‹ Les 6 degres du crime melodrame en trois actesChapitre 50 sur 50 · JULES, MICHEL · texte numérisé non relu

JULES, MICHEL

JULES

Qui que vous soyez... 6 par pitié, sauyez-moi! sauvez-moil

MICHEL

Jules 1...

JULES

Grand dieu!... Michel!...

MICHEL

Vous, ici !... à cette heure !...

JULES

Oui, j’étais sur la charrette... je voyais l’horrible instru-. ment!... mais le désespoir... m’a donné une force que je ne me connaissais pas... j’ai brisé mes lieus... je me suis jeté dans la foule... et sans savoir comment... j’arrive ici... Oh! je vous le demande en grâce, ne me livrez pas !... cachez-moi.

MICHEL

Ah! je le veux dalout mon cœur. Mais... comment vous sauver?... quel moyen?

N’importe, ( Brait au loin.) pourvu que je ne meure pas !

MICHEL

N’entendez-vous pas des cris... sur la place ?...

JULES

Je n’entends rien, je ne vois rien, rien qU’un échafaud... cachez moi...

Michel, à la fenêtre.

Ils auront suivi vos traces. (On frappe à la porte de la rue.) C’est à cette maison qu’ils en veulent.

JULES

Cachez-moi... mais cachez-moi donc!...

MICHEL

Ici, c’est impossible!,., il faut fuir...

JULES

Par où... mais par où... dites donc? cette fenêtre... oui , oui. (On crie dans la rue: Le voilà.) (Il court d ta fenêtre et redescend presque aussitôt.) Ils sont tous là... ils m’ont aperçu; ils vont venir pour m’arracher la vie... fermons, fermons les portes, qu’ils ne puissent pas arriver jusqu’à moi.

MICHEL

Et malheureux! comment voulez-vous leur échapper? c’est . retarder votre dernier moment de quelques minutes.

JULES

Quelques minutes, dites-vous? mais pour moi, c’est l’éternité maintenant... (Un bruit rapproché: C’est là.) Ah! mon Dieu! j’entends monter l’escalier! Ils vont être ici... que faire, ô mon Dieu ! que devenir !

• Digitfeed

Il te reste un moyen.

Ah ! dites... dites vile!

MICHEL

JULES

MICHEL

Un moyen de finir, sans la honte qui t'attend sur la place publique...

' JULES

Eh quoi! il faut toujours mourir?

MICHEL

Pense à ton père, malheureux! sois homme une fois... (Il prend un des couteaux qui sont sur la cheminée.) Tiens... évite le supplice, l’infamie! frappe-toi 1...

JULES

Comment?

Frappe-toi...

Jamais! jamais!...

Qu’espères-tu donc?

MICHEL

JULES

MICHEL

JULES

Je ne sais. (On frappe aux portes en criant : Enfonçons la porte.) Mais jusqu’au dernier moment...

MICHEL

Ils vont enfoncer les portes... du courage, allons.

JULES

Du courage, dites-vous? eh bien! c’est ce qui me manque. Le fer ne tremblait pas dans ma main pour frapper mon semblable... je savais faire un assassin, mais pour moi je n’oserais jamais, car il faut tout dire... je suis un lâche! (Bruit confus.)

MICHEL

Mais malheureux! tu ne sais donc pas ce que c’est que de mourir en Place-de-Grève, devant un peuple entier! tu ne sais pas ce que c’est que de monter les marches de l’échafaud, les yeux fortement attachés sur cet énorme couteau qui attend au passage!... (Bruit.)

JULES

Eh bien! donnez, donnez, que j’essaye. (Il prend le couteau, essaye et jette un cri.) Non, non ! je ne pourrai jamais. (On brise une porte.)

MICHEL

Les portes cèdent, hâte-toi !

JULES

Oh! non, pas encore !... (On entend des pas précipités.)

MICHBL.

Une minute de plus, il est trop tard, les voilà!

■it

Page 1