QUE SERA LA COMMUNE
révolutionnaires et connaît la plupart de leurs chefs, me disait, il y a un instant, en parlant de nos conseillers municipaux : « Ce sera une Assemblée composée des éléments les plus divers. Tout n'en est pas mauvais, mais tout n'en est pas bon. On peut diviser l'ensemble en trois portions : Une dizaine de gens sérieux affiliés à l'Internationale, qui ont pensé, qui ont travaillé, qui sauront agir peut-être; parmi ceux-ci, plusieurs étrangers. Puis des jeunes gens sans expérience et ardents, dont quelques-uns sont imbus des théories jacobines. Le troisième groupe, le plus considérable, est composé principalement des fruits secs des révolutions antérieures : journalistes , orateurs , conspirateurs ; ils sont remuants, bruyants, brouillons, mais fugaces. Ils n'auront guère d'autre lien entre eux que leur absence commune de liens avec les deux autres parties de l'Assemblée , et se confondront tantôt avec l'une , tantôt avec l'autre. Les membres de l'Internationale ont seuls une réelle valeur politique ; ce sont des socialistes. L'élément jacobin est dangereux. » Si telle est, en effet, la composition de l'Assemblée communale , quels pourront être ses actes ? Attendons, nous verrons bien. Cependant, la cité est calme. Jamais situation plus troublée n'a été en apparence plus -paisible. A propos, et les Prussiens ?
Se défende qui voudra de subir l'irrésistible émotion qu'impose l'enthousiasme des foules ! Je- ne suis pas un
60 a l'hôtel de ville.
homme politique, je suis un passant qui voit, écoute et éprouve.
J'étais sur la place de l'Hôtel -de- Ville à l'heure où ont été proclamés les noms des membres de la Commune, et j'écris ces lignes tout ému encore.
Combien d'hommes étaient là ? Cent mille peut-être. D'où venus? De tous les points de la cité. Les rues voisines regorgeaient d'hommes armés, et les baïonnettes aiguës, étincelant au soleil, faisaient ressembler la place à un champ d'éclairs.
Au milieu delà façade de l'hôtel, s'élève une estrade que domine un buste de la République coiffée du bonnet phrygien ; on a voilé de drapeaux le Henri IV de bronze. Aux fenêtres, des grappes vivantes. Des femmes sur le toit, des enfants accrochés aux sculptures de l'édifice, ou à cheval, dans les médaillons, sur la nuque des bustes.
Un à un les bataillons s'étaient rangés sur la place, en bon ordre, musiques en tête.
Ces musiques jouaient la Marseillaise, reprise en chœur par cinquante mille voix résolues ; ce tonnerre vocal secouait toutes les âmes, et la grande chanson, démodée par nos défaites, avait retrouvé un instant son antique énergie.
Tout à coup, le canon. La chanson redouble, formidable ; une immense houle d'étendards, de baïonnettes et de képis, va, vient, ondule, se resserre devant l'estrade. Le canon tonne toujours, mais on né l'entend que dans les intervalles du chant. Puis tous les bruits se fondent dans une acclamation unique, voix universelle de l'innombrable multitude, et tous ces hommes n'ont qu'un cœur comme ils n'ont qu'une voix. .