‹ Les Acadiens après leur dispersion [microforme] (volume 2)Chapitre 14 sur 14 · LA BIÈRE DE STRASBOURG · texte numérisé non relu

LA BIÈRE DE STRASBOURG

Depuis la douloureuse oblation de l'Alsace et de la Lorraine, la plaie ouverte aux flancs de la France en 1871, par le traité de Francfort, ne s’est point cicatrisée ; mais du moins, des deux côtés des Vosges, l'espérance est restée au fond des cœurs. Si ce n'est pas nous, ce sont ceux qui viendront peu de temps après nous qui auront la chance de s’attabler en pantalons rouges dans les tavernes du vieux Strasbourg, en face des fritures d’ables ou de goujons péchés dans l'Ill et dans le Rhin, et des grandes chopes à trois sous, servies par des fillettes au minois égrillard, qui, à l'instar de leurs devancières, feront volontiers de l'œil aux troubades de France,

Les petits vins blancs de la rive droite du Rhin; les blondes allemandes les ont versés à nos soldats, comme Musset l’a chanté dans des vers immortels, en répo-se à la brûlante philippique gallophage de Beckc:.

Mais je les ai goûtés, le blaucs de la rive droite, et, soit que le terroir soit mauvais, soit que les vignerons allemands n'y entendent rien, je vous garantis qu’ils ne valent pas une canette de bonne bière française de Strasbourg.

Leur réputation surfaite provient de ce que la vigne ne croit guëre dans les autres contrées d'Allemagne. Parmi les aveugles les borgnes sont rois.

On n'oserait même pas en prononcer le nom dans un pays qui possède une province appelée Bourgogne et une ville appelée Bordeaux.

Hélas ! le phylloxera, qui est à la vigne ce que la Prusse est à l’Europe, envahit nos crus renommés; nos vignerons crient misère et s’expatrient dans cette Algérie, qui, après avoir été jadis, le grenier des Romains, est en passe de devenir aujourd’hui la cave de la France. Un jour viendra ou ce pays soumis longtemps à la loi musulmane qui proscrit le vin, nous enverra à bon marché des tonneaux bien remplis.

En attendant, puisque le vin s’en va, il faut bien songer à retourner dans les pays à bière, si regrettés par les pontonniers d'Avignon. On dit que dans les villages bien des paysans ont caché dans un coin de

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