CHAPITRE VII
FAMILLE DES MYOBIÉS
La famille des Myobiés est voisine de celle des Cheylélides, dont elle ne diffère guère que par le petit volume des palpes et la brièveté, la petitesse du crochet qui les termine, ce qui en fait des organes presqu'inermes et inactifs.
La famille des Myobiés est composée de deux genres : le genre Myobia et le genre Picobia ; toutes les espèces que renferment ces deux genres sont parasites.
Les Myobia ont le corps un peu allongé, lobé latéralement entre chaque paire de pattes, por-
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tant supérieurement de fortes soies coniques distribuées par paires ; la première paire de pattes plus épaisse et les autres sont toutes marginales; les trois paires postérieures sont cylindriques, minces et allongées ; la première paire, très différente des autres, est courte, épaisse, terminée par un doigt aplati et incurvé formant pince et destiné à saisir fortement un poil. Ces pattes adossées au rostre semblent en faire partie, et l'acarien a l'aspect d'un hexapode ; aussi Schranck qui l'avait vu le premier, l'avait-il pris pour un pou et nommé Pediculus musculi.
On connaît deux espèces de Myobia, vivant toutes deux sur les Rongeurs, particulièrement au fond des poils de la tète. — L'espèce la plus anciennement connue, la Myobia musculi, se trouve communément sur la tète de la souris commune ; nous l'avons trouvée aussi sur le rat d'égout, le surmulot.
Le genre Plcobia a été créé par Haller pour un Acarien très curieux qu'il a trouvé vivant dans le tissu cellulaire sous cutané du Pic cendré (Ficus canus). C'est un Acarien très allongé, cylindroïde à tégument mou portant de longues soies, à rostre cylindro-conique à palpes à trois articles couchés le long de la lèvre et terminés par un très petit
EREYNETES LIMACEUM
crochet, mandibules styliformes, perforantes.
Pattes formant deux groupes écartés ; les antérieures courtes et robustes rapprochées du rostre, fouisseuses, armées d'unes orte de fourche au lieu des crochets qui terminent les autres.
Haller a nommé cet Acarien Picobia Heeri (»).
Ereynetes Limaceum(/?^. 1 1). — Nous rangeons à la suite des Myobiés un Acarien parasite qui se rattache aussi par ses caractères généraux aux Cheylétides, mais qui en diffère en ce que ses palpes, qui n'ont en apparence que trois articles mais qui, en réalité en ont quatre, sont tout à fait dépourvus de crochets. Cet Acarien est connu depuis longtemps : l'ancien naturaliste Lyonnet l'avait nommé le Pou de la Limace. Schranck avait reconnu en lui un Acarien et Tavait nommé Acarus limaceum. Plus tard Koch l'a classé dans son genre Tydeus et nommé Tydeus velox ; enfin Berlèze a créé pour lui un genre nouveau, le genre Ereynetes, en sorte qu'il porte actuellement le nom à' Ereynetes limaceum. Lyonnet, et même tout récemment Berleze, ont cru que
(1) Freyana und Picobia zwei neue MilbengaUungen. von Dr Haller in Zeitschrift fur Wissensch. Zool. 1887 XXX Bd. ^
FAMILLE DES MYOBlÉS
Fig, 11. — Le pou (le la limace de Lyonnet {Ereyneie limaceum) 1 Femelle s^roasïe 150 diam. — 2 extrémité postérieure du mfth
— 3 larve hexapode. — 4 extrémité d'une patte antérieure. — 5 terminaison de cette pallo vue de face. — 6 une mandibule.
— 7 un palpe maxillaire. — 8 une spinule cutanée. — 9 une soie du céphalo-thorax.
KREYNETES LIMACEUM
c'était une nymphe vivant sur la limace temporairement comme les nymphes des Gamases vivent sur les coléoptères orduriers; mais c'est bien une espèce définie et adulte, pondant des œufs et pullulant sur la limace comme tous les vrais parasites pullulent sur les animaux aux dépens desquels ils vivent.
Voici les caractères de cette espèce :
• Ereynetes limaceum (Sch.) Acariens aveugles à rostre semi-infère dont les mandibules sont coudées et terminées par une petite pince à doigt (Ixe aigu et à doigt mobile setiforme ; lèvre demi-cylindrique creuse résultant de la souduré des maxilles et de la languette, longée j)ar des palpes à quatre articles. Pattes à six articles, la première paire la plus longue, formant deux groupes peu éloignés, à tarses épais terminés par une paire de crochets et un cirre médian barbelé comme chez les Cheylétides. Corps mou, d'une teinte jaunâtre, à contenu opaque portant quelques poils courts disposés symétriquement.
On trouve cet Acarien à tous les âges et à l'état adulte, parmi lesquels de nombreuses femelles ovigères et des œufs à tous les degrés d'incubation, ^ur le dos de la limace grise des caves; les acariens courent sur le mucus avec
FAMILLE DES MYOBlÉS
une grande vélocité sans yadhérer.! Ils en vivent certainement. Les limaces ne; paraissent nullement affectées de leur présence Q).
Spherogyna ventricosa. — A la suite des
Myobiés nous rangeons aussi un Acarien autrement curieux, qui s'y rattache par la conformation de ses organes buccaux et un peu par la forme allongée de son corps, mais qui en diffère tellement sous tous les „ ,„ ^. , autres rapports, au
P ig. 12. — bpheroçiyna ventricosa. ^ '
(A) Femelle à abiiomea dilaté par point qu'il fomiC CCrles œufs et le» embryons. . . ^ i •
tainement, a lui seul jusqu'à présont, un type de famille à part : c'est le Spherogyna ventricosa dont nous avons
(') ScHKANCK. — Beitrag zur Naturg. p. 13 id, Ins. Austr. p. 521.
Reaumur. — Acl. paris. 1710.
Linné. — Syst. nat. p. 2933.
G. L. KocM. — C. M. S. deutschl. fasc. 4. fig. il et 12. Berlezk. — Acari, Myriapodi e Scorpioni ilal. Padova, 1883.
SPHEROGYNA VEXTRICOSA
fait une étude complète avec M. le Professeur Laboulbène(*) et dont nous résumons ici les caractères.
Acarien à corps ovale chez le mâle, {fig. i4C) allongé et cylindroïde chez la fernelle(/?^.
i3 B) à rostre cylindro - conique, dont les mandibules sont transformées en styléts aigus (fig. i3 B') et les palpes terminés par de petits crochets. Le mâle est très petit
et mesure à nn n „ ù • ^
l'ig. iô. — (B) leinelle non ovigère B son peine 0°"" 12 rostre, mm mamlibules, pp palpes.
deIong,Ia femelle est un peu plus grande o'"™,2o ; mais elle présente une particularité des plus cu-
(') Dans le Journal d'Anatomie de Ch. Robin t. XXI,
FAMILLE DES MYOBlÉS
rieuses ; non fécondée, elle a la forme d'un petit pou microscopique*aUongé {fig. i3), mais quand elle est fécondée, son abdomen grossit, s'arrondit jusqu'à mesurer un millimètre en diamètre et prendre l'apparence d'un petit champignon jaune orangé (/?^. 12). De cet immense abdomen sortent des jeunes qui sont déjà sexués ont la forme
définitive des adultes, et peuvent se livrer immédiatement à la reproduction. Cet Acarien est donc ovo-vivipare.
Cet Acarien est un animalcule extrème- Fig. n. — (C) iniUe. ment utile : il
ne s'attaque qu'aux larves molles des insectes, vivant de leur suc après les avoir piquées et engourdies avec sa saliye venimeuse et irritante. Il s'attaque particulièrement aux larves des microlépidoptères et particulièrement à la teigne des blés et des habits. Quand il a débarrassé un grenier envahi par la- Tinea granella et qu'il est poussé par la faim, il pique les
SFHEROGYNA VENTRICOSA
hommes qui manipulent le blé et provoque ainsi le développement d'un prurigo des plus douloureux. C'est dans ces conditions qu'il a été observé à Moissac en i838 et nommé par Lagrèze, Acarus tritici. Cet observateur n'avait vu alors que des sujets non gravides et n'avait pas observé les femelles pleines avec leur immense abdomen.