NAISSANCE DE QUELQUES PERSONNAGES CÉLÈBRES
La papesse Jeanne. — Une femme a-t-elle réellement dirigé la barque de Pierre ? Autrement dit, devons-nous, dans la chronologie pontificale, entre Léon IV, mort en 855, et Benoît III, intercaler la fameuse papesse Jeanne? Remarquons qu’un auteur du siècle, le diacre Anastase, ne mentionne pas, dans son Histoire des souverains pontifes, cette audacieuse, qui n’aurait pas rougi de jeter, par-dessus les moulins de Rome, « le bonnet aux trois couronnes ». Anastase a-t-il passé sous silence un épisode jugé scandaleux, attentatoire à la dignité du St-Siège ? C’est possible, mais, contre l’authenticité de l’histoire, on pourra toujours objecter que le premier texte où il en est question, la Chronique de Sigebert de Gembloux, est du XI® siècle seulement. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons négliger l’accouchement de la papesse, non plus que certaine coutume, dont l’intronisation d’une femme sur la chaire de St-Pierre aurait été l’origine.
La version la plus généralement admise est celle que Jean Bouchet rapporte dans ses Annales d’Aquitaine : « Après ce Pape Léon, qui tint la chaire saint Pierre huit ans, fut installée en la papalité, une femme d’Angleterre, qu’on pensoit être homme et fut nommé Jehan. Elle étoit native de Magonce, et comme elle êut l’aage de douze ans, print le vestement et accoustrement d’un enfant masle, et s’en alla étudier à Athènes, où elle profita grandement : puis s’en alla à Rome ondict habit, où elle fut si bien estimée, que les cardinaux, cuidans que ce fut un homme, l’élevèrent en Pape : et tint le siège treze mois ou environ. Et le mois trezieme, elle étant enceincte du faict d’un sien valet de chambre secret, ainsi qu’elle alloit à l’Eglise sainct Jehan de Latran, entre le Théâtre de Collosse(l) et l’Eglise sainct Clément, fut pressée de
(1) Amphithéâtre de Domitien appelé improprement Colisée, il cause du colosse de Néron.
1£S ACCOUCHEMEKT8 A LA COUR.
APPENDICE
la doiüeiu- naturelle des femmes grosses, et en enfantant, trépassa » (1) (fig. 204). L’enfant, qui était un garçon, eut aussi le sort
Fig. 204. — Accouchement de la papesse, d’après une vignette du XY« siècle.
de sa mère et mourut aussitôt. Une autre version veut que la papesse ait survécu à sa mésaventure et fini ses jours dans un cachot.
Jean Crespin, dans son État de l’Église, donne aussi des détails circonstanciés sur l’accouchement de la papesse, et dit que, pour empêcher le retour d’un pareil scandale, les cardinaux « ordonnèrent qu’un diacre manieroit les parties honteuses de celui qui seroit eslu pape, par dedans une chaise percée (fig. 205), afin qu’on seust s’il est masle ou non » (2).
Dans son Chaminon des Dames, Martin Franc, secrétaire de l’anti-pape Félix vers le milieu du XV^ siècle, rappelle l’usage de la chaise probatoire :
(1) Floriniond île Eeinond raconte, clans son Anti-jjapesse, qn'un des cardinaux de Jeanne lit sur elle ce vers tantologiqiic :
Pa2m 2>ater 2Jatmm 2>artum.
(2) Cf-. Rabelais, Paiitagruel, IV, 48 : « Car U ha c... le 2>èi'c sainct ; naus le trou-
xotut Velles Décrétales aultrcuieut ne serait-il