‹ Les adieux au comptoir, comédie-vaudeville en un acteChapitre 6 sur 22 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Précédens, COTING.

COTING.

Pardon d'entrer jusqu'ici... n'ayant trouvé personne au magasin.

M. DUBREUIL

C'est nous , monsieur, qui vous faisons nos excuses... Ma femme, une chaise à monsieur.

Mad. DUBREUIL.

Lieu ! être obligée d'être honnête avec tous ces gens là!

COTiNG.

IV e vous donnez pas la peine... je viens acheter quelques pièces de velours... Sans me connaître, vous avez peut être entendu parler de moi... je suis M. Coting , un des premiers tailleurs de Paris.

Ain : Le briquet, frappe la pierre*

Mais dans le siècle où nous sommes , Souvent les tailleurs, hélas!

Ne trouvent que des ingrats I C'est nous qui Taisons les hommes , Un tel... n'est qu'un ignorant...

(iràce au bel esprit qu'il prend , Ou lVcoute en l'admirant...

A qui doit-il cette gloire ?

A qui doit-il son esprit ?...

Il le doit à son habit.

Et quand je vois son mémoire ,

Cet habit ?... Dieu ! quelle horreur î

11 le doit à son tailleur.

Vous savez que j'ai inventé l'étoffe qui porte mon nom, et qui a eu tant de vogue l'hiver dernier... et je viens vous consulter sur une espèce de velours que je voudrais créer, et que vous auriez la bonté de faire fabriquer... J'ai là , des échantillons... (pendant qu'il oie ses gants ) Vous avez ici un petit local charmant.

Oui..- c'est notre arrière-boutique, que ma femme a voulu que je fisse arranger en salon... (montrant la porte du fond ) et qui a une sortie particulière sur la rue.

COTING.

C'est fort propre.... mais si vous venez chez moi...,

vous verrez..., c'est tout en glace... De sorte que quand un client essaye un habit... il le voit double.

dubreuil, à part.

Et il le paye de même...... Eh bien! monsieur, vos

échantillons ?..

cotjjvg, prenant plusieurs papiers.

M'y voici... non, c'est un billet de M. le comte de Saint-Edmond!

Mad. DUEREU1L.

Saint-Edmond ?

COTOG.

Vous connaissez?..

brillant.

Mad. DUBREUIL.

-De réputation... ce jeune homme, si aimable, si

ÉLISA

L'oracle du goût et de la mode.

Mad. DUBREUIL.

On nous en a beaucoup parlé dans toutes les sociétés où nous allons (bas a M. Dubreuil). Voilà le gendre qu'il vous faudrait.

COTIJVG.

Moi, je ne le connais pas... impossible de le joindre...

VILLE DE BRUXELLES - STAD BRUSSBL archives - ArcMef

IO

mais je connais son papier... et j'ai là une lettre de change I <•<• à mon ordre, pour laquelle je me suis mis en règle... [prenant d'autres papiers.) Ah! tenez, vous vn\</, ces deux nuances... ce Velours noir et ce velours blanc... je voudrais... cela va vous étonner... Mais moi.

Je suis un de ces génies créateurs qui visent à l'originaire... Je voudrais combiner ensemble ces deux couleurs hétérogènes y et en faire jaillir une autre.

M. DUBREUIL

< /est déjà fait.

COTING.

Comment?

DUBREUIL

iSous avons le gris... le gris de souris... le gris perle...

COTIINGr.

C'est dommage... mais c'est e'gal... gardez-moi le secret... vous pouvez toujours dire que c est moi qui l'ai inventé.

Air : J'ai vu le Parnasse des Dames.

Par l'invention , moi , je brille ; Aussi, je ferai mon chemin.

di'breuil, lui montrant la boutiqut.

Par ici... ma femme et ma fille Vont vous conduire au magasin :

J'ai plus d'une étoffe nouvelle , Dont on admire la couleur ; s Et là , vous pourrez choisir celle Dont vous voulez être l'auteur.

coting , sortant avec Elise.

C est on ne peut pas plus honnête.

iviad. dubreuil à Coting.

Je vous suis, Monsieur... (à M. Dubreuil) et quant à votre monsieur Bernard... ne nous en parlez plus; car nous le détestons maintenant plus que jamais. {On sonne) À"ons, eucore du monde... Voilà, voilà; on y va.

Page 1