‹ Les 73 journées de la Commune: du 18 mars au 29 mai 1871Chapitre 155 sur 212 · LA PARODIE DE LA TERREUR · texte numérisé non relu

LA PARODIE DE LA TERREUR

Un hommo déguisé entre au bal de l'Opéra ; il est ivre; il va, vient, court, gambade, insuite les femmes, gouaille les hommes, éteint les lustres, met le feu aux tentures, se fait huer, houspiller, et enfin tout le monde crie : t A la porte ! » Que fait l'homme déguisé? il se retire, descend chez le costumier du coin, remplace son costume de pierrot par un costume de paillasse, rentre dans le bal, recommence les folies qu'il a déjà faites, et se dit : « J'ai changé d'habit, on ne me reconnaîtra pas. ■ Il se trompe : il n'y a pas moyen de se méprendre à la façon dont il se comporte. La foule l'entoure, lui crie: c Je te connais, beau masque ! » et finalement, s'il a eu l'imprudence de fermer la porte, on le jette par la fenêtre.

Nous te reconnaissons , Commission executive ! c'est en vain que tu as pris les sanglants oripeaux du Comité de salut public, tu es toi-même, tu es encore Félix Pyat, tu es toujours Ranvier, tu n'as pas cessé d'être Gérardin; tu espères te faire mieux obéir grâce à ce travestisement lugubre? tu te trompes. Ordonne-nous d'aller nous battre, nous ne bougerons pas ; poursuis-nous, nous fuirons à peine; envoie-nous en prison, nous éclaterons de rire. Tu n'es pas plus la Terreur que Gil-Pérez n'est Talma. Les soufflets que tu reçois font tomber ton faux nez de papier peint ; tu as beau proscrire, voler, incarcérer, tu es trop drôle pour être terrible. Si jamais, poussant la parodie jusqu'au bout, tu t'avisais de dres-

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