FRANÇOIS, JOSEPH, MICHEL
Monsieur Michel !
Joseph , annonçant.
( Il sort.)
FRANÇOIS
Ah! venez donc, mon ami; j’ai besoin de votre présence... Pourquoi nous avoir manqué ce matin ?
MICHEL
Je venais vous en faire mes excuses. Croyez bien que s’il eût dépendu de moi...
FRANÇOIS
Ah! vous êtes tout pardonné; car je suis sûr que sans des affaires indispensables... Mais j’espère que vous me restez toute la soirée?
MICHEL
Cela m’est impossible également; un devoir m’appelle ailleurs.
FRANÇOIS
Est-il donc si grand qu’on ne puisse le remettre ?
MICHEL
Oui.
FRANÇOIS
Mais, au moins, nous vous verrons ce soir... Vous viendrez au bal...
MICHEL
Au bal... moi... ( à part .) Après... [haut. ) Je le voudrais, que je ne le pourrais pas.
FRANÇOIS
Ainsi donc des deux seules personnes qui ont soutenu , encouragé mon infortune, il n’y en aura pas une auprès de moi... Michel!... mon ami!... Je vous en supplie... promettez-moi de venir une seule minute... Mais venez; que je n’aye pas l’air d’être abandonné de tous ceux que mon cœur chérit.
MICHEL
François, il m’en coûte beaucoup... Je vais vous affliger peut-être. Mais aujourd’hui vous n’avez plus besoin de mes conseils. Vous avez retrouvé une famille... Je dois vous le dire, il faudra même à l’avenir cesser de nous voir.
Cesser de nous voir!... Et pourquoi?
MICHEL
Parce qu’il ne convient plus que les relations qui existaient entre nous lorsque vous étiez seul au monde , continuent main- • tenant que vous avez des parens... des parens honorables..-. .
FRANÇOIS
Pourquoi dope les soupçonner ainsi que moi d’une fierté aussi déplacée ?
MICHEL
Qui vous dit qu’elle le soit ?... Écoulez, mon ami, car je veux encore vous appeler aujourd’hui de ce liom.
FRANÇOIS
Ah! toujours!... toujours!...
MICHEL
Vous ne me connaissez que par l’intérêt bien vif que vous m’aviez inspiré, par les conseils quelquefois bien sévères que vous donnait mon amitié sans bornes. Et votre discrétion, je lui dois cette justice, ne s’est jamais démentie un seul instant; jamais vous n’avez demandé à celui qui vous poursuivait de scs avis et de ses sermons , à quel titre il vous les adressait , et quel homme il était lui-même, quel rang il tenait dans la société pour se croire autorisé à diriger vos opinions et votre destinée... Que diriez-vous s’il ne vous était plus permis, quand vous le Les six Degrés. 8
connaître!, de continuer d’aimer cet homme sans... sans rougir?
FRANÇOIS
Sans rougir?... De vous?... detox mots seulement... et vous avez sur-le-champ ma réponse. L’honneur... la probité... vous n’y avez jamais manqué?...
MICHEL
Oh I non , jamais!... je le jure !
FRANÇOIS
Ah! venez... venez donc dans mes bras .. que m’importe A présent qui que vous soyez... j’en prends Dieu à témoin... je ne rougirai jamais de vous appeler mon ami... de vous presser sur mon cœur.
MICHEL
François, vous ne savez pas le bien que vous me faites !... mais je n’accepterai ce que vous m’offrez trop généreusement ; peut-être que si vous me l’offrez de nouveau demain... (Franpois veut parler , Michel l’interrompt. Etonnement du jeune homme suspendu par l’arrivée de Joseph.)