PROGRÈS DE L'AGRICULTURE
(Page 817.) * Le roi Léopold à M. de Decker, ministre de tintérieur.
■ Laeken, le 14 août 1855.
« HoN CHER Ministre,
tt Je joins à ces lignes une Revue des Deux Mondes qui contient des renseignements sur un engrais sur lequel j'aimerais à avoir des renseignements. Vous savez que le sable de notre cAte est entièrement composé de débris de coquillage : la tangue, dont parle la Revue, doit ressembler à notre sable de mer ; il serait utile de vérifier cela. J'ai toujours été frappé du parti qu'on pourrait tirer du sable de mer pour les terres fortes, si le transport n'était pas trop cher.
« Le temps un peu meilleur donne de l'espoir pour la moisson, chose de la plus immense importance pour nos
populations qui méritent un meillleur hiver que ITiiver dernier si rempli de privations.
H Recevez l'expression de mes sentiments bien sin^ cèrement affectueux.
« LéoPoLi^. »
MALADIE DU ROI. — POLITIQUE INTÉRIEURE; MEXIQUE ; M. DE BISMARK, ETC., ETC.
(Page 817 et soiv.) * Le roi Léopold au général Chazal, ministre de la guerre.
(Extrait.)
• Bade, le 14 octobre 1864.
« .... En quittant Laeken je n*ai pas été très-bien, et 1^ temps si froid ici ne m'a pas fait de bien ; j'espère que peutêtre il s'améliorera encore un peu. Mon bien-aimé ministre, que Dieu vous protège, comme vous le méritez sibien!...(*).»
(') La santé du roi avait encore subi de rades atteintes Tannée précédente. Le 84 mars 1863, il écrivait : c Je suis maintenant treize mois supportant les plus atroces souinrances. » Puis, le 3 Juin : t ... Je conUnue à souHtir beaucoup.... J'ai un bien bon médecin anglais» M. Thompson, qui m'ii^pire de la confiance. U est aussi d'avis que, si Tannée dernière j'avais été soigné dans un hôpital. J'aurais été guéri en deux ou trois mois , et me voilà au quinzième , et sans une perspective nette de guérison, tu Textrôme difficulté de saisir Tun desflragments....»
* Le même au même.
(Extrait.)
1 Laeken, 1*' décembre i864.
« .... Vous donnez trop peo; avec l'activité de votre esprit le sommeil est indispensable. Je sou£nre aussi de ce côté surtout depuis ces deux derniers mois; mais je manœuvre avec une patience extrême pour pourtant avoir une part de sommeil. Ha santé n'est pas encore entrée dans Tétat où elle était en octobre ; mais je cherche à dompter mes colères : cela n'est pas facUe.... n
* Le même au même.
■ Laeken, le 2 Janyier 1865.
* <c Mon bien cher Ministre,
«( Recevez mes plus tendres remerciements pour les vœux que vous exprimez si noblement; vous savez combien je vous aime et la haute estime que je vous porte. Vous n'avez pas de rival dans mon cœur. Mon amitié pour vous durera tant que j'existerai sur notre confuse planète, et, malgré les libres penseurs, j'espère au delà. »
Le roi Léopold au cardincU-archevéque de Matines.
■ Laeken, 22 mars 1865.
« Monsieur le cardinal,
« J'ai reçu les deux lettres que Votre Éminence et ses vénérables collègues de l'épiscopat m'ont adressées sous la date du 16 de ce mois. Votre Éminence n'ignore pas combien j'eusse désiré que le Sénat tint compte des observations qui lui avaient été soumises par elle au nom de l'épiscopat, touchant certaines dispositions de la loi relative aux bourses d'étude, ni la répugnance. avec laquelle j'ai cédé aux nécessités politiques en sanctionnant la loi une fois qu'elle avait été votée. Mon vœu le plus cher serait maintenant de voir naître une occasion de faire disparaître ou d'atténuer dans la pratique les articles qui font l'objet des scrupules de l'épiscopat.
« Les dispositions conciliantes qui viennent de se manifester au sujet du projet de loi relatif au temporel du culte, dispositions que je ne saurais assez encourager, îne donnent l'espoir que dans cette question qui touche si directement aux intérêts religieux, on parviendra à s'entendre. Un rapprochement des hommes modérés sur ce terrain serait un vrai bienfait pouf le pays et ne me causerait pas moins de joie qu'à Votre Éminence et à ses vénérables collègues, dont la sagesse et le patriotisme sont si hautement appréciés par moi.
«< Léopold. »
A?PSNDICB. 401
* Le roi Léopold au général Chazal.
(Extrait.) # • Windsor-Castle, le 15 avril 1865.
ti .... J'ai été excessivement malade. J'ai sans cesse été sur le point d'une fluxion de poitrine. Je suis déterminé de partir le 4 8 ; mais cela n'est pas sans danger. Je n'ai jamais ici été plus mal à mon aise ; je ne suis pas sorti uâe seule fois, et, depuis plusieurs jours, j'ai été totalement enfermé dans ma chambre. Il faut espérer que je me tirerai d'affaire, mais je ne le suis pourtant pas. Que le ciel vous protège! Toujours avec ma vieille et fidèle amitié, n
* Le même au même,
• Laeken, le 12 mai 1865.
« Mon fidèle et affectueux ami,
u Je vous remercie pour vos bonnes paroles : si seulement le temps avait été tolérable, mon aveuglement dans cette affreuse saison de mars aurait pu se tirer d'affaire, mais cela était comme si un démon s'était exclusivement attaché à ma destruction. Quelle étrange chose que l'existence ! Ces messieurs sont dévoués et sages, de Roubaix a été uiie bonne acquisition ('). Ce que le ciel ordonnera, il
(^) M. de Roubaix, professeur de la faculté de médecine de runiversité libre de Bruxelles.
faudra voir? depuis le mois de novembre 4864 j'ai eu horriblement à me plaindre, et cela m'a fait beaucoup de mal.
« Les vœux affectueux que vous formez toujours pour moi me protégeront.
« Tout à vous,
tf Léopold. »
* Le même au même.
(Extrait.)
« Laeken, le 16 Juin 1 865.
« Dites-moi comment vous vous trouvez dans ces tristes temps; j'avais beaucoup désiré vous voir, mais je ne puis pas me décider de quitter ma solitude. Je suis toujours malade et Dieu sait combien de temps cela continuera : c'est une complète démolition.
Le beau temps nous a quittés, et malade, comme je le suis, je n'ai osé que de sortir un peu en voiture, et je ne me fie pas aux jardins...
« Léopold. »
♦ Le même au même.
c Laeken, 26 Juin 1865.
« Mon cher et excellent Ministre.
« Etant un peu mieux ces derniers jours, j'avais espéré vous voir aujourd'hui, mais conmie il parait que tous les
maux me tombent en partage, une bronchite vient de m'attaquer assez sérieusement. C'est tout ce qui pouvait m'arriver de plus funeste, car cela est contraire à toutes les cures, et comme ces rhumes sont ordidairement très-longs, je n'ai plus de calcul pour Tavenir.
<( J'ai entendu que les travaux à Anvers souffrent de la position de la Société ('), mais j'espère que cela ne causera pas trop de difiScultés. La position de la Belgique est bonne pour le moment, ce qui rend regrettable qu'on se laisse si souvent aller à des exagérations qui finiraient par devenir un véritable danger.
« J'espère que voire santé se soutient, et je suis avec les sentiments d'une amitié si vraie tout à vous.
(t Léopold. »
* Le roi Léopold à M. Henri de Brouckere, ministre dÈtat.
• Laeken, le 21 juillet 1865.
<c Mon cher Ministre,
(c J'ai été vivement touché des sentiments que m'exprime votre affectueuse lettre du 20 (*). Mous restons encore de
(1) La Société Panwels.
(') M. de Brouckere avait adressé an Roi des félicitations à Toccasion dn trente-quatrième anniversaire de Tinauguration. — Cet homme d*État possède aussi de nombreuses lettres de Léopold 1**. Cédant à notre prière, il a bien voulu nous permettre de publier celle-ci, dont on appréciera rintérét, ainsi que la remarquable communication adressée de Vienne le 17 mai 1853. (Voir ci-dessus, p. 867.)
cette époque qui avait son beau côté, et qu'on a bien changée. Vous êtes resté fidèle pour défendre avec le plus grand succès les éléments de notre existence politique; j'espère que toujours un égal succès accompagnera vos nobles efforts. Ma santé a été bien ébranlée par ce malheureux temps, si froid en Angleterre. Maintenant la faculté dit. que je vais bien ; puisse-t-elle ne pas se tromper !
« Il y a au delà de trente-quatre ans que je me suis trouvé avec vous occupé à fonder cet État maintenant si prospère, alors entouré de périls ; conservez-moi les sentiments que j'ai toujours trouvés chez vous et agréez l'ex. pression des sentiments affectueux que je ne cesserai de vous porter.
« LéOPOLD. »»
* Le roi Léopold au général Chazal.
(Extrait.)
« Ostende, le 3 septembre 1865.
«(.... Je suis un peu mieux et plus fort; mais je ne triomphe pas encore.
» Ce dernier combat des Belges s'est fort glorieusement passé {*). C'est, comme nous l'avons déjà dit, d'une énorme importance pour le pays. Une fraction cependant n'admet pas cela encore. . . .
« .... La maison d'Ostende est conçue dans des con-
(*) Combat de la Loma.
ditions défavorables, mais je crois qu'on pourra en tirer parti. Je veux sérieusement m*occuper de cette afifedre. Ostende a été un bienfait pour la reine Louise; l'année dernière je m'en suis très-bien trouvé, et cette année-ci le bien que cela m'a fait a été remarquable. ...»
* Le même au même (*) ,
c Laeken, le 12 octobre 1865.
« Mon BIEN-AIMÉ MmiSTRE,
«( .... J'ai entendu que vous n'aviez pas été satisfait de votre santé ; j'avais cependant espéré que ces beaux pays vous feraient du bien. Ici nous avons de fait eu un septembre admirable, et Ostende m'avait été utile. Malheureusement quelques tracas m'avaient fait du mal ; comme quand on a été si longtemps malade on est très-susceptible, j'ai eu une forte fièvre et j'ai dû quitter Ostende. Depuis, ici, je vais passablement bien, mais je n'ai absolument ni promenade, ni parc, ni rien du tout en ce genre, et ma seule ressource est d'aller tous les jours à Meysse; comme l'aprèsmidi la soirée est assez bien de ce côté.
« Les journaux vous tiennent au courant de tout ce qui est et même de ce qui n'est pas. On ne peut pas se cacher que M. de Bismark a grandement changé la position de la Prusse.
u Par écrit je ne puis pas trop entrer dans ces matières :
(1) Le général Chazal était à Pau.
ce qui est désirable, c'est d'éviter les grandes guerres; serait difficile d'éviter des catastrophes qui pourraient avoir un tout autre caractère que ce qu'on pense.
tt Du Mexique il y a une grande fluctuation de nouvelles. On ne recrute plus du tout, et il en résulte une désertion ici, qui, je crois, ne se dirige pas même dans cette direction.
u Au milieu de grandes richesses l'argent manque et la sécurité est souvent compromise par des bandes de voleurs qui doivent être d'affreuses gens.
« Vous connaissez tout cela : c'est le résultat des difficultés que les partis politiques mettent en jeu sans s'inquiéter s'ils ne font pas le plus grand mal à leur propre pays. Laissez-moi espérer que votre santé est bonne de nouveau, et croyez-moi avec ma vieille affection toujours également dévouée.
tt Léopold. »