OBSERVATION XX
Fièvre typhoïde. — Gros abcès du foie unique communiquant avec le poumon droit. — Mort.
(Thèse Gervais, 1888).
J..., employé de commerce, entre à l'hôpital de Nouméa le 15 mars 1886. Rien à noter dans ses antécédents.
Le début de sa maladie remonte au 10 mars. À son entrée, il a 3904 de fièvre. Fatigue générale. Vive céphalalgie, anorexie, langue saburrale, gargouillement à la fosse iliaque droite. Insomnie. Le 19, le malade à une légère épistaxis. Le 21, épistaxis abondante. Le 25, éruption de taches rosées sur l'abdomen et à la partie interne des cuisses. Le diagnostic de fièvre typhoïde se confirme de plus en plus. Le malade fait sa défervescence, les allures de la courbe thermométrique ne présentent rien de particulier.
Le 9 avril, 374, le malade se plaint d’une douleur très vive partant de la région lombaire et s'irradiant dans la branche droite et jusque vers la ligne médiane en avant. Mais sa température continue à être normale, et le 18 avril, sur ses instances réitérées, et à peine convalescent de la fièvre typhoïde, le malade sort de l'hôpital.
Rentré chez lui, J.., reste malade, ayant éprouvé, quelques jours après sa sortie, un point de côté à droite qui s’est accompagné de fièvre.
Le 5 mai, il renire à l'hôpital. À l'examen, on constate l’état suivant : amaigrissement plus notable qu'à sa sortie, expression de fatigue sur la figure ; pouls fréquent, petit (136), respiration un peu
fréquente (36), langue bonne. Le malade accuse toujours une douleur persistante au côté droit du thorax. L’intestin parait en bon état : pas de diarrhée mais appétit presque nul.
A l'examen du thorax, on constate à la percussion : en avant et à droite : malité absolue remontant presque jusqu’au sommet, avec grande sensibilité à la percussion ; à gauche.: sonorilé. A l'auscultation, souffle presque tubaire à droite, respiralion normale, un peu exagérée à gauche. La pointe du eœur bat dans le sixième espace intercostal à trois centimètres environ en dehors du mamelon. En arrière : matité absolue du côté droit, respiration obscure, voix de polichinelle, égophonie. Respiration exagérée à gauche.
A partir du 8 mai, la température, qui jusque-là avait été à peu près normale, s'élève le soir et la fièvre prend un caractère rémittent ou même intermittent, la température matinale étant souvent au-dessous de la normale, alors que la température vespérale atteint presque constamment 39°.
Le !5 mai, le malade n’a que 38°1 de température le matin, mais son pouls est à 120.
Le malade meurt le 25 mai, dans le collapsus.
Aulopsie (pratiquée le 26 mai).
Cavilé thoracique. — Le lobe supérieur du poumon droit est purulént, la partie supérieure est ratatinée et présente de petits tubercules ; la plèvre est adhérente. Le poumon gauche est sain ainsi que le cœur.
Cavilé abdominale. — Le foie est excessivement volumineux : il pèse ? kil. 300. Il présente, à son bord supérieur et postérieur, une vaste collection purulente, communiquant avee le poumon droit par une perforation au diaphragme. Le pus qui s'échappe a une odeur infecte : il est cou'eur lie de vin. Dans l'intestin grêle, on trouve des ulcéralio’s à demi-cicatrisées,
ext
OBSERYATION XXI (Thèse Gervais).
Fièvre typhoïde. — Gros abcès du foie multiples. Mort.
Le condamné B..., âgé de 23 ans, depuis ua an à l'Ile Nou, entre à l'hôpital du Pénitencier le 25 septembre 1885 pour « embarras gastrique fébrile ».
Cet homme, en traitement à l'hôpital, a présenté des signes manifestes de fièvre typhoïde adynamique. Cependant, la défervescence se fit franchement. I] paraissait marcher vers la convalescence, lorsque subitement, un soir, il fut pris de douleurs violentes dans le ventre, son corps s’est couvert de sueurs froides : le pouls est petit, fréquent ; la température s'élève ; nausées ; météorisme abdominal.
Convaineu qu'une péritonite se produisait, je n'hésite pas à l’attribuer à une perforalion.jntestinale. Trois jours après, je percois une augmentation très nolable du volume du foie. La douleur est très vive au niveau de l'hypocondre droit, l'oppression très forte. La matilé occupait une étendue de 26 centimètres sur la ligne mamelonnaire.
Le lendemain, je sentis une fluctuation au-dessous des fausses côtes, Le jour suivant je fis une ponction exploratrice qui amena l'écoulement d'un liquide sanieux, jaunâtre, grameleux, ayant l’odeur des matières fécales. Le mauvais état de lappareil Potain ne me permit pas de retirer une grande quantilé de liquide ; mais je sentais bien que l'extrémité de l'aiguille se mouvait dans une vaste cavité En raison de l'étendue de eette cavité, du mode de début des accidents, de l'odeur du liquide écoulé, j'hésitais entre une périlonite localisée par des adhérences el un énorme abcès du foie.
Le surlendemain, 9 novembre, le malade succombail et l'autopsie donna raison à cette dernière hypothèse.
Aulopsie, — Le foie tout entier, à l'exception du lobe gauche, était creusé de trois grandes cavités d'une contenance d'un litre et
demi environ, communiquant entre elles, et qui étaient enveloppées d’une coque assez mince. Le tissu formant les parois de l'abcès éta t comme un putrilage noirâtre, infiltré de sang épanché où toute structure était détruite. Les paroïs de l'un des abcès étaient tapissées d'une fausse membrane blanchälre, épaisse, grenue, ivrégalière, fortement attachée au tissu du foie. Le liquide était de même nature que celui extrait par aspiration.
L'inlestin était ratatiné, poisseux, comme dans :e choléra. Le calibre de l'intestin grêle était rétréci au point d'admettre à peine dans sa lumière une plume d’oie. Le gros in'estin présentait un peu d’épaississement. Au niveau des plaques de Peyer, traces d'hyperémie mais pas d'ulcération. Le gros intestin présente quelques (races d'u'cérations anciennes à peu p'ès cicatrisées.
Pas de liquide dans le péritoine,
Rale tuméfiée gorgée de sang.
Rien de spécial dans les organes thoraciques, si ce n'est que le poumon droit est fortement refoulé en haut.
« Le malade (ajoute l’auteur) n'avait jamais eu de dysenterie, n'avait Jamais souffert du foie et n'avait Jamais séjourné dans les pays chauds, »
« Ce cas est un exemple des plus remarquables du développement rap'de des abcès du foie à la suite de certaines affections dans les latitudes chaudes » puisque en somme, depuis le début des accidents hépatiques jusqu’à la mort du malade, il ne s’est écoulé que buit jours.
. # La pathigénie de cet abcès présente de grandes obscurités » puisque le malade n'avait pas d’antécédents autres que la fièvre typhoïde pouvant l'expliquer. « CC cas rappelle par son évolution sourde, rapide, foudroyante, par son énorme développement, les abcès
du foie dout l'hisioire est rapportée par Murchison (1) (1) Murchison. — Observations on climale and dise tses of Bur-
mah, 1880.
dans ses lecons, et dont l'existence n’est souvent
reconnue qu’à l’amphithéâtre. »
Ogservarion XXI!
(Thèse Gervuis)
Fièvre typhoïde. — Très gros abcès du fois ouvert dans l'intestin et dans le péritoine.
Le libéré B..., depuis quelques années dans la colonie, entre à l'hôpital Ce l'Ile Nou le 114 jain 18S6. I n'a jamais fait qu'un séjour à l'hôpital ea 1876 pour « contusion du pie | gauech: et fracture du gros ort-iL». las d'autre antécédent pathologique.
Le 11 juin 1886, au soir, la température est de 3993. Le diaguostic porté en tite de ia feuille de clinique est « fièvre, typhoïde », diagnostic d'ailleurs parfaitement confirmé par la suite.
Jusqu'au 21 juin inclusivement, la température oscille dans les environs de 38° le matin et de 39 le soir ; puis la défervescence se fait et la température descend graduellement et régulière nent jusqu’à la normale. A partie du 30 juin, on cesse de prenlre la température.
Sabilement, le 28 juillet, on note comme température 39°, À pa”tir de ce moment, la température continue à s'élever aux environs de 399 chaque soir, décrivant des oscillations, la température ma!inale étant presque normale.
3 août. — Selle dysentérique composée d'une parlie dure ct d'une partie purulente
9 août. — Douleur déchirante au niveau des fausses côtes du côlé droit. La feuille de clinique porte alors comme en-tête : « Fièvre typhoïde. Abcès du foie ouvert dans l'intestin? Périlonite consécutive par perforation ?
ee OU =
A dater de ce jour, la température reste presque normale et devient même hypo-normale le matin. Le soir seulement, elle s'élève de temps en temps aux environs de 39e.
Décédé le 10 septembre 1886 après amélioration.
Aulopsie. — A l'ouverture du cadavre, il s'échappe un flot de pus verdâtre de la cavité abdominale. Le /oie ne présente plus qu'une coque contenant une énorme quantité de pus fétide, couleur lie de vin. Les intestins, baignés de pus, forment une masse compacle, très adhérente, présentant dans plusienrs points du mésentère, des plaques sphacélées de couleur ardoisée,
OBSERVATIONS XXI:I, XXIV, XXV et XX VI
(Archives de Médectne navale, 1891).
M. Legrand, dans une étude fort intéressante sur l « Hépatite suppurative et les abcès du foie en Nouvelle-Calédonie », relève six cas d'abcès du foie consécutifs à la fièvre tvphoïde sur lès cent trente-trois cas de sa statistique
. Voici les six observations telles qu'elles sont indiquées dans les tableaux de statistique de M. Legrand :
OBSERVATION XXII. — N° 44, — 1880. — Fièvre typhoïde.
Abcès muitiples du foie.
Soldat d'infanterie de marine.
A été atteint, à Java, de fièvre {yphoïde ou typho-malarienne, présente un abcès du foie pen:lant sa convalescence.
On pratiqua deux ponctions puis l'opération de Little avec lavages phéniqués,