SCÈNE IV
LÉONARD, LA CIGALE
LÉONARD, à la Cigale.
Viens ici, viens donc... que je te regarde... Je l’ai embrassée, mais je ne t’ai pas vue... (il la prend par les deux mains et la regarde.)
LA CIGALE
Eh bien?...
Tu es embellie...
LÉONARD
TABLtAU III
LA CIGALE
C’est comme VOUS,., vous avez liien meilleur air qu’aulrefois...
LÉONARD
Ah ! tu me disais toi dans tes leltre>...
C'était de si loin t
LÉONARD
Tu m’aimes donc moins de prés ?...
LA CIGAI.E.
Oh ! non.
LÉONARD, souriant.
Eh Itien, alors, tuloie-nioi... ou je in’en vais...
LA CIGALE, vivenienl.
Veux-tu bien rester tout de suite.
LÉONARD
Chère sœur... Oh ! oui... tu es ma sœur, ma bonne petite Cigale.
LA CIGALE
Ah ! tu sais... J'aime mieux Madeleine... C’est ainsi qu'on me connaît ici.
LÉONARD
Tuas raison... mais c'est sous le nom de la Cigale que je t’ai connue... et, si je le dis encore, ce ne sera qu’à toi... qu'à toi seule!...
LA CIGALE
Tais-loi donc, bavard, . . et dis-moi bien vile comment...
LÉONARD
On m’a fait grâce de trois mois... parce qu’on était content de moi, là-bas... Un beau malin, avant-hier, on m’a fait venir et on m’a dit : t Léonard, grâce à votre conduite... vous êtes libre!... » Ah! Madeleine, .Madeleine... quand cette grande porte, chevillée de fer... s’est refermée derrière moi... je ne le cro5'ais pas encore!... je restais là... I.e factionnaire me fit éloigner... Je respirais de l'air... du véritable air !... Je marchais sur de la terre... de la terre, entends-tu bien... de la terre de tous... de la terre du passant... J’étais comme ivre... Je trébu- ' ehais.T. j’allais à droite... à gauche... essayant ma volonté... puis je me mis à courir... j'avais peur qu’on me reprît !... Je regardais de tous mes yeux... le ciel... la campagne... des rouliers qui cheminaient... des bœufs qui revenaient du labour...
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un chien vint me caresser... Tout à coup, je n’y vis plus... de grosses larmes voilaient mes paupières!... Larmes bénies... larmes de Joie... larmes de liberté ! •
LA CIGALE
Pauvre cher Léonard.’., prisonnier... toi... trois longues années... Que tu as dû souffrir I
LÉONARD
■ Oui... et pourtant chaque jour que je passais entre ces murailles, me semblait une dette que je payais... et je me sentais redevenir meilleur...
-LA CIGALE
A présent, tu te conduiras joliment bien...
LÉONARD
Plutôt mille morts que de retourner là-bas... où, pourtant, j'ai bien employé mon temps... comme disait le digne prêtre, qui me consolait toujours dans mes heures désespérées : < Quand le terrain est bon, que la semence vienne tôt au tard, elle fructiQe toujours. • Et toi... Madeleine... tu travailles... tu as de l’ouvrage... tu es heureuse...
0ht oui... J’ai trouvé de bonnes âmes qui m’ont aidée — d'excellentes pratiques, une entre autres, la dame de M. Herbillon, mon propriétaire... une brave dame... qui s'intéresse à moi... Aussi, tu vois, je me suisacheté un joli petit mobilier... que je paie à tempérament, par exemple... mais c’esL presque flni.
LÉONARD
Ne n'inquiète pas de ça... D’abord me voici... le travail ne m'effraie plus, à présent... et dès que j’aurai trouvé une place...
LA CIGALE
Vous avez tout le temps d’attendre, monsieur...
LÉONARD
Comment?
LA CIGALE
Car, vous avez des économies... oui, le dimanche, je travaillais pour toi...
LÉONARD, ému.
Madeleine...
LA CI GALE, lui montrant une tirelire sur la cheminée.
El toutes les semaines, dans cette tirelire... je ne sais pas au
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juste combien il y » de petites pièces blanclius... mais dam, il en manque douze... tu es venu trois mois plus tût...
LÉONARD, très ému.
Madeleine... chère Madeleine...
LA CIGALE
Qu’as-tu donc?...