‹ Les 73 journées de la Commune: du 18 mars au 29 mai 1871Chapitre 197 sur 212 · PREMIERS INCENDIES · texte numérisé non relu

PREMIERS INCENDIES

avec un petit bruit sec. Alors les officiers ajustaient leurs longues-vues; le plus souvent on ne distinguait rien. Mais si une ombre disparaissait derrière un rideau, le cri : t Fouillez cette maison ! » retentissait. On n'exécutait pas dans les appartements mêmes. On faisait sortir quelques habitants, et ceux-là ne rentraient plus.

Au milieu de la nuit, je suis éveillé en sursaut. Ma vitre est toute rouge. J'ouvre la fenêtre. Tout le cial, à gauche, est un pêle-mêle de sombre fumée et de lueurs sanglantes; on dirait un immense remanient de monstres noirs, aux langues de f eu : c'est l'incendie! l'incendie de Paris ! Je sors à la hâte. Au coin de la rue de Trévise, une sentinelle me crie : « On ne passe pas! » Je suis tellement troublé que je ne sais pas si ce factionnaire est un fédéré ou un soldat. Que faire? où aller? Malgré les balles qui sifflaient encore, il y a une heure, il y a des gens à toutes les croisées, c C'est le ministère des finances qui brûle ! c'est la rue Royale ! c'est le Louvre ! » Le Louvre ! J'ai peine à retenir un cri. En une minute, j'ai mesuré l'énormité du désastre. chefe-d' œuvre sans nombre, dévorés, consumés, anéantis ! Les murs s'effondrent, les toiles se détachent des cadres et se recroquevillent. Les Noces de Cana brûlent! Raphaël se tord dans l'horrible brasier. Léonard de Vinci n'est plus. Ah! ceci était inattendu vraiment, et le sort nous a ménagé d'abominables surprises ! Mais

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