‹ Les 73 journées de la Commune: du 18 mars au 29 mai 1871Chapitre 149 sur 212 · LES NOUVELLES A SENSATION · texte numérisé non relu

LES NOUVELLES A SENSATION

Maillot où combattent les amis de la Commune et de Versailles, où siègent les ennemis de la Patrie; elles sont conçues en ces termes :

c II se confirme de plus en pins que l'Assemblée de Versailles, cernée par les troupes revenues d'Allemagne, est prisonnière. Les généraux de l'Empire ont proclamé de nouveau Napoléon III empereur. »

« A la suite d'une vive querelle au sujet de quelques gardes nationaux que le maréchal Mac-Mahon, après les avoir fait fusiller, a omis de faire manger tout crus à ses soldats, M. Tbiers a envoyé deux témoins au maréchal. Ces témoins n'étaient autres que le duc de Chambord et le comte «de Paris. Mac-Mahon a choisi pour second l'ex-empereur et M. Paul de Cassagnac. La rencontre a eu lieu dans la rue des Réservoirs, au milieu d'une foule immense. Le maréchal a été tué, ce qui l'a obligé à déclarer qu'il renonçait au commandement des troupes; mais l'Assemblée n'a pas accepté sa démission. »

« Nous sommes en mesure d'affirmer qu'une compagnie du 132 e bataillon a cerné ce matin, d^ns le parc de Neuilly, quinze mille gendarmes et sergents de ville. Voyant que toute résistance était inutile, les suppôts de H. Thiersse sont rendus à discrétion. Il y avait parmi eux âfs<*ept membres de l'Assemblée nationale qui, non contents de donner des ordres pour regorgement de nos frères, avaient voulu assister au massacre. »

« Une personne digne de foi nous raconte le fait

suivant : Une cantiniére du 44 e bataillon (quartier des Batignolles) était en train de verser à boire à un artilleur du fort de Vanves, lorque celui-ci a été coupé en deux par un obus versaillais. La brave cantiniére a bu le verre d'eau-de-vie et a pris la place de l'artilleur. Elle s'est si bien acquittée de son nouveau devoir, que douze secondes plus tard, il n'y avait plus un seul canon intact dans les batteries de Meudon. Quant aux servants des pièces, ils ont tous été précipités, par quelques boulets bien dirigés, à une distance de plusieurs kilomètres, et on a cru reconnaître parmi eux — mais nous donnons cette nouvelle sous toute réserve — H. Ollivier, l'exministre de l'ex-empereùr, et le comte de Bismark, qui avait voulu vérifier par lui-même la portée des canons qu'il a prêtés à ses bons amis de Versailles. »

Après les dernières nouvelles, le premier-Paris, le bulletin du jour, comme on dit à présent. C'est ici que se révèle le talent du rédacteur en chef, membre de la Commune. Nous espérons que le spécimen suivant n'est pas tout à fait indigne de la signature de M. Félix Pyat ou de la signature de M. Vermorel:

c Paris, 29 avril 1871.

c Ils nous guettent, ces tigres altérés de sang !

« Ils sont là, ces vandales qui ont fait le serment de ne pas laisser dans Paris un seul homme ni une seule pierre debout !

« Mais ils ne nous tiennent pas ; non, ils ne nous tiendront jamais!

« La garde nationale veille, victorieuse et sublime. Ce ne sont point des poitrines de chair qu'ils ont devant eux, ce sont des poitrines de bronze, sur lesquelles re* bondissent les balles !

« Ah ! ils se disaient, ces Jfales Favre larmoyants, ces Picard obèses, ces Jules Ferry infâmes, ils se disaient; «Nous prendrons Paris, nous le raserons, et son sol sera distribué, après la victoire, aux femmes des sergents de ville !

« Ils commencent à comprendre tout ce qu'il y avait (Tmsensé dans leur projet. C'est Paris qui prendra Versailles , qui prendra tous ces vieux aux yeux clignotants, qui, parce qu'ils ne peuvent regarder en face M. Thiers lui-même, s'imaginent qu'il est le soleil.

« C'est en vain qu'ils gorgent de sangr et de vin les soldats trompés ; le moment est proche eu ceux-ci ne consentiront plus à marcher contre la ville qui combat pour eux. Hier déjà, du fort de Vanves, on distinguait la mêlée d'une bataille ; c'étaient Les iigrards qui ea étaient venus aux mains avec les gendarmes de Valentia et les zouaves de Charefcte. Courage ! Paris , enearo quelques jours, et tu attiras triomphé de tous les vnfâmfis. qui osent entraver la marehe de la Commune trions phante !

« Mais ce n'est pas assez de vaincre les ennemis du dehors, il faut se débarrasser des ennemis du dedans.

c Plus de pitié î Plus d'atermoiements l La justice du peuple est lasse des formalités et veut être satisfaite* Mort aux espions! Mort aux réactionnaires! Mort aux prêtres ! Pourquoi la Commune nourrit-elle dans les prisons ce ramas de malfaiteurs, tandis que l'argent qu'ife

nous coûtent chaque jour serait si utile aux femmes et aux enfants de ceux qui combattent pour le salut de Paris? On nous affirme que Fex-archevêque de Paris s mangé hier un demi-poulet à son repas du soir ; que de bons patriotes auraient été sauvés de la misère par la somme dont cette orgie a dépouillé la caisse de la Repu* blique ! Il n'est plus temps d'hésiter : les VersaiHats fusillent et mutilent nos prisonniers, vengeons-nous ! H faut faire un tel exemple, qu'en apercevant de loin sur nos remparts les têtes de leurs ignobles complices, les traîtres de Versailles, confondus par la magnanimité de la Commune, déposent enfin les armes et se rendent à discrétion.

« Quant aux réfracfaires parisiens, nous n'avons pas de mots pour exprimer l'étonnement que nous inspire la faiblesse avec laquelle on se conduit à leur égard.

t Quoi! nous souffrons qu'il y ait encore des lâches à Paris? Je pensais qu'ils étaient tous à Versailles. Nous souffrons qu'il y ait parmi nous des gens qui ne sont pas de notre avis?

« Cet état de choses a trop longtemps duré. Qu'ils prennent leur fusil ou qu'ils meurent. Fusillez ceux qui ne voudront pas marcher. Ils ont des femmes, des enfanta, ils sont pères de famille, disent-ils ; la belle raison ! La Commune avant tout ! Et d'ailleurs, il ne faut avoir aucune pitié pour les femmes des réactionnaires et pour les enfants des mouchards !»

Les bulletins du jour sont quelquefois conçus en terme» moins doux, mais nous avons choisi une moyenne honorable entre les journalistes tièdes et les journalistes exagérés.

23G l'article de fond.

mm ■ ' ■ ■■— ^— ^— — i ■ ■»■■ a n » ■ «iii

Puis vient l'article de fond, l'article sérieux, écrit d'ordinaire par une plume bien et dûment autorisée, par la plus forte tête de l'endroit. Le sujet varie selon les circonstances, mais il s'agit le plus souvent de démontrer que Paris n'a jamais été aussi riche, aussi libre, aussi heureux que 60us le gouvernement de la Commune, et cela, en vérité, n'est pas bien difficile à prouver. Pouvoir vivre sans travailler, n'est-ce pas la meilleur preuve de la richesse des gens? Eh bien, voyez les gardes nationaux : il y a plus d'un mois qu'ils n'ont pas touché un outil, et ils ont tant d'argent, qu'ils sont obligés d'en céder aux marchands de vins contre un nombre illimité de litres et de bouteilles cachetées. Libres, qui pourrait dire que nous ne le sommes pas? Les journaux qui se permettaient d'affirmer le contraire ont été prudemment supprimés. D'ailleurs, n'est-ce pas être libres que d'être débarrassés du joug honteux des hommes qui ont vendu la France, que de ne plus subir l'oppression des « calottins, » des réactionnaires, des traîtres? Et quant au bonheur le plus parfait, nous en jouissons incontestablement, puisque nous sommes riches et libres.

Enfin, après les dépêches officielles rédigées dans le style que vous savez, et les récits des dernières batailles, apparaissent les faits divers. Ici se montre surtout l'ingéniosité des rédacteurs.

c Hier soir, vers dix heures, dans la rue Saint-Denis, l'attention des passants fut attirée par des cris qui paraissaient venir d'une maison à quatre étages, située au coin de la rue Sainte-Apolline. Ces cris étaient des cris de désespoir. On alla prévenir le poste le plus voisin, et quatre gardes nationaux T précédés de leur caporal, pénétrèrent

Page 1