‹ Les 73 journées de la Commune: du 18 mars au 29 mai 1871Chapitre 105 sur 212 · RETOUR DES CONCILIATEURS · texte numérisé non relu

RETOUR DES CONCILIATEURS

une impudence aujourd'hui si évidente, et que bientôt la Commune serait la première à nous ravir les libertés qu'elle devait protéger et développer ? Donc, hélas ! les ruraux avaient raison, eux qui avaient eu si évidemment tort en ne prêtant point l'oreille aux équitables prières du peuple avide de liberté ; ils avaient eu raison en nous avertissant de la nullité et de la méchanceté de ces hommes. Ah ! si l'Assemblée nationale voulait, il serait temps encore de sauver Paris, Si elle voulait vraiment établir une république définitive et accorder à la capitale de la France le droit d'élire, entièrement et librement, une municipalité indépendante, comme nous nous rangerions avec ardeur autour du gouvernement légitime, et comme l'Hôtel de Ville serait bientôt délivré des grotesques niais qui s'y carrent ! Mais l'Assemblée nationale nous comprendra -t-elie ? Consentira-t-elle à donner, par des concessions honorables, la liberté à Paris et le repos à la France ?

Les délégués de la Ligue d'union républicaine des droits de Paris sont revenus de Versailles aujourd'hui 14 avril et ont fait publier le rapport que voici :

« Citoyens,

« Les soussignés, chargés par vous d'aller présenter au gouvernement de Versailles votre programme et d'ofrir les bons offices de la Ligue pour arriver à la con-

LES RÉPONSES PS If. THIERS. 155

clusioij d'un armistice, ont l'honneur de vous rendre le compte suivant .de leur mission.

a Les délégués, ayant donné connaissance à M, Thiers du programme de la Ligue, celui-ci a répondu que, comme chef du seul gouvernement légal existant en France, il n'avait pas à discuter les bases d'un traité, mais que cependant il était tout disposé à s'entretenir avec des personnes qu'il considérait comme représentant le prin?cipe républicain et à leur faire connaître les intentions du chef du pouvoir exécutif.

« C'est sous le bénéfice de ces observations, qui constataient d'ailleurs le véritable caractère de notre mission, que M. Thiers a fait sur les différents points de notre programme les déclarations suivantes:

« En ce qui touche la reconnaissance de la République, M. Thiers en garantit l'existence tant qu'il demeurera au pouvoir. Il a reçu un état républicain, il met son honneur à conserver cet état. »

Eh ! voilà justement ce qui ne suffit point à Paris, au Paris qui veut la paix et la liberté. Nous avons tous la plus entière confiance dans l'honneur de M. Thiers . Nous sommes convaincus que, tant qu'il restera au pou* voir, on lira : « République française » en tête des blanches affiches gouvernementales. Mais, M. . Thiers une fois descendu ou renversé du pouvoir — les assemblées nationales ont leurs caprices parfois — qui nous assure que nous ne serons pas la proie d'une restauration monarchique, ou même impériale ? Il y a des revenants dans l'histoire de France aussi bien que dans les romans d'Anne Radcliff. Considérer comme des républicains sincères les élus qui siègent à Versailles est un

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