‹ Les 6 degres du crime melodrame en trois actesChapitre 4 sur 50 · LES MÊMES, MICHEL · texte numérisé non relu

LES MÊMES, MICHEL

MICHEL

C’est bien, toujours la même occupation, l’oisiveté... c’est par-lé qu’on commence

JC LES.

C’est bjen par-là aussi que je compte finir; c’est si doux l’oisiveté !

MICHEL

Elleest la mère. . .

CHARLES

De tous les vices; c’est un vieux proverbe que tout le monde connaît.

MICHEL

Oui, et qui ne profite à personne, ou peu s’en faut.

JULBS.

Un siège à monsieur Michel, vous philosopherez plus à votre aise; allons, prenez place au milieu de nous. [IL appelle .) Encore un verre ! Vos sentences arrosées de vin d’ Aï n’en paraîtront que plus aimables.

MICHEL. , * '

Je vousjemercie, monsieur Dormilly, mais je ne puis rester que peu d’instans.

CHARLES

Au moins, monsieur Michel, vous viderez ce verre de champagne à notre conversion.

MICHEL

Je ne bois jamais de vin,

FERDINAND

Vous avez tort. ( Il avale le vin en chantant. ) Tous les raéchans sont buveurs d’eau... ,

MICHEL

Vous savez ce qui m’amène , veuillez me mettre à même de vous tirer ma révérence.

CHARLES

Comment, „i tôt? Jules nous avait flattés de l’espoir de votre société.

MICHEL

Ah ! oui, j’entends , il faut vous amuser; ce n’est point là mon emploi.

JULES

Vous interprétez mal nos intentions.

FERDINAND

Sans doute. Pour ma part, j’avais entendu dire, je ne sais plus où , que , digne émule de Lavater, il vous suffisait de rc-

garder la figure d’une personne pour deviner ses habitudes , pour lire à découvert dans son cceur, et nous sommes ici une tablée d’incrédules qui auraient été bien aises de mettre votre science à l’épreuve.

MICHEL

Eh jiien ! messieurs, c’est un désir qu’on peut satisfaire, si vous y tenez tant.

CHARLES

Hein ! quand Dormilly nous disait que monsieur Michel était un homme charmant! que d’obligations nous vous aurons, monsieur Michel!

MICHEL

Je ne le pense pas ; mais dans tous les cas, je ne croirai pas avoir perdu tout-à-fait mon temps si mes paroles peuvent vous faire faire quelques réflexions sur vous-mêmes.

« Ah ! parlez, nous vous écoutons avec impatience.

MICHEL

Kh bien! je commencerai donc par vous, monsieur Ferdinand, dont la figure est si douce et les yeux si brillans. .. la rougeur subite qui souvent colore vos traits comme aujourd’hui pourrait être prise pour de la pudeur... si elle ne prenait pas naissance et dans le vin que vous aimez beaucoup et dans le bonheur inouï qui vous poursuit à l’écarté... Mais prenez garde... les rois que vous retournez avec tant de succès pourraient exciter l’envie... Et si la chance tourneune fois... elle pourra vous mener loin.

w FERDINAND.

Je ne comprends pas.

MICHEL

Cela viendra.

CHARLES

A mon tour... voyons si je comprendrai. .

MICHEL

Vous êtes un fashionable des plus distingués, monsieur Charles; toujours le sourire sur les lèvres, jamais que des paroles obligeantes... à vos créanciers. On admire avec raison votre esprit quand il s’agit de discuter sur la coupe d’un gilet et la forme d’un pantalon... on cite vos brillantes conquêtes de Frescati... Jusqu’ici il n’y a pas grand mal... ça ne vous mène qu’à Sainte-Pélagie... et à l’hôpital. Mais si par hasard une fois {bas. ) il vous arrivait de vous tromper de nom en signant une lettre de change , vous pourriezbien être obligé de changer de domicile, et l’air d’un port de mer est bien vif pour les habi* tans de la capitale.

CHARLES

Monsieur, une pareille accusation...

Michel, froidement, tirant de son portefeuille un papier qu’il présente d Charles.

Je vous attends à l’échéance.

CHARLES

Vous serez payé... mais je vous jure que vous Êtes dans l’erreur.

M1CHBL.

Faut-il continuer, messieurs, ma science est à votre service ; et si vous en doutez encore, parlez.

FERDIHAÎID.

D’honneur il est charmant... On ne mystifie pas avec plus ' de grâce, mais nous craindrions d’abuser de votre complaisance.

MICHEL

Non... car je vous donne ici ma foi que mon désir le plus cher serait de vous détourner de la route que vous semble* tous prendre. Jeunes gens, les plaisirs vous aveuglent; si vous saviez ce qui vous attend peut-être un jour! Jules, c’est surtout à vous que je m’adresse... Votre père, qui me connaissait, ne m’avait pas pour cela refusé son estime , et je crois lui en prouver ma reconnaissance en répétant à son fils ce qu’il a dû lui dire plus d’une fois : L’oisiveté est le premier échelon qui conduit au déshonneur, plus loin encore... La société que vous fréquentez vous aura bientôt conduit au second. Il est encore temps de retourner en arrière, mais hâtez-vous... car une fois a moitié route, il est bien rare qu’on puisse revenir sur ses pas.

Messieurs, je propose la santé de monsieurMichel, notre conseiller intime. . ..

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