BLANCHE PIERSON
villes, qu'on eut besoin d'un enfant pour jouer dans la Gabrielley d'Emile Augier, le rôle créé par Céline Monta land : ce fut la petite Blanche — elle avait àr peine douze ans — qui le remplit, et à elle revint tout le succès de la soirée.
Ce n'était pas encore la ravissante femme que nous connaissons et c'était plus déjà qu'une belle enfant; c'était une charmante fillette.
Le premier pas était fait : ce fut bientôt aussi au Mans et à Saunmr le tour de l'admirer.
Quelque temps après, ses parents, se trouvant à Besançon, la mirent en pension; on l'instruisit très-convenablement, et ce ne fut qu'après qu'il lui fut permis de remonter sur les planches.
Ce fut un beau jour pour elle, allez !
On l'engagea à Bruxelles : Fechter, sur ces entrefaites, y vint en représentation, et on lui proposa pour partenaire, dans On demande un gouverneur, une grande fille, longue comme la Franciade, sèche comme l'obélisque ; il s'empressa de la refuser et demanda qu'à .sa place on lui donnât M"® Pierson qu'il avait remarquée dans des bouts de rôles; il la guida, l'aida de ses conseils, et le public fut tout surpris, tout charmé du talent de la petite ingénue.
Elle était de retour à Paris quand un jour Desrieux
BLANCHE PIRRSON ii7
acconrnt lui conter l'embarras oh il se troQvnit ; il allait
débuter à TOdéon dans la Comcience^ et voilà que
M"* Berengère venait do tomber malade ; il pria M"* Pier-
son de la remplacer dans son rôle que dt'jà elle avait joué
avec lui à Bruxelles.
Elle hésita ; elle avait en poche un engagement pour
Toulouse et elle allait partir dans trois jours. A la fin, elle se décida et {larut à TOdéon, oh elle joua trots fois.
Il faut vous dire qu'elle n'avait alors que treize ans et demi.
Tout le monde lui fit fête : on lui conseilla, — M. Alphonse Royer tout le premier — de ne pas quitter Paris et de battre le fer pendant qu*il était chaud ; mais Toulouse la réclamait, elle partit.
Heureusement, quand elle revint, on était loin de l'avoir oubliée. M. Charles Desnoyers rengagea à l'Ambigu qu'il dirigeait en ce moment. Elle y débuta, à quartorze ans, dans la Comtesse de Navailles, de M. Molé-Gentilhomme, qui mourut au foyer du théâtre le soir de la sixième représentation. Elle y joua aussi la Case de V oncle Toin, et, en voyant toute la sympathie qu'elle excitait, le Vaudeville se hâta de se l'attacher aux appointements minimes de 1,200 francs par an : elle y parut pour la première fois, dans le Nid d'amour, le l*"" avril 1837. Mais ses débuts véritables ne datent guère que du Roman d'unjeuiie
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ftowmf pauvre, où elle s'acquilti du rôle épisodique de la petite paysanne avec tant de grâce et de gentillesse, que sa beauté et son charme naïf furent bientôt à Tordre du jour dans les plus élégantes réunions de la jeunesse parisienne.
Jamais on n*avait vu Bretonne aussi alTriolante : aussi désormais était-elle lancée et parfaitement, ma foi !...
Depuis cette époque, elle a joué bien des rôles, presque tous très-impoilants, et le public n'a pas cessé de priser fort ce talent aimable et si frais.
Si elle n'a pas toujours ému, du moins toujours elle a ravi.
Vous rappelez-vous l'adorable Musette qu'elle était dans la Vie de Bohême 2,.,
Il y a du sang d'artiste en elle ; elle est nièce de Pier-
son, qui était à la Porte-Saint-Martin, et de l'excellenf
Numa.
Chaque année, elle a vu sensiblement s'augmenter ses
appointements. Elle occupe avec sa mère un riche appartement : là, elle étudie ses rôles avec conscience. Les répétitions la trouvent toujours exacte : jamais elle u a été mise à l'amende.
La comédienne en elle a eu un jour un beau mouvement : c'est quand on a voulu la fiire danser dans le Cotillon de bruyante mémoire : « Je ne suis pas une sauteuse ! »
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S est-elle écriée avec indignation. Mais il lui a fallu céder néanmoins : de là, la petite guerre soulevée dans la s.ille par ses partisans.
Hélène, tu perdis Troie !
Samson, il y a deux ou trois ans, lui a donné des leçons : elle en a profité et tient parfiûtement sa place au Gymnase, ou elle a débuté, le 20 dc^cerabre 1863 , dans Madame de Cérigny. Elle y a rempli déjà plusieurs rôles, entre autres dans don Quichotte^ les Vieux Garçons, le lion empaillé; Nos ho7is villageois, et à tous elle a donné ce ravissant cachet d'ingénuité et de distinction qu'elle a en partage.
... Et notre espoir, c'est qu*elle a beaucoup de temps encore devant elle et que nous lui en verrons jouer bien d'autres.
ROSÉLIA IIOUSSEIL
G est une bonne et vaillante artiste, pleine d audace, de jeunesse et de volonté.
Elle a Tamour de son art et le beau feu de la foi : elle a progressé beaucoup déjà, et, comme elle ne voudra pas s'arrêter en pareil chemin, il est certain qu'elle progressera encore.
C'est à Niort — ainsi que Montaubry — que naquit, le 19 juillet 1841, M"*' Rousscil (Rosélia-Marie-Suzanne).
Elle resta dans cette ville avec ses parents, qui étaient commerçants, jusqu'à l'âge de douze ans, et il n'y avait pas pour elle de plus grande joie que d'aller le dimanche au théâtre.
Son rêve alors, c'était déjà de jouer la comédie ; les rôles de Déjazet surtout étaient l'objet de toute son ambition. Quantum mutata /...
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Elle vint à Paris au mois de février 1853 et se mit couturière.
Elle avait pour compagne de travail une jeune fille à qui la poésie avait tourné la tête — une Hugolâtre s'il en fût.
M"® Rousseil, qui avait un sentiment artistique trèsprononcé, ne put résister à Tentraînement ; elle écouta, elle s'enthousiasma et se mit à apprendre avec ardeur le*^ vers du poëte ; elle avait toujours un livre devant elle, sous les yeux, et , tout en cousant, elle lisait ou récitait les plus belles tirades qu'elle pouvait trouver.
Quatre années se passèrent ainsi, pendant lesquelles elle mêla sagement l'agréable à l'utile, les travaux manuels aux récréations de J'esprit ; il y avait des drames qu'elle savait par cœur d'un bout à l'autre, depuis le premier jusqu'au dernier rôle.
Le moment était venu où sa vocation devait parler plus haut que tout : une corsetière de ses connaissances, dont le mari était deuxième régisseur au Théâtre-Français, l'encouragea dans ses dispositions et lui indiqua pour professeur M. Talbot — à qui l'on doit déjà plusieurs artistes (!e mérite.
Elle alla le trouver et prit pendant un an des leçons avec lui. Dans le jour elle étudiait ses rôles, elle perfectionnait sa diction, et, la nuit venue, l'ouvrière reparaissait et la couture allait son train.
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Celle vie était pénible, sans doute : mais Rosélia nN»tait pas fille à se plaindre et surtout à se décourager. Elle persévéra donc et elle fit bien.
En i8o5, elle fut admise au Conservatoire et elle entra dans la classe de Régnier ; elle y passa trois années : la première, elle obtint un second accessit de trsigédie : la deuxième, un second prix encore de tragédie, qui lui valut d'avance un engagement à TOdéon, et un premier accessit de comédie ; et la troisième, enfin, elle remporta le premier prix de tragédie et le second prix de comédie.
Elle débuta à rOdéon, le t2 septembre 1861, dansl7;is/itutriçey et, six semaines'apr^s, elle crài avec grand succès le rôle de d'Armande, des Vacances du docteur, à côté de Tisserant et de M"* Thuillier — un voisinage assurément redoutable ; la débutante avait gagné ses chevrons , elle était passée artiste. Elle joua ensuite la Dernière idole et Clotilde, des Parisiens, et elle fut prêtée en 1862 par M. de la Rounat au Vaudeville, oii elle joua r- en représentations — Delphine Gerbet — une excellente création — et un Duel sous Richelieu,
De là elle revint à TOdéon et fit sa rentrée dans le Doyhi de Saint-Patrick.
Son engagement était de 1 ,800 francs pour la première année, 2,000 francs pour la deuxième et 2, 400 francs pour la
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troisième ; mais, dès la seconde année, ses appoinlenaenls furent doublés.
Elle s'était fait un nom et était parvenue à attirer tant et si bien sur elle l'attention, que, sur la demande expresse de M. Walewski, le Théâtre-Français l'engagea : elle devait faire ses trois débuts dans Adrienne Lecouvreur, que M, Legouvé tenait fort à lui voir jouer, dans Dim Juan cV Autriche et dans Mademoiselle de Belle-Isle ; mais ayant appris qu'on ne voulait lui faire jouer rue de Richelieu que de la tragédie et rien que de la tragédie, elle rompit son engagement, malgré ses belles conditions, et s'en alla bravement à l'Ambigu se mettre aux prises avec les énergies des Fil& de Charles-Quint,
Elle a fait partie de la société des trois ihéâlres de drame réunis et elle a inauguré son engagement en créant à la Porte-Saint-Martin, dans les Flibustiers de la Sonore, le rôle de Carmen oii se déployaient toute l'âpreté et la sauvage vigueur de son talent, surtout sous le costume tout local du Mexicain Don Luiz.
M"" Rousseil a des aptitudes sérieuses auxquelles ne conviennent pas les rôles vulgaires.
Lors de son début, on a beaucoup signalé sa ressemblance avec Rachol. Elle a une physionomie expresflve, intelligente, et ses airs mélancoliques et un peu sévères étaient si accentués dans son enfance et la faisaient parattro
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tellement au-dessus de son âge qu'à douze ans et demi elle fut demandée en mariage.
Pendant qu'elle était au Conservatoire, il lui arrivait souvent d'aller jouer, pour s'exercer, avec ses camarades, soit à 11 salle Molière, soit à T École-Lyrique. Nous nous rappelons l'avoir vue quelquefois sur cette dernière scène, en compagnie de MM. Worms , Liroche , Coquelin , M"" Dambricourt, Tordeus, Ponsin, etc., et déjà elle promettait tout ce qu'elle a tenu.
Dans une de ces représentations, il lui fallut un jour, faute de costume, jouer le rôle d'Andromaque en toilette de ville, concurremment avec un Oreste en paletot et un Pvrrhus en habit noir.
La tragédie n'est point ce qu'elle aime ; elle admire le classique, mais elle lui préfère les belles inspirations du romantisme.
M"" Rousseil est un esprit chercheur, studieux avant tout ; on peut dire qu'elle a fait toute son instruction ellemême, et, sans contredit, elle n'a pus à se plaindre de son élève.
Elle travaille beaucoup et sans relâche : son geste a déjà plus de souplesse qu'autrefois, et les angles de son talent s'efficent sensiblement.
Vous ne trouverez pas de romans dans sa bibliothèque, mais bien les œuvres de Shakespeare, d'iienri Martin, de
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Lamartine. Non seulement elle les a, mais encore elle les lit, ce qui est à noter.
Elle lit même aussi Homère ; V Iliade et VOdyssée font ses délices — en français bien entendu ; — car heureusement elle est comme Henriette, des Femmmes savantes : elle n'enteod pas le grec.