SCÈNE VI
Le’s Mêmes , LA MÈRE MOREL *.
LA MÈRE MOREL, entrant.
Ah! te voilà donc, méchant garnement... d’où viens-tu?... où es-tu passé?...
' BENOIT
Ah! si vous allez encore me bougonner... vous...
LA MÈRE MOREL
Hier soir, sur la commode. ..j’ai laissé une pièce de dix sous, et c’matin, jTai plus retrouvée... Qui qui l’a prise, dis... c’eslil toi ?...
BENOIT
Eh ben !... oui... mon Dieu... faut pas tant vous enlever... c’e.st moi... (Avec dignité.) Pour mon tabac!
LA MÈRE MOREL, indignée.
Son tabac I...
BENOIT
Eipuis, vous m'aviez cassé ma pipe... uneGambier !...ftlerci, j’en ai acheté deux autres... ça a fait votre compte!
* Léonard, lu Cigale a^sisc, mère Mord, BenoiU
TABl.KAL III iil
' LA MÈRE MOIŒI..
Vous le voyez, .mnmzelle Madeleine... si ea n'esl pas à désoler le cœur d'une mère...
llEKOrr, élonné.
De quoi ?... parce que j’ fume ?...
LA CIGALE
Benoît, tu trouves donc bien du plaisir à faire pleurer cette pauvre maman Morel?... (Elles* lève.)
BENOIT
Du plaisir, moi?... ah ben!... par exemple !.. Mais qu'on lui fasse donc quéque chose... et celui-là, j’ vous l'abats... (Prenanl la léle de la mèi-e Morel et renibra.ssaiii.) Tenez... la mère... vl’à comme j’ vous haïs....
LA MÈRE MOREL, se dcgageaiil.
Non... laisse-moi.
LA CIGALE
Kli bien! alors, contenle-la donc et conduis-loi bien...
BENOIT
J’ fais rien !
LA MÈRE MOREL
C’est justement!
LA CIGALE
Au moins, ne frériiienle plus de mauvaises sociétés...
RENOIT.
Pourquoi qu’on n’ m'invile pas au faubourg Saint-Germain ?
Vous le voyez, mamzell’ Madeleine... avec lui, on n’a Jamais le dernier mot.
BENOIT
Maman, c’est plus poli... faut toujours répondre au monde. Il y a sur not’ loge : parlez au portier.
LÉONARD, à part.
A son âge... j’étais ainsi !
LA MÈRE MOREL
J’ai fait c’ que j’ai pu, pourtant... maisjen’peux pas toujours ètresur ses Liions... faut que j’ gagne sa vie et la mienne... Ah ! sans les coquins qui m’ont dévalisée... j’aurais pu l'surveiller... 1’ faire instruire...
> LÉONARD, passani pi ès de la mère Morel.
Ah! on vous a...
•')i I.ÉO.NAHlt
LA MÈRE MOREL
Tout ce que je possédais, mon brave jeune homme... y aura . trois ans... cT automne!
LÉONARD, tressuillant.
Trois années!...
LA MÈRE MOREL, montrant Benoit.
El par la faute de ce méchant sujet-lè, qui, au lieu d’gardcr la boutique, s’amusait à polissonner sur le boulevard...
Je jouais au bouchon.
LA MÈRE MOREL
Et pendant c’ temps-là, on nous enlevait tout not’ pauvre avoir...
LÉONARD
Et... où donc était... votre... magasin?...
LA MÈRE MOREL
. Proche la barrière de l’Etoile...
LÉONARD, à lui-même.
Ah !... (Haut) El. . le commerce... que vous exerciez... c'était ?...
LA MÈRE MOREL
Marchande, à la toilette. . .
LÉONARD, à part.
Mon Dieu 1. ..
LA CIGALE
Qu’ avez-vous donc, Léonard?...
LÉONARD, se rontraignant.
Moi?... rien... rien...
LA MÈRE MOREL
Figurez vous que j’étais sortie pour des échantillons... Quand j’ rentrai à la boutique, mes chers enfants du bon Dieu, tout était enlevé... et les meilleures choses... J’en ai fait une grosse maladie, que j'en ai manqué mourir... On en a bien attrapé un, qu’on a jugé pendant que j’étais à l’hôpiîal... mais c’est pas à quelques années de pri.«on... qu’il faudrait les condamner ces gucux-là... (s’exaltant) c’est à... je ne sais pas quoi .. pour leur apprendre a voler 1’ pain d’une pauvre veuve...
LÉONARD, presque maigre lui.
Oh ! assez... assez...
TAIII.KAU III
LA MtRE MÜItEL.
Je ne suis qu'une femme... tenei... et bien vieille... eh bien, j’crois qu’si j’ies tenais... là... sous la main...
BENOIT, la calmanl.
Voyons... m’man...
LA MÈRE MOREL
J'suis pieuse, allez... j'ai de la religion... Eh ! bien j'ai beau m'dire qu’elle enseigne qu’il faut pardonner.,, j’peux pas... et à chaque moment du jour, j’m’écrie en pleurant : je vous maudis, misérables... vous m’avez arrache l’avoir de mon enfant !
LEONARD, à part.
Mon Dieu! voici le véritable châtiment !...
LA CIGALE
Léonard... mon ami... où vas-tu donc?...
LÉONARD, prenant sa casquette.
Moi... je... reviens. Madeleine... je reviens... (A. pan en sortant bmsquemeni.) Ah! mon sang... tout mon sang., pour elTacer cette lâche de ma vie !