqui abouthrait à arracher de Tes^t et du cœnr des Français k religion qui les -a laits si grands.

Et voilàr précisément le* terrain sur tequel , tout dis- <9entiment politr<^e rah à part, les gens de bien àdoÎTcnt s'unir comme un seul hoiiiti»e* pour combattre, par 'tons les moyens légmoc et honnêtes, ces abas progressifs de- la législaliîon. Le respect q^se Ton doit amx ponvoirs constôtués ne^saûrait rinteiMisre : il ne peut imposer ni le respect, ni beauoonp moins Tobéissance sans limites à toute mesure législative quelconque, édictée par ces mêmes pouvxûrs. Qu^on ne Toublie pas, Ibu loi «st .jme . prescriptnion ocdoimée selon la raison et promulguée, proar le biende la communauté, par ceux qui ont reçu à cette, fin le dép^tdu pou¥ocr..£n.con€écfiteace, îmuûs onneipeat approtrfer'des po int s de législation qui soient hostiles à la religion et à Dieu ; c'est, au contraire, un devoir de les répDOttver. C'est ce cpte le grand évèque

d'Hippone» saint Augustin, mettait en parfaite lu« mière dans ce raisonnement plein d'éloquence : « Quelquefois, les puissances de la terre sont bonnes et craignent Dieu; d'autres fois, elles ne le craignent pas. Julien était un empereur infidèle à Dieu, un apostat, un pervers, un idolâtre. Les soldats chrétiens servirent cet empereur infidèle. Mais, dès qu'il s'agissait de la cause de Jésus-Christ, ils ne reconnaissaient que Celui qui est dans le ciel. Julien leur prescrivait-il d'honorer les idoles et de les encenser; ils mettaient Dieu au-dessus du prince. Mais, leur disait-il : Formez vos rangs pour marcher contre telle nation ennemie, à l'instant ils obéissaient. Ils distinguaient le maître éternel du maître temporel et cependant, en vue du maître éternel, ils se soumettaient même à un maître temporel » (i). Nous le savons, l'athée, par un lamentable abus de sa raison et plus encore de sa volonté, nie ces principes. Mais»

(i) a Âliquando... protestâtes bonae sunt, et timent Deum ; aliquando non timent Deum. Julianus extitit infidelis impe* rator, extitit apostata, iniquus, idolâtra : milites christiani servierunt imperatori infîdeli; ubi veniebatur ad causam Christi, non àgnoscebant nisi Illum qui in cœlis erat. Si quando volebat ut idola colerent, ut thurifîcarent, praeponebant illi Deum equando autem dicebant : Producite actem, ite contra illam gentem; statim obtemperabant. Distinguebant Dominum aeternum, a domino temporali: et tamen subditi [erant propter Dominum aeternum, etiam domino temporali. » (Enarrat. in Psalm. cxxiv, n. 7. fin.)

en définitive, Tathéisme est une erreur si monstrueuse qu'elle ne pourra jamais, — soit dit à Thonneur de rhumanité, — - y anéantir la conscience des droits de Dieu pour y substituer Tidolâtrie de l'Etat.

Les principes qui doivent régler notre conduite envers Dieu et envers les gouvernements humains étant ainsi définis, aucun homme impartial ne pourra accuser les catholiques français, si, sans épargner ni fatigues ni sacrifices, ils travaillent à conserver à leur patrie ce qui est pour elle une condition de salut, ce qui résume tant de traditions glorieuses enregistrées par l'histoire,, et que tout Français a le devoir de ne pas oublier.

Avant de terminer notre Lettre, Nous voulons toucher à deux autres points connexes entre eux, et qui, se rattachant de plus près aux intérêts religieux, ont pu susciter parmi les catholiques quelque division. — L'un d'eux est le Concordat, qui, pendant tant d'années, a facilité en France l'harmonie entre le gouvernement de l'Eglise et celui de TEtat. Sur le maintien de ce pacte solennel et bilatéral, toujours fidèlement observé de la part du Saint-Siège, les adversaires de la religion catholique eux-mêmes ne s'accordent pas. — Les plus violents voudraient son abolition, pour laisser à l'Etat toute liberté de molester l'Eglise de Jésus-Christ. D'autres, au contraire» avec plus d'astuce, veulent ou du moins assurent

394 A^PBNDIGES

yfoé^ir ia conservation du Concordat : non. pas* qu*Hs recoisnaissientâ TËtat le devoir de remplir envers TEgHse les engagements 'soascnts, mais unicpitemeût pour le faire bénéficier des concessions faites. par PËglise; comme si Ton poiiv^ût à son gré séparer les en^^emënts pris.desconcessîozis obtenues, alors que ces deux choses font partie substantielle di'imn seul tout. Pour eux,, le Coa![COFdat ne resterait donc. que ccomme une chaln;e propre à entraver la liberté de l!£glise, cette liberté sainte, â laquelle elle a un dr^t divin et inaliénable. I>e ces deux opinions, laquelle prévaudra? Nous Tignorons. Noos arvons voulu seulement les rappeler, pour commander aux catholiques de ne pas provoquer de scission sur un siajet dont il appartient au Saint-Siège de s'occuper.

Nous ne tiendrons pas le môme langage sur l'antre point, .concernant le principe de la sféparation de l'Etat et de l'Église, ce qui équivaut à séparer la lé* gislation humaine <ie la Iségi&ktioin chrétienne et di vine« Nous ne voulons pas nous arrêter à démontrer ici tout ce qu'a d'absurde la théorie de cette séparation ; chacun le comprendra de lui-même. Dès. que l'-Etat refuse de donner à Dieu ce qui est à Dieu, il refuse, par une conséquence nécessaire, de donner aux. citoyens ce à quoi ils ont droit comme hommes ; car, qu'on le veuille ou non, les. vrais droits de Fhomme iuûssenl précisément de ses devoirs envers EKieu.

D'où il suk que l'Etat^ en maaqnaat, sous ce rapport^ le but principal de. son institution, aboptit, .enréajofté; à se .renier lui-mêaue;, et à dém^xtir ce qui est la rai-^ son de sa propre existence... Ces vérîtésr supérieures} sont si clairement proclamées par la. vaix même; delà raison naturelle., qu'elles s^isaposent à tout hommB: que n'aveugle pas la violence: de. la passion. Les-^car tboliques^ en conséquence, ne saunûent trop se garder de soutenir une telle séparation. En ef&t, vouloir qjtie TEtat se sép^ire de T Eglise, ce serait vouloir, parnoer conséquence logique, que TEglise fût réduite à la liberté de vivre selon le droit commun à tous les citoyens. — Cette situation, il est vrai, se.piroduit dans certains pays. C*est une. manière d'être qui^ si, elle a de nombreux et graves inconvénients, offre aussi quelques avantages, surtout quand le législateur, par une heureuse inconséquence; ne laisse pas que de; s'inspirer des principes chrétiens; et ces avantages, bien qu'ils ne puissent justifier le faux principe de .la séparation, ni autoriser à le défendre, rendent c&r pendant digne de tolérance un état de choses qtii, pratiquement, n'est pas le pire. de tous.

Mais, en France, nation catholique par ses traditions et par la foi présente de la grande majorité de ses fils, l'Eglise ne doit pas être mise dans la situation

précaire qu'elle subit chez d'autres peuples. Les ca-r tholiques peuvent d'autant moins préconiser la sépa^

ration, qu*ils connaissent mieux les intentions des ennemis qui la'désirent. Pour ces derniers, — et ils le disent clairement, cette séparation, c'est l'indépendance entière de la législation politique envers la législation religieuse; il y a plus, c'est Tindifférence absolue du pouvoir à Tégard des intérêts de la société chrétienne, c'est-à-dire de TEglise, et la négation même de son existence. — Ils font cependant une réserve qui se formule ainsi : dès que T Eglise, utilisant les ressources que le droit commun laisse au moindre des Français, saura, par un redoublement d^ son activité native, faire prospérer son œuvre, aussitôt l'État intervenant pourra et devra mettre les catholiques français hors du droit commun lui-même. — Pour tout dire en un mot, l'idéal de ces hommes serait îe retour au paganisme : l'Etat ne reconnaît l'Eglise, qu'au jour où il lui plaît de la persécuter.

Nous avons expliqué. Vénérables Frères, d'une manière abrégée, mais nette, sinon tous, au moins les principaux points sur lesquels les catholiques français et tous les hommes sensés doivent pratiquer l'union et la concorde pour guérir, autant qu'il est possible encore, les maux dont la France est affligée, et pour relever même sa grandeur morale. Ces points sont : la religion et la patrie, les pouvoirs politiques et la législation, la conduite à tenir à l'égard de ces pouvoirs et à l'égard de cette législation, le Concordat,

■r s, -/ >. .~ '--^- -JM^

la séparation de TEtat et de TEglise. — Nous nour^ rissons Tespoir et la confiance que réclaircissement de ces points dissipera les préjugés de plusieurs hommes de bonne foi, facilitera la pacification des esprits et^par elle, l'union parfaite de tous les catholiques, pour soutenir la grande cause du Christ qui aime les Francs,

Quelle consolation pour notre cœur, de vous encourager dans cette voie, et de vous contempler tous répondant docilement à notre appui! — Vous, Vénérables Frères, par votre autorité et avec le zèle si éclairé pour TEglise et la Patrie qui vous distingue, vous apporterez un puissant secours à cette œuvre pacificatrice. — Nous aimons même à espérer que ceux qui sont aux pouvoirs voudront bien apprécier nos paroles, qui visent à la prospérité et au bonheur de la France.

En attendant, comme gage de Notre affection paternelle, Nous donnons à vous. Vénérables Frères, à votre Clergé, ainsi qu'à tous les Catholiques de France, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, le 16 février de Tannée 1892, de notre pontificat la quatorzième.

Léo pp. XIII.

Page 1