‹ Les 73 journées de la Commune: du 18 mars au 29 mai 1871Chapitre 11 sur 212 · LES AFFICHES BLANCHES · texte numérisé non relu

LES AFFICHES BLANCHES

— De nouveau ? je ne sais pas. Ah ! oui, il paraît qu'il y a eu quelque chose hier à Montmartre.

Ceci me fut répondu au centre même de la ville, dans la rue de la Grange-Batelière. Il y a à Paris de ces prodigieux indifférents. Je parie qu'en cherchant un peu on finirait par découvrir dans quelque quartier reculé un homme qui se croit encore gouverné par Napoléon III et qui n'a entendu parler de la guerre avec la Prusse que comme d'une éventualité improbable.

Sur les boulevards, peu d'agitation. Des enfants crient des journaux. Je n'aime pas à être renseigné par les feuilles publiques. Si impartial, si sincère que soit un .reporter, il ne peut présenter les faits que d'après la façon dont il en a été impressionné. Or, il m'est presque impossible d'évaluer l'importance d'un fait d'après des impressions étrangères.

Je me suis dirigé vers la rue Drouot, prévoyant des affiches. Que d'affiches, en effet ! et des affiches blanches, s'il vous plaît 1 Ceci indiquait que Paris avait un gouvernement, le blanc étant la couleur officielle, même sous la République rouge.

J'ai pris un crayon et j'ai copié à la hâte les proclamations de nos nouveaux maîtres. Je crois que j'ai agi prudemment. Tout est si vite oublié, les proclamations et les hommes! Où sont les affiches d'antan î

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RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

LrtKRTB, ÉQÀLrTB, /FRATERNITÉ.

An Peuple.

« Citoyens,

« Le peuple de Paris a secoué le joug qu'on essayait de lui imposer. »

'Quel joug, messieurs du Comité, pardon, citoyens? ^e vous assure que moi, qui, pourtant, fais partie du peuple, je ne me suis pas le moins du monde aperçu qu'on essayât de m'imposer un joug. Il s'agissait, si j'ai bonne mémoire, de quelques canons, et il n'y avait pas le moindre joug dans toute cette affaire. Et puis, cette expression : « le peuple de Paris » est singulièrement exagérée. Certainement les habitants de Montmartre et leurs frères des quartiers excentriques font partie du peuple, et n'en sont pas, je suis tout disposé ic le reconnaître, la portion la moins saine ni lamoins digne d'intérêt (j'ai toujours préféré un charbonnier de la chaussée Glignancourt à un gandin de la rue Taitbout),. mais enfin, ilô ne sont pas le peuple tout entier. Donc, votre phrase ne signifie pas grand'chose ; et en outre, avec sa métaphore démodée, elle est d'une rhétorique un peu vieillotte. Je crois qu'il eût mieux valu dire tout simplement :

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