FANATISME
avait fait les plus grands ravages. Presque toutes les autorités que la loi avait établies pour préserver le vaisseau delà République, y ont introduit la contagion. C'est au milieu d'eux qu'il faut aller chercher les premiers auteurs des calamités publiques et des dangers que nous avons courus. Déjà plusieurs ont péri sous le glaive de la loi. Quelques-uns attendent encore le supplice qui leur est réservé. »
« Vous vous rappellerez, ajoutait-il, que le faiiatisme a été l'élément de ces contrées, qu'il les agite encore d'une manière violente, et qu'il vous appartient d'étouffer de bonne heure tous les germes de soulèvement qui pourraient s'y manifester. »
Exposons brièvement ce qu'on entendait alors par ces deux mots si terribles qui servirent de prétextes à tant d'assassinats à Orange et dans la France entière.
A l'époque où nous ramènent ces pages, à la fin du XVIII* siècle, tout était bouleversé en politique et en religion. Conune conséquence nécessaire, les idées et le langage se virent travestis. On appelait bien ce qui était mal, mal ce qui était bien ; le crime fut préconisé sous le nom de vertu, et la vertu fut poursuivie sous le nom de crime. On détourna les mots de leur sens, on en inventa d'absurdes et de ridicules ; mais le mot dont on abusa le plus fut celui de fanatisme.
Le fanatisme, dans sa vraie acception, est une forte impression faite dans l'âme par certaines idées fausses et exagérées en matière de religion, et qui rend l'homme capable de se livrer aux actes les plus coupables et les plus criminels (1). Il obscurcit et trouble l'intelligence en donnant des idées erronées sur Dieu et sur les devoirs qu'il nous impose. Ainsi entendu, le fanatisme ne peut être reproché à la Religion catholique dont les dogmes et la morale toute sainte ont été enseignés par J.-C, la vérité et la sainteté même. Il ne* peut non plus être reproché aux fidèles éclairés et intelligents qui conforment leur foi et leur conduite aux règles tracées par l'Eglise inspirée et assistée de l'esprit de Dieu. Hais à la fin du XVÛI* siècle, quand
(1) Dénnition de Nonnotte {Eneyelopédie catholiqae.)