‹ Les 73 journées de la Commune: du 18 mars au 29 mai 1871Chapitre 70 sur 212 · LES PRISONS DE LHUILUER · texte numérisé non relu

LES PRISONS DE LHUILUER

voulu continuer à être fouetté, je me trompe, à être emprisonné, et, non moins rusé qu'il s'était montré valeureux, il a quitté, sans tambour ni trompettes, sa cellule imméritée. « Mon cher Rochefort, écrit-il au rédacteur en chef du Mot d'ordre, vous savez de quelle infâme machination j'ai été victime. » Cela, M. Rochefort le sait peut-être, mais je suis contraint d'avouer que je l'ignore entièrement, à moins que M. Lhuillier ne qualifie de • machination » l'ordre qui lui a été donné de mettre le Mont-Valérien dans la poche de son gilet. « Arrêté, sans motifs , par ordre du Comité central, je me suis vu jeté... » (Jeté ? Ah ! on a eu tort de jeter M. Lhuillier) «... au Dépôt de la préfecture de police » (de l'ex-préfecture, s'il vous plaît) « ... et mis au secret au moment même où Paris a besoin d'hommes d'action et de praticiens militaires. » Fi ! messieurs du Comité, vous aviez sous la main un homme d'action, — qui ne connaît les nobles actions du citoyen Lhuillier ? — vous aviez sous la main un praticien militaire — tout le monde ne sait-il pas quelle profonde expérience des choses de la guerre M. Lhuillier a acquise dans ses nombreuses campagnes ? — et vous l'avez mis, que disje, jeté au Dépôt de la préfecture ? C'jest mal, c'est trèsmal. « Le Dépôt est transformé en prison d'Etat, et les précautions les plus rigoureuses sont prises contre les détenus. » Ceci est bon à noter. Il paraît que les prisonniers de la Commune ne mènent pas précisément une vie de cocagne. « Néanmoins, suivi de mon secrétaire, j'ai trouvé l'occasion de franchir tranquillement... » — Tranquillement est adorable ; la tranquillité n'abandonne jamais les grandes âmes. — «r... le seuil de macel-

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Iule, où j'étais gardé à vue, de passer deux préaux gardés par une douzaine do gardiens, de me faire ouvrir trois portes fermées et de me faire présenter les armes par tous les factionnaires de la préfecture. » Evasion sublime ! Pends-toi, Latude ! Quel chapitre aurait écrit le regretté et ingénieux Alexandre Dumas sur cette admirable donnée ! Le seuil de la cellule franchi sous le nez du geôlier, endormi sans doute par une boisson assoupissante que M. Lhuillier, grâce à ses longs voyages dans les Indes orientales, a seul le secret de composer, les douze gardiens du préau saisis Tan après l'autre à la gorge, renversés, liés de cordes et mis hors d'état de donner l'alarme par douze poires d'angoisse fourrées dans leurs douze bouches, les trois portes ouvertes par trois énormes fausses clefs qu'avaient fabriquées un membre de la Commune, serrurier de son état et resté fidèle à la cause de M. Lhuilîier, et, enfin, les factionnaires, plongés dans l'extase à la seule vue du glorieux évadé et lui présentant les armes, quel drame ! Mais ce qu'il y a de plus beau, sans conteçte, c'est le secrétaire ! Je l'aime, ce secrétaire, qui n'a pas un seul instant abandonné son maître, et je le vois, pendant que M. Lhuillier accomplissait des miracles, je le vois au milieu du danger écrire sans trouble, d'un crayon sûr, ces nobles aventures, qui ne périront pas ! « A cette heure, continue F ex-prisonnier de l'ex-préfecture, j'ai deux cents hommes déterminés qui me servent d'escorte et trois bons revolvers chargés dans mes poches. J'ai eu trop longtemps la simplicité de voyager sans armes et sans amis ; aujourd'hui, je suis bien décidé à casser la tête au premier venu qui viendra m'arrêter. »

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