LES FAUX APOTRES
une chose qui n'était qu'une question d'usages juifs ; il avait même, comme Apôtre et comme Frère, le devoir de représenter à saint Pierre le tort que pouvaient faire parmi les Gentils convertis^ une si grande sévérité et une preuve si visible de son éloignement pour eux. Saint Pierre envisageait cette conduite au point de vue des Juifs, et saint Paul au point de vue des païens ; ils ont discuté là-dessus sans y mettre d'amourpropre ni d'aigreur. Et saint Pierre a trouvé que les raisons de saint Paul étaient plus importantes encore que les siennes. Il céda^ donnant ainsi à tous les Souverains-Pontifes, ses successeurs, une leçon d'humilité^ de douceur et de bonté.
Quant à la question en elle-même, saint Pierre croyait qu'en irritant les Juifs, qui détestaient et méprisaient les Gentils^ il attirerait une persécution sur tous les Chrétiens^ et qu'il valait mieux éviter tout ce qui pouvait troubler l'union dans l'Église.
Valentine. Et saint Paul^ qu'est-ce qu'il croyait?
Grand'mère. Saint Paul croyait qu'il valait mieux braver les Juifs orgueilleux^ ne pas faire attention à leurs colères, et se tenir prêts à souffrir la persécution, si elle arrivait.
Jeanne. Et vous, Grand'mère, qu'est-ce que vous croyez?
Grand'mère. Je ne crois rien du tout, chère petite, parce que je ne suis pas en état de juger la question, ne connaissant ni les hommes ni les choses au milieu desquels se trouvaient saint Pierre et saint Paul. Ce que je sais, c'est que tous deux étaient de très-fidèles et parfaits serviteurs de Jésus- Christ et que tous deux ont versé leur sang pour lui.
Gkand'mère. Saint Paul, après avoir encore expliqué aux Galates l'artifice des faux apôtres qui ne cherchaient qu'à désunir les vrais Chrétiens, finit en disant humblement :
« Quant à moi, Dieu me garde de me glorifier, si ce n'est dans la croix de mon Seigneur Jésus-Christ, en portant sur mon corps les marques et les cicatrices des coups que j'ai endurés pour lui. »
Pendant que les faux apôtres cherchaient à lui nuire et à l'abaisser, il faisait des conversions innombrables. L'exemple du saint Apôtre, ses rares vertus, son désintéressement, ses prières et ses larmes, sa patience constante y contribuaient autant que ses miracles. Sans jamais accepter de personne ni or, ni argent, ni vêtements, il faisait vivre ses nombreux compagnons par le travail de ses mains.
Non-seulement il ne prenait aucun repos tout le long du jour, mais encore il prêchait la nuit, allant de maison en maison , exhortant, suppliant les Juifs et les Gentils de croire à la parole de Dieu et de sauver leurs âmes.
Madelei>e. Quel admirable homme que saint Paul !
Gra>d'mèue. Je le crois bien! Aussi l'Eglise Tappelle-t-elle
« le grand Apôtre; » ou même V Apôtre tout court. Il n'y en a pas un seul qui ait fait autant que lui pour l'établissement du Christianisme dans le monde.
Rien ne put arrêter son ardeur et ses prédictions^ ni la fatigue, ni la maladie , ni les périls auxquels l'exposait souvent la méchanceté de ses ennemis. Il en parle dans sa première Épître ou lettre aux Corinthiens.
c( A chaque instant je suis en danger^ dit-il ; et il n'est pas de jour où je ne sois près de la mort. )> Il ajoute même qu'il avait combattu contre les bêtes féroces, ayant été exposé dans les amphithéâtres pour être dévoré^, et Notre-Seigneur l'avait toujoufs préservé.
Henri. Vous dites, Grand'mère^ que saint Paul a combattit contre les bêtes féroces? Est-ce qu'il se battait avec elles?
Grand'mère. Non, c'eût été impossible sans armes. Quand on jetait les pauvres Chrétiens aux bêtes féroces, on appelait cela combattre, parce que dans les jeux ordinaires des amphithéâtres qui avaient lieu pour amuser le peuple, on faisait combattre contre les lions , les tigres, les ours et les panthères, des esclaves armés qu'on nommait Gladiateurs. Ces gladiateurs parvenaient souvent à tuer les bêtes féroces. Quant aux Chrétiens , ils se laissaient déchirer et dévorer sans autres armes que leur sainteté et leu^.^s prières.
Quand saint Paul eut prêché trois années de suite à Éphèse et dans les villes voisines, il résolut de faire une nouvelle visite en Macédoine et â Corinthe, puis d'aller à Jérusalem et de là à Rome. Il y avait bien longtemps qu'il désirait voir Rome, non pas à cause des richesses et des magnificences de cette capitale du monde, mais parce que Rome était déjà le
siège principal de l'Église, ayant Pierre pour Évêque; elle ctait^ dès ce temps-là^ le rendez-vous des Chrétiens qui venaient se prosterner aux pieds du chef de l'Eglise et lui demander des directions sur les difficultés qui se présentaient.
Saint Paul priait toujours le Seigneur de lui offrir une occasion favorable d'aller à Rome; il eut la consolation d'être averti par Jésus-Christ lui-même dans une vision^ qu'il irait à Rome après avoir passé en Macédoine et en Achaïe^ où il avait déjà été établir des Églises.
En attendant qu'il pût y aller lui-même, il envoya en Macédoine deux de ses fidèles disciples, Éraste etXimothée.