‹ LéopardiChapitre 24 sur 39 · A SILVIA · texte numérisé non relu

A SILVIA

Silvia, te souvient-il encore du temps de ta vie mortelle, où la beauté resplendissait dans tes regards rieurs et furtifs, quand tu franchissais, joyeuse et pensive, le seuil de la jeunesse?

Le tranquille logis et les chemins d'alentour résonnaient de ton éternelle chanson, lorsque, assise, tu t'appliquais aux travaux féminins, toute heureuse du vague avenir que tu avais dans Fesprit. C'était mai, le mois embaumé. Tu paps^ais ainsi tout le jour.

Alors, moi, laissant le papier arrosé de mes sueurs, et Fattrayante étude, auxquels je sacrifiais mes premières années et la meilleure partie de moi-môme, du haut de la terrasse de la maison paternelle, je tendais l'oreille au son de ta voix et au frémissement de ta main légère qui se fatiguait à parcourir la toile. J'admirais le ciel pur, les chemins que le soleil dorait, d'un côté les jardins et la mer lointaine, de l'autre la montagne. Le langage terrestre né peut dire ce qu'alors je ressentais dans mon cœur.

Quelles douces pensées, quelles espérances, quels chœurs d'allégresse, ô ma Silvia ! Sous quel aspect enchanteur nous apparaissaient alors la vie et nos destinées ! Quand je me rappelle cet espoir si grand, un 'âpre et inconsolable chagrin m'oppresse, et je me reprends à pleurer sur mes malheurs. nature , nature, pourquoi né m'as-tu pas donné ce que tu me promettais alors ? Pourquoi trompes-tu ainsi tes enfants ?

Toi, avant que l'hiver n'eût flétri l'herbe de la prairie, assaillie et vaincue par un mal secret, tu

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mourus, tendre fille. Tu ne vis pas éclore la fleur de tes ans. La douce louange de tes cheveux noirs, de ton regard candide et passionné, n'a point caressé ton cœur. Tu n'as pas, aux jours de fête, parlé d'amourettes avec tes compagnes.

Bientôt aussi mourut ma douce espérance. A mes années aussi les destins ont ravi la jeunesse. Comme tu passas vite, chère compagne de mon printemps ! ô mon espoir tant pleuré ! Le voilà donc ce monde ! Les voilà ces plaisirs , cet amour, ces travaux, ces succès, dont nous nous entretenions si souvent ensemble !

Tel est donc le sort de la race mortelle ? Quand la vérité allait t' apparaître, tu mourus, infortunée, et de la main tu me montras de loin la froide mort et une tombe ouverte.

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