SCÈNE III
MONTAUDOIN, FERNANDE, JOSEPHINE.
FERNANDE
Eh ! bien, papa, tu ne m’embrasses pas?
* Montaudoin, madame Montaudoin, Fernande, Joséphine, près de la cheminée.
i.ks 37 sous
MONTAUDOIN.
Ah! chère enfant, lu es la seule joie de ma vie... quand ie sen> ton front pur... (Il va pour l’embrasser et s’arrête en apercevant Joséphine.) Qu’est-ce que vous faites là? pourquoi tremblezvous? .
JOSÉPHINE, troublée.
Moi !... Monsieur.
MONTAUDOtN.
Quand une cuisinière a la conscience nette, elle ne tremble pas !... Vous fermez bien toutes les portes?
JOSÉPHINE
Oh! oui, Monsieur.
MONTAUDOIN.
Qui est venu ce matin ?
JOSÉPHINE
Le porteur d’eau.
MONTAUDOIN.
Le nouveau ?
JOSÉPHINE
Oui, Monsieur; il a l'air cl'un brave homme; il m'a dit : (accent-auvergnat) Cherviteur la compagnie.
MONTAUDOIN.
Oh ! je ne me laisse pas prendre à cet accent-là... on les croit Auvergnats, on laisse ses tiroirs ouverts, et après ?...
JOSÉPHINE
Après, il est venu le boulanger.
MONTAUDOIN, soupçonneux.
Ah! il vient bien souvent, celui-là ! • •
JOSÉPHINE
Dame!... tous les jours.
Tous les jours. .. c'est louche !
JOSÉPHINE
Si vous voulez manger du pain rassis, il ne viendra que toutes les semaines.
FERNANDE
Mais papa, pourquoi toutes ces questions?
MONTAUDOIN. .
Pourquoi? Il ne te manque jamais d’argent à toi, Fernande?
FERNANDE
Non, papa!
DE M. MONTAÜDOIN . 9
MONTAüDOIN.
Ah ! et à vous, Joséphine, il ne vous manque janjais d'ar- , gent?
JOSÉPHINE
* \[on. Monsieur.
MONTAüDOIN.
Ah ! vous êtes bien heureuses !
FEHNANDE.
Et à toi, est-ce qu’il t’en manque?
MONTAÜDOIN.
A moi? oui! (Regardant Joséphine.) 11 y a dans cette maison une main invisible!... N’en parle pas à ta mère: elle craint les voleurs. Une fois, j’ai voulu lui faire part de mes soupçons, elle a eu une attaque de nerfs; alors, depuis ce temps, je me concentre... tu comprends. Chut! la voilà! soyons gais!