DÉFENSE NATIONALE
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* Le roi Léopold à M. J, Lebeau, membre de la Chambre
des représentants.
i Ostende, le 28 septembre 1850.
« Mon cher Monsieur Lp.bbau, •t J'espérais que le banquet du 25 m'offrirait une occa-
(*) Louis-Pbllippe était mort au château de Claremont, le 26 août précédent, et la reine des Belges venait de le suivre au tombeau.
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sion de m'entrelenir avec vous, mais je n'y ai pas réussi, et je prends le parti de vous écrire quelques mots.
« Le vingtième anniversaire des journées de septembre, après tant de périls et de difficultés vaincues, a quelque chose qui parle au cœur, et je sentais le besoin de vous rappeler les temps passés et de vous prouver ainsi que le souvenir de votre affectueux dévouement et votre fidèle courage au milieu des dangers qui nous menaçaient et même nous accablaient est resté gravé dans ma mémoire. L'avenir peut devenir encore très-grave, il est diflBcile que toutes ces complications ne soient pas suivies par des luttes plus sérieuses, par des guerres! ! Les hommes politiques qui aiment leur pays ne doivent pas se faire d'illusion sur ces possibilités, qui sont des probabilités; cependant nous voyons des tendances à se laisser aller à une sécurité que rien ne justifie; il y a des idées purement économiques qui auraient pour résultat la désorganisation des moyens de défense du pays.
« Cela m'étonne d'autant plus que le moindre envahissement du pays par des forces étrangères, lui coûterait des centaines de millions ; mais, ce qui est bien plus précieux, il pourrait lui coûter son existence politique, car croire qu'une fois occupé par des forces étrangères, ces forces l'évacueraient, ce serait de gaité de cœur se laisser aller à de bien étranges illusions.
u La réunion des Chambres n'est pas éloignée, il faut donc sérieusement s'occuper à prévenir un mal dont les résultats seraient désastreux; il ne faut pas oublier 4834 ! Un pays ne saurait deux fois s'exposer au même danger sans périr! !
« Veuillez avec votre expérience et votre patriotisme
éclairé me seconder dans la défense des principes sur lesquels devra toujours reposer l'existence du pays, et veuillez croire aux sentiments affectueux que je ne cesserai de vous porter.
« Léopold. »