Village
Pendant la journée, l'Ababua n'habite pas sa hutte, mais un hangar commun de forme ellipsoïdale (ailleurs : oblongue) construit de la même façon que la hutte, mais avec les parois verticales à claire-voie dans la partie supérieure. Les indigènes apportent chacun leur chaise et la journée se passe dans l'inaction. C'est également sous ce hangar que se rend la justice et se tranchent les différends.
TlLKENS.
Si quelque raison politique ou autre empêche les chefs et les notables d'assister ou de prendre part aux travaux de la communauté, ils se tiennent sous le hangar central et discutent les questions à l'ordre du jour, soit entre eux, soit avec les envoyés des chefs voisins.
Védy, Bull. Soc. R. B. Gêogr., XXVIII (1904), 284.
Outre les cases particulières des indigènes, chaque village possède généralement une grande case située aux extrémités du village, de façon à voir très facilement les arrivants. Cette case a parfois 10 mètres sur 4, parfois plus ; là se tiennent le chef et ses sujets qui n'ont rien à faire. Une sentinelle y veille nuit et jour.
Bauw (De), Belg. Colon., II (1896), 64.
Le village est fortifié par un marais ou une épaisse brousse croissant tout autour et qu'il est impossible de traverser à cause des épines. Quatre ou cinq huttes forment un village
Ababua. Congo. B, 46.
relié à d'autres par de petits sentiers étroits. Les entrées des villages sont très étroites et le soir les portes sont solidement barricadées à l'intérieur.
TlLKENS.
Deux photographies de village Ababua reproduites par le Dr Védy, pp. 267 et 287, signalent les maisons Ababua construites en deux rangées le long d'une route.
Lorsque l'on pénètre dans le pays des Ababua, on est frappé de la rareté des habitations isolées; les indigènes sont toujours associés par groupes de trois ou quatre hommes au moins. Le plus souvent, une vingtaine de ménages s'établissent dans un même endroit et disposent leur cases symétriquement de part et d'autre d'une sorte de rue large de 10 à 20 mètres. Ce village est fortifié, c'est-à-dire entouré d'une broussaille impénétrable, ouverte en trois ou quatre endroits seulement. Une entrée, constituée par une brèche de 2 à 3 mètres de diamètre, pratiquée dans la brousse, se trouve à chaque extrémité de la rue. La brèche elle-même est presque entièrement fermée par une palissade de bois épineux, où est ménagée une porte large de 60 centimètres et haute de 1 mètre à lm20. Lorsque les hommes sont aux champs, cette porte est constamment fermée au moyen de fortes planches ou de madriers lourds, étayés à l'intérieur. L'entrée n'est donc pas facile de ce côté : un seul homme peut pénétrer à la fois et est obligé de se baisser jusqu'à terre pour franchir l'ouverture. La troisième brèche dans la broussaille est plus dissimulée et n'est souvent connue que des seuls habitants du village; elle ne conduit à aucune route. C'est la voie de retraite ou de fuite des habitants, en cas d'alerte ou d'assaut victorieux d'un ennemi.
Cette défense du groupe est complétée par un système de surveillance : devant chacune des " portes officielles „ si je puis dire ainsi, la brèche pratiquée dans la forêt environnante se prolonge, en ligne droite, sur une distance de 200 à 300 mètres, et dans cette sorte d'allée, souvent encombrée de broussailles basses, zigzague un étroit sentier, qui augmente d'un tiers ou d'un quart le trajet à faire pour parcourir l'allée dans toute sa longueur. Enfin, au centre du village, et dans sa partie la plus élevée, est construit un petit abri disposé de telle sorte que l'homme qui s'y tient peut voir à travers les ouvertures des palissades tout ce qui se passe dans les deux allées principales. Il en résulte que les habitants d'un village peuvent connaître l'arrivée d'un visiteur ami ou ennemi, plusieurs minutes avant que ce dernier ait pu entrer dans l'agglomération.
ABABUA
(Congo.)
B. — Vie matérielle.
d) Habitations.
C'est là le système de surveillance et de fortification usité pour la protection d'un seul petit groupe d'habitants. Mais lorsque les Ababua sont groupés par tribus, ce qui est le cas général, il y a association pour la défense commune. Cela n'implique pas que chaque petit groupe se départisse de sa méfiance pour le groupe voisin et se relâche dans sa surveillance; l'on fait simplement servir la surveillance et la défense d'un seul groupe à celle de toute la tribu. Dans ce cas, chaque clan de cinq, dix ou vingt ménages s'installe, comme il a été dit, et les portes d'un village sont réunies aux portes des villages voisins par une allée assez large, en ligne droite; de telle sorte que la sentinelle d'un clan peut être informée de ce qui se passe dans le clan voisin, sans quitter son poste. Figurons-nous donc une tribu d' Ababua installée et subissant une attaque. L'ennemi, s'il n'est déjà annoncé par un indigène qui l'a aperçu auparavant, sera aperçu d'abord par la sentinelle du premier village qu'il attaquera ; immédiatement l'éveil sera donné dans ce premier clan, celui-ci le donnera au second et ainsi de suite. Donc, à peine signalé en un point, l'envahisseur se trouvera en présence de toute la tribu en armes ou, s'il est le plus fort, ne rencontrera devant lui que le désert. Il lui faudra, pour s'emparer des villages, s'arrêter tous les 100 ou 200 mètres pour défoncer une porte où les hommes ne pourront passer qu'un à un. Toute surprise est impossible dans ces conditions et, même si la vigilance d'une sentinelle est mise en défaut, l'avantage de l'assaillant n'existera que dans le premier village attaqué. Nous voyons donc ici la nécessité de la défense personnelle et de celle de la communauté imposer une disposition très particulière des villages. C'est sans doute également pour cette raison de protection que jamais le Babua n'installe son village au milieu de ses plantations. En effet, ces indigènes tiennent
Ababua. Congo. B, 46.
à leur rideau de broussailles qui les isole, les protège et cache leur présence aux yeux de qui ne connaît pas bien le pays. D'autre part, l'installation des cases, des palissades et l'entretien des allées droites nécessite un travail qui exige un établissement plus stable que celui des villages nomades des noirs de la plaine. Les défrichements et les plantations sont faits à quelque distance de la résidence des habitants et, généralement, aucun sentier battu n'y conduit directement.
Les villages des populations riveraines de l'Uelé, de Bomokandi à Djabbir, sont nombreux et coquettement blottis derrière des bouquets de palmiers et de bananiers; certains de ces villages sont très importants.
de la Khetclle, Bull. Soc. B. B. gêogr., XIX (1895), 398.
Le village est construit en pleine forêt et les cases forment cercle autour d'une place ou le long d'une route et on trouve une ou deux portes palissadées aux extrémités ; parfois le village est près d'un ruisseau et le sentier qui conduit aux portes est barré par des troncs d'arbres abattus.
Bauw (De), Belg. colon., II (1896), 64.
Dans chaque tribu Ababua, il n'y a qu'une dizaine de villages comprenant parfois 10, 20 et 30 cases entourées d'une zériba; à chaque entrée de la zériba, il y a une porte basse qui est parfois un couloir de 5 à 6 mètres, qu'il faut parcourir en se courbant. Les villages sont souvent séparés par une demi-heure de marche.
Bauw (De), Belg. Colon., II (1896), 64.
Les villages sont souvent établis circulairement, parfois en ligne droite; il y en a 30, 40, parfois même davantage pour les sujets d'un même chef.
Verstraeten, Belg. Colon., II (1896), 514.
La forme des villages varie suivant les endroits, les huttes sont plus ou moins rapprochées.
TlSAHBI.
ABABUA
(CONdO.)
d) Habitations.
Les renseignements fournis par de la Khetulle, p. 398, s'appliquent aux populations Bakango ou Mobenge, mais pas aux Ababua.
Périn.
db Renette.
Le hangar commun est aussi de forme rectangulaire. Presque chaque famille a son village qui se compose parfois de 4 ou 5 cases seulement. Quelquefois elles sont construites autour d'un cercle d'une vingtaine de mètres de diamètre, parfois sur une ligne droite à l'un des côtés de la place, parfois encore sur deux lignes parallèles le long d'une route. Il y a des villages, mais ils sont très rares, comprenant jusque 180 cases, chez les Mongingita entre autres. Dans chaque tribu Ababua il y a de nombreux villages comprenant parfois 10, 20, 30 cases et plus encore ; entourée d'un épais rideau de broussailles, à chaque entrée du village, il y a une porte basse qui donne accès à un couloir de 5 à 6 mètres.
Périn.
Un village congolais des environs d'Ibembo est composé de plusieurs groupes de cabanes, formant comme autant de hameaux, régis chacun par un chef subordonné au chef suprême du village. Ces premiers dirigent les travaux et, dans les villages où l'Etat l'a ordonné, surveillent la récolte et la préparation du caoutchouc. Le " divide et impera „ trouve son application ici. " Partagez et fondez votre autorité sur la multitude des subordonnés „. Grâce à cette méthode de gouvernement les chefs de village jouissent d'un grand prestige.
Ababua. Congo. B, 46.
Les hameaux sont entièrement cachés au milieu des broussailles.
Pour passer de l'un à l'autre, il faut suivre un sentier étroit et tortueux, livrant à peine passage à un homme. De là leur manie de marcher toujours en file indienne, même sur les larges routes de l'Etat.
Ce n'est pas sans raison que le nègre se retranche derrière les futaies ; il y est plus en sûreté et à l'abri des attaques soudaines d'un ennemi, si fréquentes avant l'arrivée du blanc. Au moindre danger, il s'enfuit par les chemins dont seul il connaît les issues.
Hoof (Mgr Van), Mouv. Antiesclav., XIV (1902), 133.
Le village du chef se trouve au centre d'une quantité de petits villages réunis entre eux et au premier par des sentiers. Le village du centre est seul mis en état de défense; il est protégé d'un côté par une rivière d'une vingtaine de mètres de largeur et de l'autre par des défenses artificielles qui en rendent l'accès fort difficile. On y pénètre par un sentier assez long et bien entretenu fermé à ses deux extrémités par des palissades dans lesquelles se trouve une petite porte de 70 centimètres de hauteur qu'on peut fixer à volonté de l'intérieur, sans qu'on puisse l'ouvrir de l'extérieur.
Nys, Chez les Abarambo. Anvers (1896), 47.
La nécessité d'avoir de l'eau sous la main pour les besoins journaliers oblige le village à rester près des rivières, dans le bwangé, le bwengu étant trop bas et trop humide pour s'y installer. Ces deux nécessités antagonistes expliquent les faits que les voyageurs ont exclusivement rattachés à une question de sécurité, d'abord que le village se trouve rarement au milieu des cultures, ensuite que lorsqu'on voyage en pirogue on n'aperçoit qu'exceptionnellement des plantations. (Voir A. 27 ; A. 4.)
de Galonné, Mouv. Soc. Int., X (1909), 319.
Cf. Burrows, The Land of the Pygmies. London (1898), 203. — Graffen et Colombo, Bev. Int. Sociol. XIV (1906), 778. — Hermant, Bull. Soc. B. B. gêogr., XXX (1906), 165.
ABABUA
é) Moyens d'existence, métiers, occupations.