FRANÇOIS, MADAME DOUCET, LOUISE
^ 1 ’ FRANÇOIS, r V r J **
Vous ne m’aviez pas dit, Louise, que vous connaissiez • M. Dormilly.
MADAME DOUCET
Allons, tout d’ suite, v’ià la'tfete qui trotte.
LOUISE
Est-ce que c’est connaître quelqu’un que de voir une fois une personne à un concours où il y a tant de inonde ? et puis, je l’avais si peu remarqué! (à part.) On me disait bien que o’était un jeune homme fort riche.
FRANÇOIS
Oh! c’est que je sais...
MADAME DOUCET
Tiens, mon garçon, j’ t’ai déjà dit qu’faudrait qu’elle mette ses yeux dans sa poche et sa figure dans son tablier, sans ça, ah! t’es d’une jalousie...
FRANÇOIS
Parce que vous êtes honnête, et elle aussi , vous ne croyez que le bien.
Digiti
■ (Soogle
MADAME DOUCET
Je n’en suis que plus heureuse, donc.
\ FRANÇOIS
Sans doute ; mais il ne fallait pas élever votre fille pour une autre condition que celle où le sort l’avait placée.
MADAME DOUCET
Tiens, pourquoi? il y a peut-être du mal à vouloir être mieux qu’on est?
' FRANÇOIS
Quelquefois; née avec un cœur bon, comme le vôtre, Louise pouvait faire une excellente ménagère.
MADAME DOUCBT, *
Eh bien ?
FRANÇOIS
Une virtuose dédaigne ces petits tracas d’intérieur.
MADAME DOUCET
Vous verrez que parce qu’elle aura appris à roucouler, elle ne saura pas mettre un pot au feu, et raccommoder des bas.
LOUISE
Voilà toujours- comme il est, monsieur François; il ne cherche qu’à me faire gronder ou à me dire des choses désagréables.
FRANÇOIS
Ah! pardon, pardon, Louise; si vous saviez combien j’ai été malheureux depuis le moment de ma naissance , vous ne trouveriez pas mes idées extraordinaires. Au moment où mon plus cher désir va être accompli... je serais heureux si j’étais sûr que vous m’aimiez comme je vous aime , et j’ai peur que ça ne soit pas ainsi ; je crains toujours quelque malheur.
MADAME DOUCET
Ah ! c’est ton habitude.
FRANÇOIS
Un mot, un seul mot de sa bouche suffit pour me tranquilliser.
MADAME DOUCET
Eh bien! voyons, dis-Iui-en deux à c’ garçon, puisque ça suffit pour le r’mettre dans son assiette.
, LOUISE
C’est que c’est tous les jours à recommencer, on ne peut pas être deux heures d’accord : je vous en avertis, monsieur François , vous finirez par vous faire détester.
FRANÇOIS
Louise, je me corrigerai, je vous le promets.
MADAME DOUCET
Allons, eh bien ! la paix, la paix, embrassez-vous. (Ils s’embrassent.) Je suis obligée aussi, mon garçon, de te donner tort. On peut, vois-tu, être vertueuse dans tous les étals; et dans ceux où on est le plus exposée, il n’y a que plus de mérite à se
bien conduire ; je réponds de ma fille adoptive comme de moi; faudrait pas qu’elle bronchât I je lui aurais arraché les yeux avant qu’elle ait vu comment; mais tu peux être sûr que tu seras aussi heureux que feu mon inari avec moi... ie pauvre cher homme! je n’ai pas gros comme une lentille sur la conscience à son égard... je ne suis qu’une marchande d’oranges, eh bien ! je puis me vanter de ne jamais lui avoir fait la moindre égratignure au front , et j’crois que bien des belles dames de la plus haute volée n’pourraient pas en dire autant. C’est-y fini?
FRANÇOIS
Oui.
Louise, voyant Jules.
Le voilé, je me sens rougir... et si François s’en apercevait, ce serait un train...