SCENE X
LÉONIR, HENRIETTE.
HENRIETTE
Ali! Léonie!... c'est toi... Ciel! quelle pâleur!... qu'as-tu donc?
LÉONIE
Chut!,.. {La sourdine cesse.) Je u*ai rien.
HENRIETTE
Mais...
LÉONIE
Tais-toi!... n*appel!e pas... n'appelle personne !...
HENRIETTE
Oh ! si fait!.., je veux...
Henriette!... par pitié! reste... reste là!... (Se ser^ rant près d'elle.) j'ai besoin d'être près de toi!
HENRIETTE
Laisse-moi du moins appeler ta mère?...
LÉONIE
Ma mère!... oh! non! ne Pappelle pas!... elle moins que tout autre !... ma bonne, ma pauvre mère!...
HENRIETTE
Mais...
LÉONIE
N<' me quitte pas... maintenant du moins!... Seule, j'aurais trop peur !...
HENRIETTE
Mais de quoi?...
LÉONIE
De rien. Ne t'effraie pas... un instant do faiblesse... bien naturelle, vois-tu!... viens!... viens là, sur mon cœur!... cela me fait du bien !...
HENRIETTE
Alors, calme-toi.
LÉONIE
Oui.
HENRIETTE
Car, te voir ainsi... Qu'est-il donc arrivé ?
LÉOME.
Rien!... rien, te dis-je... un rêve... une idée... Tu sais... je suis un peu... fantasque... eela se passera.
flENRlETTE.
Bien vrai?
LÉOME.
Oui.
HENRIETTE
Alî! mon Dieu!... Et moi qui venais, toute joyeuse, te parler de mon bonheur...
LÉONlE.
Eh bien ! parle,
HENRIETTE
De M. Charles, qui a eu !e consentement de sa tante... et qui s'est déclaré!
LÉONIE
Ah!
HENRIETTE
Oui... tu comprends alors... il n'y a plus que mon père... pourvu que...
LÉOME.
(I a bien fait î... il sera heureux. Tu es bonne, tu es jolie, (u es jeune... car ce ne sont pas les courtes années du passé, m^is les longues années dans Tavenir... qui font La jeunesse!... L'enfant qui doit mourir demain est bien vieux aujourd'fiui !...
HiîNRIETTE.
Léoniel... mais quelles idées as-lu ?
LÉONIE, se levant.
Et, dis-moi... tu l'aimes... M. Charles?
HENRIETTE
Oui.
LÉOJSIE.
Beaucoup?
HENRIETTE
Assez.
LÉONIE
Oh ! queUc eU d9jgice5n'esl-co pas, la pensée; de cette
Tînîon bénie de Dieu... qui prend deux âmes au début (le la vie pour leur faire parcourir ensemble tout un long avenir... paradis de ce mondiî,où le partage diminue les douleurs el augmente les joies !...
HENRIETTE
Oui.
LÉONIE
En comprends-lu bien tout le charme, tout le prix?
HENRIETTE
Ob! oui. Et celui de l'appeler ma sœurî...
lÉONiE, à part.
Hein?
HENRIETTE
Car, c'est son frère... et tous les quatre... nous voisin bientôt...
LÉONIE, qui l'a quittée.
Mais quel affreux malheur ce doit être!... si, au départ... il faut voir disparaître, s'éteindre cette autre vie, compagne de la liôtre.
HENRIKTTE.
Léonie!...
LÉONIE
Traîner, à la fleur de son âge, de longues années d'isolement, au milieu de toutes les ruines de nos projets brisés, de nos joies perdues... el de nos amours ensevelies !...
HENRIETTE
Léonie!...
lÉONlE.
Ob! il avait raison, cet bomuje que j'accusais. ..quand il souffrait là, pour celui (tue j'aime... quand il était juste et bon !
HENRIETTE
Mon Dieu!... clic mVffraie!
LÉONIE
Ohî rien que la pensée d'un si horrible avenir !...
HENRIETTE
Mais tu es folle!
LÉONIE
LEOME.
Donnerait du courage au plus égoïste et au plus lâche!
HENRIETTE, qui a remonté, inquiète.
Léonie, je vois là-bas M. Frédéric...
LÉOINIE.
Hein?...
HENRIETTE
Et veux à i^instant lui dire...
LÉONIE, avec force, Henriette! ne fais pas cela!...
HENRIETTE
Je le dois!...
LÉONIB.
Henriette!... SI tu ra'aimes,tu ne me frapperas pas du coup le plus cruel en parlant à lui... à ma mère... à personne... du trouble où tu m'as vue!... Un mot, entends-tu bien... une seule de ces paroles que je viens de laisser échapper, porterait la lumière et le malheur dans ces cœurs que tu airnes... et toute une vie... bien chère... en serait compromise... perdue !
HENRIETTE
Grand Dieu ! mais...
LÉONIE
Et toulePœuvredema raison, do mon amour, de mon courage, viendrait échouer devant un élan généreux que je dois prévoir... car je sens là quelle en serait la puissance!... Tu ne comprends pas... tu ne peux pas comprendre'... mais tu me connais... je ne suis, n'estce pas, ni folle, ni méchante?
HENRIETTE
Que dit-elle?...
LÉONIE
Eh bien ! j'en appelle à ta tendresse!... et si ce n'est assez!... Henriette, je l'ai conservé, à une heure suprême, une vie bénie du ciel et riche d'avenir!... que ce silence... aveugle... devienne ma récompense... je le jure... que je l'ai bien méritée !... .
Elle tombe dans ses bras.
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