‹ Les Adam et ClodionChapitre 157 sur 177 · LETTRE DE VOISIN AU COMTE DE TRESSAN · texte numérisé non relu

LETTRE DE VOISIN AU COMTE DE TRESSAN

Lettre de M. Voisin, avocat au Parlement de Paris, à M. le comte de Tressan, lieutenant général des armées du Roi et commandant pour Sa Majesté en Lorraine.

Monsieur, permettez-moi de me renouveler dans Tlionneur de votre connaissance, et de saisir pour cela Foccasion de vous faire part d'une collection considérable d'antiques grecques et romaines, que M. Adam, de Nancy, sculpteur ordinaire du Roi et professeur de l'Académie royale de peinture et de sculpture, expose à la curiosité publique dans sa maison, rue Basse-du-Rempart, quartier de la Ville-l'Evêque, après avoir eu l'honneur d'en présenter le recueil gravé à Sa Majesté et après l'avoir envoyé aux autres souverains de l'Europe. Les 68 morceaux de cette collection, exécutés en marbre de Paros et de Salin, ont été trouvés à Rome dans le palais de Néron, au mont Palatin, et dans les ruines du palais de Marins, entre Rome et Frascati; aussi M. Adam a-t-il dessiné et gravé lui-même pour frontispice à son recueil, avec cette délicatesse et ce goût qu'affectent si singulièrement les savants, le Temps qui découvre les ruines du palais de Marins, en 1729.

C'est des héritiers de M. le cardinal de Polignac, qui avait rassemblé la plus grande partie de ces antiques pendant son ambassade à Rome et qui les avait fait transporter en France, que M. Adam les a acquises. 11 y a joint aussi plusieurs autres morceaux, également antiques, que dix ans de séjour à Rome lui avaient procurés.

Cette collection, aussi rare que piquante par la variété et la beauté des objets, paraît déterminément propre à décorer une galerie ou une bibliothèque. Elle serait aussi d'une très grande utilité dans une Académie, pour l'étude, et pour former le goût des élèves de peinture ou de sculpture.

Le bas-relief du tombeau d'un des fils de Faustine, d'un pied de haut sur trois de large, ouvrage romain en marbre de Paros, fait la vignette initiale du recueil de M. Adam ; on y voit le buste de ce fils chéri avec une allégorie savamment imaginée.

Ensuite se présentent un Autel triangulaire dédié à Bacchus, orné d'un basrelief représentant un faune et une bacchante avec Silène.

Un autre bas-relief tiré du tombeau de Marc-Antoine : Conquête des Indes par Bacchus.

Deux médaillons : Diane et Vénus.

Deux médaillons : Atirélien et Vitellius.

Figure d'un Amour représenté des deux faces, monté sur une panthère.

Un petit Bacchus enfant monté sur un bouc.

Un Hercule Farnèse nommé ainsi improprement.

Minerve grecque en brèche violette.

Bellone grecque.

Enfin se présentent VAbondance, antiquité romaine.

Jupiter, ouvrage romain.

Junon, antiquité romaine.

Vénus à la pomme d'or, ouvrage romain.

Vénus sortant du bain, antiquité romaine.

Un enfant, antiquité romaine.

Bacchus enfant, assis sur une peau de bouc.

Achéloiis à demi couché, tenant une corne d'abondance.

Néréide endormie et couchée sur le rivage.

Hercule, vainqueur du jardin des Hespérides.

Empereur Commode en Hercule.

Esculape.

Vénus pudique.

Pallas armée de son égide.

Junon.

Flore.

Phrygien, qui se garantit des traits ennemis avec son bouclier.

Une Diane.

Une des filles de Lycomède.

Un Paris à la pomme d'or.

Isis, sous les traits de la déesse de la santé.

L'Hymen.

Mercure, Bacchus, Mélègre.

Persée pose la tête de Méduse sur du corail pétrifié.

Deux bustes : Germanicus et Lépida.

Deux bustes : Adrien jeune et Femme inconnue.

Deux bustes : Matrone et Nymphe.

Deux bustes : Vestale et Sabine.

Deux bustes : Bacchante et Antinoits.

Deux bustes : Paris et Cybèle.

Deux bustes : Néron et Messaline.

38o APPENDICE.

Deux bustes : Langura et Ccxonia.

Deux bustes : Pompéia et Caligula.

Deux bustes : Sénèque et Commode

Deux bustes : Atmibal et Septime Sévère.

Deux bustes : Narcisse et Faune.

Deux bustes : Tibère et Galba.

Deux bustes : Auguste et Lépida.

M. Adam a joint à sa collection cinq bustes de lui, qui ont excité la curiosité publique. Le premier est un Apollon français de marbre de Carrare, de 2 pieds 8 pouces de haut. Ce buste est un portrait allégorique du Roi auquel Apollon, si c'était une divinité réelle, au lieu d'une fiction poétique, souhaiterait de ressembler.

Les quatre autres, de 2 pieds 6 pouces de haut chacun, du même marbre, représentent élégamment et avec énergie VEau, le Feu, VAir et la Terre.

Tous ces différents morceaux, au nombre de 73, sont rangés avec intelligence dans une galerie de la maison où loge M. Adam; la suite en est trop intéressante pour qu'elle puisse être séparée. Sans doute quelque prince, curieux d'une aussi rare collection, ne trouvera sa curiosité satisfaite que par l'acquisition de la totalité.

Je suis persuadé, monsieur, que vous me saurez quelque gré du détail

que j'ai l'honneur de vous faire; votre goût pour les sciences et pour les arts

m'en est un sûr garant. Excellent général et homme de lettres, vous réunissez

les motifs les plus pressants de vous vouer l'attachement le plus inviolable et

le plus respectueux; c'est aussi avec ces sentiments que j'ai l'honneur d'être

pour la vie, etc.

Voisin.

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