JULES, MICHEL
JULES
Qui que vous soyez... 6 par pitié, sauyez-moi! sauvez-moil
MICHEL
Jules 1...
JULES
Grand dieu!... Michel!...
MICHEL
Vous, ici !... à cette heure !...
JULES
Oui, j’étais sur la charrette... je voyais l’horrible instru-. ment!... mais le désespoir... m’a donné une force que je ne me connaissais pas... j’ai brisé mes lieus... je me suis jeté dans la foule... et sans savoir comment... j’arrive ici... Oh! je vous le demande en grâce, ne me livrez pas !... cachez-moi.
MICHEL
Ah! je le veux dalout mon cœur. Mais... comment vous sauver?... quel moyen?
N’importe, ( Brait au loin.) pourvu que je ne meure pas !
MICHEL
N’entendez-vous pas des cris... sur la place ?...
JULES
Je n’entends rien, je ne vois rien, rien qU’un échafaud... cachez moi...
Michel, à la fenêtre.
Ils auront suivi vos traces. (On frappe à la porte de la rue.) C’est à cette maison qu’ils en veulent.
JULES
Cachez-moi... mais cachez-moi donc!...
MICHEL
Ici, c’est impossible!,., il faut fuir...
JULES
Par où... mais par où... dites donc? cette fenêtre... oui , oui. (On crie dans la rue: Le voilà.) (Il court d ta fenêtre et redescend presque aussitôt.) Ils sont tous là... ils m’ont aperçu; ils vont venir pour m’arracher la vie... fermons, fermons les portes, qu’ils ne puissent pas arriver jusqu’à moi.
MICHEL
Et malheureux! comment voulez-vous leur échapper? c’est . retarder votre dernier moment de quelques minutes.
JULES
Quelques minutes, dites-vous? mais pour moi, c’est l’éternité maintenant... (Un bruit rapproché: C’est là.) Ah! mon Dieu! j’entends monter l’escalier! Ils vont être ici... que faire, ô mon Dieu ! que devenir !
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Il te reste un moyen.
Ah ! dites... dites vile!
MICHEL
JULES
MICHEL
Un moyen de finir, sans la honte qui t'attend sur la place publique...
' JULES
Eh quoi! il faut toujours mourir?
MICHEL
Pense à ton père, malheureux! sois homme une fois... (Il prend un des couteaux qui sont sur la cheminée.) Tiens... évite le supplice, l’infamie! frappe-toi 1...
JULES
Comment?
Frappe-toi...
Jamais! jamais!...
Qu’espères-tu donc?
MICHEL
JULES
MICHEL
JULES
Je ne sais. (On frappe aux portes en criant : Enfonçons la porte.) Mais jusqu’au dernier moment...
MICHEL
Ils vont enfoncer les portes... du courage, allons.
JULES
Du courage, dites-vous? eh bien! c’est ce qui me manque. Le fer ne tremblait pas dans ma main pour frapper mon semblable... je savais faire un assassin, mais pour moi je n’oserais jamais, car il faut tout dire... je suis un lâche! (Bruit confus.)
MICHEL
Mais malheureux! tu ne sais donc pas ce que c’est que de mourir en Place-de-Grève, devant un peuple entier! tu ne sais pas ce que c’est que de monter les marches de l’échafaud, les yeux fortement attachés sur cet énorme couteau qui attend au passage!... (Bruit.)
JULES
Eh bien! donnez, donnez, que j’essaye. (Il prend le couteau, essaye et jette un cri.) Non, non ! je ne pourrai jamais. (On brise une porte.)
MICHEL
Les portes cèdent, hâte-toi !
JULES
Oh! non, pas encore !... (On entend des pas précipités.)
MICHBL.
Une minute de plus, il est trop tard, les voilà!
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