CHAPITRE V
FAMILLE DES CHEYLÉTIDES
La famille des Cheylétides renferme des Acariens voisins des Trombidiés, mais qui n'ont que cinq articles aux pattes, lesquelles ont pour base des épimères qui s'unissent ou convergent, comme chez les Sarcoplides et dont le dernier ou l'avant-dernier article des palpes, en général courtes et robustes, portent un ou plusieurs crochets.
Les types de cette famille sont vagabonds, tels que le Cheyletus eruditus (fig. g) qui vit dans les vieux livres, les vieux fourrages, les vieilles étoupes et même dans la charpie, ce qui peut donner lieu à des erreurs, mais ils sont néanmoins car-
GENRE r.HKYLETUS ' '
nassiers et font La chasse aux Tyroglyphes et autres Acariens mous qui vivent dans les mêmes milieux, qu'ils saisissent avec leurs fortes mandibules et qu'ils sucent. Certains Cheylètides vivent dans les poils des petits mammifères, surtout des lapins et dans les plumes des oiseaux et
f,g <j Cheyietus eruditus.
chassent aux acariens mous tels que les Liatrophores des Rongeurs (l) et les nombreux Sarcoplidesplumicoles des oiseaux. Ce sont donc des parasites utiles qui débarrassent leurs hôtes de pa-
(i) Mkonin. — Les Cheylètides parasites, in Journal de l'Anatomie, de Ch. Robin, 1878.
'o FAMILLE DES CHKYLÉTIJ>ES
rasites incoinmudes. Nous avons nommé Cheijtetics parasitivorax celui qui vit dans les poils des rongeurs, et les deux espèces <jui vivent dans les plumes des oiseaux, Cheyletus heteropalpus et Cheyletus macronijeus. Tous ces Cheylélidcs sont microscopiques, ne dépassant pas un demimillimètre à leur plus grand état de développement et ont les téguments mous finement striés, incolores ou rosés et semés de rares poils plantés symétriquement comme chez les Sarcoplides.
Nous avons créé le genre II arpirhynchus, pour un Acarien qui, malgré sa forme générale qui rappelle celle des Sarcoptes, se rattache évidemment aux Cheylétides par ses organes buccaux, son système respiratoire et les grilles qui terminent ses pattes antérieures seules complètes. Il ne renferme qu'une seule espèce, VIL nidulans.
U Harpirhynchus nidulans (jîg, i o) avai t déjà été vu par Nitzseh qui l'avait nommé Sa) 'copieras nidulans, mot impropre, car il ne divise ni les plumes ni les ailes, et ne vit pas spécialement sur celles-ci, car on le trouve aussi sur les cuisses.
Ce singulier parasite, dont les plus grands individus, les femelles ovigères, n'ont que o"'m: \o, a le corps sub-carré, les téguments jaunâtres, les mandibules en stylets et les palpes courtes et fortes à pénultième article muni en dessus de
GENRE HARPIRIIYN'CHUS 70
trois forts crochets recourbés en haut et en ar-
riere.
Ce parasite vit en colonies innombrables dans les follicules plumeux, dilatés à l'extrême de manière à former de véritables tumeurs, sur le corps ou les membres de certains oiseaux du groupe des passereaux ; nous avons rencontré /■ une de ces tumeurs sur les cuisses d'une alouette, qui était du volume d'un gros pois. Ces tumeurs sont remplies d'une matière pulvéru- Fig, \(>. — llarpirhynchu» nidutans mâle.
lente jaunâtre dont la masse est formée entièrement de cadavres d'Harpirynchus ; sous la peau seulement se trouvent les acariens vivants, et leur manière de ramper sous les téguments donne
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la raison de la disposition particulière que présentent les crochets des palpes.
Les oiseaux paraissent vivre sans trop de tourments avec ces colonies de parasites qu'ils portent sous forme de tumeurs cutanées.
Nous l'avons rencontré encore sur le corps d'un verdier.
Certains Cheylétides parasites, de ceux que nous signalons plus haut présentent des particularités tellement curieuses que nous voulons y revenir avec quelques détails.
En 1878, nous avons publié dans le Journal de VAnatomie du Professeur Ch. Robin un Mémoire sur les Cheylétides parasites où nous rapportons qu'une espèce, que nous avons nommée à cause de cela Cheyletus parasitivorax, vit au fond des poils du lapin pour se livrer à la chasse des Listrophores, parasites mutualistes du rongeur ; et nous y montrons que d'autres Cheylétides, le Cheyletus heteropalpus Mégnin le Cheyletus macronicus Mégnin ont les mêmes mœurs et vivent au fond des plumes des oiseaux pour cbasser et dévorer les Sarcoptides plumicoles qui y abondent ordinairement. Les mœurs singulières de ces Cheylétides, qui vivent et pullulent sur un animal, non pour vivre à ses dépens, mais pour le débarrasser au contraire des vrais parasites qui
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vivent littéralement de ses sueurs, nous donnent toute raison de les regarder, comme le premier exemple signalé de parasitisme auxiliaire, classe nouvelle à ajouter à celles créées par Van Beneden (l) sous le nom de commensaux, de mutualistes, de faux et de vrais parasites dans l'ouvrage qu'il a publié sur ce sujet.
Notre Mémoire sur les Cheylétides parasites était incomplet en ce sens qu'au moment de sa publication nous ignorions complètement la mode de reproduction des Acariens de ce groupe ; où logeaient-ils leurs œufs et où leurs larves passaient-elles les premiers temps de leur existence? Etaient-elles bexapodes ? Nous le pensions puisque celles du Cheyletus eruditus et de VHarpirhynchus le sont, et, comme nous n'en avions jamais rencontré dans nos recherches, nous inclinions à penser que les œufs et les larves se trouvaient, ou éloignés des hôtes, comme celles des Dermanysses et des Ixodes, et qu'ils ne les rejoignaient qu'à un âge plus avancé, ou logés à l'aisselle des barbes des plumes confondus avec ceux des Sarcoptides plumicoles. Nous en étions là de nos perplexités, lorsque le hasard nous a fait découvrir, en 1880, le mystère de la
(4) Commensaux parasites. Paris, 1878.
Mégmin — Acariens para?ites 6
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reproduction des Cheylétides parasites des oiseaux.
Chez un grand nombre d'insectes parasites des végétaux, ont voit souvent la femelle prête à pondre, ou à donner naissance à des larves, se couvrir d'une sécrétion cotonneuse ou byssoïde qui sert, non-seulement à la protéger elle-même, mais encore à garantir de tout accident sa progé" niture pendant les premiers temps de la vie : c'est ce qu'on voit chez la plupart des Cochenilles et chez le Puceron lanigère. Certains Acariens, parasites des végétaux jouissent de la même propriété et une espèce de Télranique a précisément reçu le nom de Tétranique tisserand (Tetranicus telarius) à cause de cette habitude ; dans ce cas la sécrétion cotonneuse de PAcarien constitue une véritable nidification exclusivement destinée à protéger les œufs pendant les diverses phases de l'incubation et de l'éclosion, car la femelle ne reste pas fixe pendant la ponte, comme chez les Coccides et l'aphidien dont nous avons parlé plus haut, elle pond successivement dans plusieurs nids.
Jusqu'à présent on n'avait observé rien de pareil chez les Acariens parasites des animaux, lorsque le hasard est venu nous rendre témoin d'un fait exactement semblable chez un oiseau : Nous
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nous disposions à disséquer un Gros-bec d'Amérique (Cardinalis fulgens Ch. Bonap.) quand, après avoir arraché les plumes du thorax, nous fûmes frappé de la présence de nombreuses taches blanches ressemblant à de petites plaques de muguet dont la partie nue, médiane et sternale de la peau qui recouvre la face inférieure de la poitrine, était parsemée.
Nous avons conservé cette partie de peau étalée sur une lame de verre et elle figure dans nos collections. A la loupe ces petites taches blanches ont l'aspect d'une petite plaque de moisissure, mais au microscope, et surtout après les avoir imbibées de glycérine, ces taches se montrent constituées par un fin tissu composé de fibres entrecroisées sous lequel apparaît un groupe d'œufs à différents degrés d'incubation, de coques vides et de petits Acariens jaunes en voie de sortir de ces coques, ou qui viennent d'en sortir. Ces Acariens ne sont autres que des larves octopodes, qu'aux caractères anatomiques de leur rostre et de leurs pattes, nous avons reconnu comme appartenant à l'espèce que nous avons nommée Cheyletus heteropalpus, dans le Mémoire cité plus haut. Ainsi se trouve dévoilé le mystère de la reproduction de l'Acarien parasite en question. Notons qu'ici il y a une différence
avec ce qui se voit chez le Cheyletus eruditus dont la larve sortant de l'œuf est hexapode, selon l'observation de Ch. Robin, et aussi chez YHarpirhynchus , d'après nos propres observations. Ici, comme chez les Pteroptes, la larve naît octopode.
Nous pouvons maintenant compléter l'histoire naturelle de ce singulier et intéressant parasite :
Le Cheyletus heteropalpus est un Aearien à corps rhomboïdal , allongé, coloré en jaune par une matière grasse qui remplit le corps. Rostre conique contenant deux stylets aigus (mandibules) accompagné d'une paire de palpes triarticulés, le premier très long, l'avant-dernier supportant un crochet dépassant le dernier très court et villeux. — Les palpes du mâle sont beaucoup plus grands que ceux de la femelle, d'où le nom spécifique ; pattes à cinq articles terminées par une paire de forts crochets et une paire de cirres barbelés, portées par des épimères conjuguées pour les pattes antérieures et libres pour les pattes postérieures. Vulve de la femelle marginale, pénis du mâle dorsal.
Grandeur de la femelle o™«n,35 sur o™™,ii
il du mâle o"™,35 sur omm,i0
// de la nymphe (octopode) o™",20 sur 0«>"n,i5
n de la larve ( // ) omm,ia sur o"™,07
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