OLIVA
M. Oliva est un artiste plein de savoir, d'ha
LES 14 STATIONS DU SALON, bileté. J’aime sa sculpture robuste, franche, toujours expressive , — avec un certain goût pittoresque un peu gros qui ne manque pas de caractère. Le marbre lui obéit; la nature lui est soumise. Cette année, il me paraît avoir gagné en élévation, en noblesse; mais il a perdu beaucoup en exécution précise, en force. Sa ligne vacille ; sesplans sonttroués, secs, cassants, unis. Ces diverses remarques s’appliquent surtout au portrait du général Bizot. La tête n’entre pas dans le corps; les mâchoires vont de travers. Caffieri, dont s’est inspiré l’artiste, malgré toute sa fièvre d’exécution, n’a pas une ligne indécise. Son esprit préside à l’aise à cette tempête de la main. Nous voyons ici une grandeur tout à fait discordante.
Celui deM. de Mercey vaut mieux. Il est plus serré de trait, plus vivant — et plus simple, quoique la draperie affecte des allures romanesques un peu éloignées de nous. Le travail en est fin, un peu cherché peut-être. J’y voudrais plus de fermeté. L’ensemble a de la noblesse, et fait reconnaître un véritable et sincère homme d’art. Je demanderai en passant à M. Oliva pourquoi il évide pareillement les narines de ses figures.
Le portrait du B. P. Zibermann — est trop tourmenté, — trop fait de la même façon. Les habits ont la valeur de modelé du visage. La tête y perd son effet rapide. J’en atteste tout d’abord le mérite sé-
deux comme travail, comme recherche d’expression de la peau, —comme mouvement de lignes. 11 s’établit avec aisance. M. Oliva est bien un maître du portrait, un artiste plein de respect et d’amour pour l’œuvre de ses mains. Cette année, notre jugement ne peut que lui être défavorable. Avec des hommes pareillement doués, il faut savoir attendre. Son avenir est gros de promesses; espérons qu’il les réalisera, et suivons-le, d’un cœur affectueux, à travers ses efforts et ses recherches.
Huguenin. La Chaste Suzanne — statuette. Ce n’est plus de la chasteté, mais une effroyable pruderie. Ce renfrognement de vertu n’a rien de bien excitant, ce me semble. Elle est longue, grasse du haut, maigre du bas. — Le travail du marbre la sauve.
L’ Évanouissement de Psyché vaut mieux. — Cette petite figure est charmante; elle rappelle comme trait de ciseau la manière vive et souriante du xvme siècle.
Je remarque et j’étudie avec plaisir trois bustes de M. Durand Ludovic. Us ont beaucoup do physionomie ; ils sont bien modelés, bien dessinés, — très-vivants, avec une bonne manière active.
Lescorné. Portrait de feu Dufrénoy. — Marbre fin , bien taillé; la tête est modelée attentivement.
Robinet. Portrait de Mme ff.,. — Gracieux ; trèsvivant; bien drapé, quoique dans une disposition un peu ronde. Il est fait avec art.
BLAVIER.
Buste de M. Fauvel. — Ce buste a fait scandale. Il
s’y rattache une scène dramatique que nous connaissons fort bien. M. Blavier avait présenté divers objets eu plâtre : une grande figure commandée pour le Louvre, deux bustes de grandeur naturelle, — et celui-ci. La statue était fort belle, d’une magnifique simplicité, — travaillée avec un art délicat et fort; les bustes s’exprimaient avec cette audace et ce style vigoureux et charmant qui font de M. Blavier un bustier hors ligne. Un troisième portrait, de moindre importance, fut seul accepté ; — nous l’avons sous les yeux. C’était presque dérisoire.
Outragé par la rigueur violente et systématique de ce refus, M. Blavier crut faire acte de justice en détruisant l’œuvre légère qui le présentait imparfaitement au public, et ne lui donnait qu’un rang d’art tout à fait secondaire vis-à-vis des autres artistes. Il préférait l’oubli à une pareille présentation ; il ne voyait le salut de son avenir que dans cet acte extravagant en apparence. Ce qui fut résolu fut exécuté. Le buste jeté à terre s’y divisa en plusieurs morceaux. Ce drame devait avoir un dénoûment comique. Le jury ramassa pieusement les débris, les replâtra, et fit si bien, que le buste put remonter sur son socle
et être offert au public avec ses belles cicatrices blanches, — à peu près défiguré. Je sais parfaitement que le jury avait le droit d’exposer l’œuvre ainsi rau> tilée, — mais l’œuvre reconstruite ?... c’est un cas de conscience un peu grave... — Enfin, l’art est difficile...
— et les juges ne manquent pas!... On ne peut guère étudier le portrait de M. Fauvel; — malgré tout, n’y reconnaît-on pas une main qui se joue de la matière et la pétrit à volonté ? M. Bluvier est un très-grand artiste ; sa réputation ne dépend pas d’un buste, heureusement; elle repose sur des bases plus inattaquables : le sentiment supérieur de l’idée, — l’énergie, la beauté ardente du travail, — le caprice et la grâce de la forme. Il est une des belles figures sacrifiées de notre époque,
Sourions en passant à la Fontaine de l amour de M. Gumery, — groupe délicat, ordonné avec esprit ;
— et regardons , longtemps , un médaillon de M. Salomon. C’est une perle comme style, nouveauté et charme. N’oubliez pas la Primavera, touchante figure de M. Bottinelli; et une vache et un loup, bronze vigoureux , fin et savant , de M. Isidore Bonheur.