PARIS ESPÈRE
surrection, désirent également le rétablissement du pouvoir légitime et le développement des libertés municipales — nous sommes résolus à suivre où ils nous conduiront nos députés et jtos maires. Ils représentent en ce moment la seule autorité légale qui nous semble avoir équitablement apprécié les difficultés de la situation, et si, tout espoir de conciliation étant perdu, ils nous disaient de prendre les armes, nous les prendrions.
Ce soir, 21 mars, Paris a je ne sais quel air de contentement; il espère, il espère dans les députés et les maires, il espère même dans V Assemblée nationale. On parle de la manifestation des amis de l'ordre, on l'approuve. Un étranger, un Russe, M. À. J., habitant Paris depuis dix ans et par conséquent Parisien, m'offre les renseignements suivants dont je prends note à la hâte :
« Aujourd'hui, à une heure et demie, un groupe dont je faisais partie s'e6t formé place du Nouvel-Opéra. Nous étions vingt personnes à peine, nous avions un drapeau sur lequel était écrit : « Réunion des amis de l'ordre. » Ce drapeau était porté par un soldat de la ligne, employé, disait-on, de la maison Siraudin. Nous avons monté les boulevards jusqu'à la rue Richelieu; * sur notre passage les fenêtres s'ouvraient; on criait: « Vive Tordre ! vive l'Assemblée nationale ! à bas la Commune! » Très-peu nombreux au départ, nous fumes bientôt trois cents puis cinq cents, puis mille. Notre troupe suivit la
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rue Richelieu, grossissant toujours. Place de la Bourse, un capitaine de la garde nationale, à la tête de sa compagnie, voulut nous arrêter. Nous passâmes outre; la compagnie présenta les armes à notre drapeau, et les tambours battirent aux champs. Après avoir parcouru, de plus en plus nombreux, les rues qui avoisinent la Bourse, nous revînmes sur les boulevards, où éclata autour de nous le plus vif enthousiasme. Devant la rue Drouot on fît halte; la mairie du IX 6 arrondissement était occupée par un bataillon affilié au Comité, par le 229 e bataillon, je crois. Bien qu'une collision fût possible, nous nous engageâmes dans la rue, résolus à faire notre devoir, qui était de protester contre le renversement de Tordre et le mépris des lois établies, mais il ne nous fut fait aucune résistance. Les gardes nationaux accourus devant la porte de la mairie nous présentèrent les armes, et nous allions continuer notre chemin, lorsque quelqu'un fit remarquer que notre drapeau, où, comme je l'ai dit, on lisait : « Réunion des amis de Tordre, » pouvait nous exposer à être pris pour des c réactionnaires, » et qu'il fallait y ajouter ces mots: c Vive la République ! » Les personnes qui marchaient en tête de la manifestation firent halte; quelques-unes d'entre elles entrèrent dans un café, et là, écrivirent à la craie, sur le drapeau: « Vive la République! » Puis, nous nous remîmes en marche, suivant les voies les plus larges, de plus en plus nombreux et acclamés de toutes parts. Un quart d'heure plus tard, nous arrivâmes rue de la Paix, nous dirigeant vers la place Vendôme, où étaient réunis, en foule, des bataillons du Gomité, et où siège, comme on sait, Tétat-major de la