CHAPITRE XI
Suite des applications militaires des aérostats. — Les aérostaUà Moscou en 1812, à Anvers en 1815. —Les aérostats militiirasà Venise en 1849, aux États-Unis en 1864 et 1861.— Les aérosttU au siège do Paris 1870-1871. — État actuel de Taérostatioii militairo.
Les applications des aérostats à Tart militaire ne furent pas complètement suspendues par rarrété du premier consul qui licenciait le corps des aérostien militaires. Depuis cette époque, les ballons ont rendu aux opérations des armées certains services, que nous allons rappeler.
A Tépoque où la télégraphie aérienne commençait i occuper sérieusement les esprits, c'est-à-dire en 1804, le physicien Jacques Conté imagina un système de signaux télégraphiques exécutés en ballon captif, qui paraissait présenter certains avantages.
Kn 1812, les Russes avaient formé le projet d'écraser l'armée française, à l'aide de projectiles explosibles, lancés du haut d'un aérostat. Le ballon fut construit à Moscou : il pouvait, dit-on, porter jusqu'à cinquante hommes. On voulait le faire flotter par-dessus le quartier général de l'armée française, que Ton aurait accablée, de cette hauteur, de vroicctiles incendiaires.
On commença par faire des expériences avec des ballons de plus petites dimensions ; mais elles réussirent très mal, ce qui décida à suspendre le travail' commencé.
En 1815, Garnot commandant Anvers assiégé, fil exécuter, en ballon, des reconnaissances militaires.
Au moment de la conquête d*Alger, on accorda à un aéronaute, M. Margat, Tautorisation d'accompagner Tarmée d'expédition. Le ballon fut embarqué, mais il resta sur le navire. La caisse ne fut pas même déballée.
Pendant le siège de Venise par les Autrichiens, en 1849, on fit usage de petits ballons, porteurs de bombes, qui devaient éclater sur la ville. Sur la proposition de deux officiers d'artillerie autrichiens, on avait confectionné deux cents petits aérostats, chargés, chacun, d'une bombe de 24 à 30 livres, et garnie d'une mèche inflammable, destinée à faire éclater la bombe. On mettait le feu à la mèche au moment de laisser partir dans les airs ces ballons incendiaires.
Ce genre d'attaque eut lieu, en effet, le 22 juin 1849, mais un vent contraire ramena les petits ballons vers le camp autrichien, de sorte que les bombes firent plus de mal aux assiégeants qu'aux assiégés.
En 1834, à l'arsenal de VincenneSj à Paris, on essaya de lancer des projectiles du haut d'un ballon retenu captif. Selon M. de Gaugler, ces expériences furent mal exécutées ; tout indique que, reprises d'une façon sérieuse, elles donneraient de très bons résultats.
Pendant la guerre d'Amérique, on fit usage simultanément des aérostats et de la télégraphie électrique.
Au mois de septembre 1861, un aéronaute, nommé La Mountain, fournit d'importants renseignements au
général Mac Clellan. Ce ne fut pas en ballon captif, mais bien en ballon perdu, que Taéronaute américain fit son excursion aérienne. Parti du camp de TUnion, sur le Potomac, il passa par-dessus Washington, retenu à terre par des cordes. Mais ne pouvant embrasser ainsi un espace suffisant, il coupa bravement la corde qui retenait son ballon captif, et s'éleva à la hauteur de 1,500 mètres. Il se trouva ainsi placé directement audessus des lignes ennemies, dont il put observer parfaitement la position, les mouvements et les forces. Ayant jeté une nouvelle quantité de lest, il s'éleva plus haut encore, et trouva un autre courant d'air qui Téloigna des lignes ennemies. Il opéra sa descente sans difficulté à Maryland, d'où il transmit au général Mac Clellan le résultat de sa reconnaissance.
Un autre aéronaute américain, M. Allan de Rhode- Island, eut l'idée de faire communiquer par un fil électrique, l'observateur placé dans la nacelle, avec le corps d'armée pour lequel il faisait ces reconnaissances. M. Allan et le professeur Lowe, de Washington, exécutèrent, plus fois, cette curieuse expérience, du haut d'un ballon captif.
On fit une autre application des aérostats pendant la guerre d'Amérique.
Au mois de mai 1862, l'armée unioniste, campée devant Richmond, lança au-dessus de la place un ballon captif. Un appareil photographique fut dirigé vers la terre, et permit de prendre en perspective, sur une carte, tout le terrain de Richmond à Manchester à l'ouest, et à Chikahominy à l'est. La rivière qui arrose la capitale, les cours d'eau, les chemins de fer, les chemins de traverse, les marais, les bois de pins, etc., furent tracés ; on y porta aussi \a 4\%^^%\\Asycv ^^%
^îje général Mac Glellan n'eût pu obtenir un succès ■^si complet sans le secours du ballon et de Tappa- "^■h dont il était muni.
'En 4870, les aérostats ont rendu de véritables sert^^s aux Parisiens, pendant le blocus de leur ville par ^t armées allemandes. Enfermés dans leurs murs, pri- Ps de toute communication avec l'extérieur et obligés ft se suffire à eux-mêmes, les habitants de Paris firent Ippel à la science, pour leur fournir les moyens de se téfendre contre l'agression étrangère.
On espérait que les ballons mettraient la capitale en communication avec les départements. Mais la grande ifl^aire était de pouvoir diriger à volonté ces machines aériennes. On se flatta jiendant assez longtemps que ce grand desideratum de la science allait enfin arriver, r^uand on se rappelait que depuis quatre-vingts ans mille cerveaux s'étaient mis en ébullition à la poursuite de cette idée ; quand on savait que nos corps académiques sont perpétuellement assaillis de communications relatives à ce problème ; quand on avait vu les inventeurs fatiguer l'Académie des sciences et les journaux scientifiques de l'annonce de leurs décou- ^rertes dans l'art de la navigation aérienne dirigeable, on pouvait s'attendre à voir tant de promesses flatteuses et d'annonces affirmatives aboutir au résultat si désiré.
Hélas ! quelle déception I quelle amère et triste dérision ! De tous ces hommes qui, depuis si longtemps, fatiguaient le public, l'Académie et les sociétés savantes de leurs élucubrations, aucun ne put produire le plus Faible échantUlon de son savoir, ni de son pouvoir. Pendant toute la durée du siège de Paris, l'Académie des sciences, ainsi que les comités scientifiques établis par
le gouvernement de la Défense nationale, furent, ilesl vrai, assaillis de toutes sortes de projets de navigation aérienne, avec direction. Mais aucun de ces projets ne contenait une idée sérieuse. Les auteurs tiraient leurs vieux mémoires des cartons où ils dormaient depuis longtemps d*un sommeil mérité, et ils les adressaient à l'Académie des sciences, avec force calculs à TappuL Aucun de ces inventeurs n'invoquait la plus petite expérience, le plus simple résultat pratique. Mais ils concluaient tous à la demande, adressée au gouvernement ou à l'Académie, d'une forte somme d'argent, pour procéder à la construction de leurs appareils.
L'Académie des sciences avait nommé une commission pour examiner les projets relatifs à la direction des aérostats ; mais quand elle se fut bien convaincue de la parfaite inanité de tous les plans qui lui avaient été soumis, elle se refusa à présenter aucun rapport, parce qu'elle n'aurait eu t formuler sur cette question que des conclusions négatives.
L'Académie des sciences fit, toutefois, une exception en faveur de l'un de ses membres, M. Dupuy de Lôme. Le célèbre inventeur et constructeur des bâtiments cuirassés avait pris à cœur la question de la direction des aérostats, d'où dépendait le salut de la capitale, et, bien qu'il ne se fût jamais occupé jusque-là d'aérostation, ses magnifiques travaux dans l'art de l'ingénieur de marine, sa parfaite connaissance des moteurs applicables aux transports en général, donnaient une certaine confiance dans ses promesses. On se disait que^ si M. Dupuy de Lôme échouait dans l'entreprise de la direction des ballons, il faudrait à l'avenir renoncer à tout espoir sous ce rapport.
M. Dupuy de Lôme échoua comme les autres, ou
si Ton veut, et ce qui revient au même, le temps lui manqua pour pousser l'entreprise jusqu'au bout.
Il n'arriva, en fin de compte, qu'à réaliser un système déjà expérimenté par un autre chercheur, M. Henry Giffard.
M. Dupuy de Lôme avait construit un aérostat de soie vernie, d'une forme ovoïde-allongée, muni d'une hélice à quatre bras. Il n'avait pas la prétention de lutter contre un courant aérien d'une certaine intensité ; il voulait seulement, si le vent était fort, pouvoir faire dévier le ballon, afin de présenter au vent une voile oblique, qui le ferait avancer en louvoyant, comme le fait un navire à voiles voguant sur les eaux.
Pour maintenir le ballon sans cesse gonflé, malgré les déperditions de gaz qui se produisent toujours, M. Dupuy de Lôme employait le moyen qui avait été proposé, à la fin du siècle dernier, par Meusnier : il comprimait de l'air dans un petit ballon, qui était d'avance logé à cet efTet dans le grand ballon.
L'appareil chargé d'imprimerie mouvement à l'équipage aérien était fixé à la nacelle du ballon. Mais quel était cet appareil moteur ? Une simple hélice, de 8 mètres de diamètre. Un travail de 30 kilogrammètres, exécuté par cette hélice, devait produire, une vitesse de deux lieues à l'heure, dans une direction voulue. Quelle faible idée cela ne donne-t-il pas des ressources dont aurait disposé l'esquif aérien !
Le ballon était pourvu d'un gouvernail, placé à Tarrière, afin de pouvoir s'orienter.
Le gaz adopté n'était pas l'hydrogène, mais simplement le gaz d'éclairage.
Il n'y avait en tout cela presque aucune innovation. L'aérostat adopté par M. Dupuy de Lôme différait peu
iOO LES AÉROSTATS.
(lisons-nous, de celui qui avait été expérimenlé et 1852 par M. Henry diflard, que nous déciîrons dH un des chapitres suivants. Seulement, M. Henry GilU avait os6 emporter au sein des airs une madUAl vapeur, tandis que M. Dupuy de Lôme, craignant, JMl sans raison d'ailleurs, la présence d'un foyer danib voisinage d'un gaz inflammable, s'était contenté dfl'h force des hommes.
Il est probable que l'appareil de M. Dupuy de LAnu, ne disposant que de la force humaine, serait rallé insuflisant pour réaliser la direction, s'il avait eu i lutter contre la plus faible brise. Dans tous les cas, on n'eut pas à s'en assurer par l'expérience, car lei travaux pour la construction de l'aérostat ayant traîné (in longueur, la guerre se termina avant que l'appanfl (le M. Dupuy de Lôme pût s'élancer dans les airs «l montrer sa vaillance.
Kn définitive, il fallut renoncer à l'espoir de diriger Ips ballons, c'est-à-dire à la seule chance de salut qui reslât aux assiégés. On dut se borner à organiser les départs de ballons, que l'on lançait quand le rent était favorable, et qui devaient emporter les passagers ver* le nord, le sud ou l'ouest. Montés par un homme déter miné, ces ballons s'en allaient à la garde de Dieu, tombant tantôt dans les lignes prussiennes, tantôt dans des localités sûres, d'autres fois, hélas ! allant se perdre dans la mer. Il en est plus d'un dont le sort est resl*^ un secret entre Dieu et les infortunés passagers.
L(îs Prussiens essayaient en vain d'atteindre, avec hîurs armes à feu, les voyageurs aériens.
Les fusils ordinaires ne suffisant pas à atteindre les aérostats* dans les airs, les Prussiens firent construira une arme à feu spéciale, de plus longue portée, pour
atteindre les aérostats et en déterminer la chute M Gaston Tissandier a donné le dessin du mousqw à ballon des Prussiens.
Dès que le premier ballon-poste, dit M. Tissandiei passa les lignes d'investissement, M. de Moltke s'i dressa au constructeur Krûpp ; il lui confia le soi d'imaginer quelque machine destinée à arrêter Ta deur des messagers aériens. M. Krùpp, le « roi d fer », selon l'expression allemande, quelque peu rid cule, construisit un mousquet à ballon, et l'expédia e toute hâte à Versailles, où il fut triomphalement prc mené dans les rues.
Un tube à canon, muni d'une crosse, constitue I
mousquet à ballon. Une hausse permet de Tajustt
suivantladistance. L'arme peut osciller, verticalemei
et horizontalement, autour d'un axe monté sur u
genou. On peut donc, comme avec une lunette, dirige
la visée sur tous les points du ciel. Un cylindre d
bronze supporte le mousquet; ce cylindre est solide
j ment établi sur un chariot léger, à quatre roues, au
;i quel on peut atteler deux chevaux. Un petit siège
iJ situé à l'arrière du chariot, complète l'appareil.
ij Lorsqu'on voyait un ballon-poste s'élever de Paris
:i des vedettes allemandes partaient dans la directioi
.' suivie par l'aérostat; elles en donnaient avis, par 1<
télégraphe électrique, et un mousquet à ballon, toujour
prêt à voyager, se dirigeait, à bride abattue, vers 1;
» région correspondant à la route de l'aérostat. Ui
artilleur habile pointait sur le ballon et tirait.
Plusieurs de nos aéronautes entendirent le sifflemen des balles, à la hauteur de 800 à 1,000 mètres environ, Le 12 novembre 1870, le ballon-poste le Daguern fut traversé par plusieurs balle?»', \e^vo^^ç,eurs fureni
LES AÉROSTATS. i03
forcés de descendre à Ferrières, où des cavaliers ennemis les firent prisonniers.
A cet exploit paraît s'être borné le succès du mousquet à ballon de M. Krûpp. Et, de fait, la hauteur à laquelle un ballon voyage le met à l'abri de l'atteinte des projectiles d'une pièce de petit calibre, en lui supposant la plus grande portée possible.
Pour en revenir à notre récit, nous dirons que l'espoir que les Parisiens conservaient de voir revenir les ballons qu'ils avaient expédiés, fut déçu par l'impossibilité reconnue de diriger les globes aérostatiques.
Il existait avant la guerre une Société dite colombophile, qui s'occupait de dresser des pigeons, pour les faire servir à des messages aériens, système de correspondance qui, en dépit du télégraphe électrique, est encore conservé dans quelques parties de l'Europe.
Quand on se fut bien convaincu que les ballons partis de Paris n'y reviendraient pas, les membres de la Société colombophile eurent l'idée de confier leurs pijçeons aux ballons partant de Paris. « Que les aérostats enlèvent nos pigeons, dirent-ils ; nos pigeons se chargeront bien de revenir. »
M. Rampont, directeur des postes, à qui ce projet fut communiqué, adopta sur l'heure l'idée de faire une expérience de ce moyen précieux.
Le 27 septembre 1870, trois pigeons partaient dans le ballon la Ville-de-Florence, Six heures après ils étaient revenus à Paris, avec une dépêche signée de l'aéronaute, qui annonçait sa descente près de Mantes.
Par cette expérience convaincante, la poste aux pigeons était créée.
Ei^ effet, après quelques études préalables sur la manière de transporter, de soigneT e\. di^ lancer \<è.'3i
pigeons, les expériences ayant réussi au delà de toute attente, M. Rampont se décida à ouvrir au public k poste aux pigeons. Les dépêches destinées à Paris s'expédiaient à Tours, d'où elles partaient pour Paris, par pigeon, moyennant 50 centimes par mot.
363 pigeons furent emportés de Paris en ballon, el lancés, à leur arrivée, des départements voisins. 57 seulement parvinrent à leur destination : 4 en septembre, 18 en octobre, 16 en novembre, 12 en décembre, 3 en janvier et 3 en février.
La poste aux pigeons complétait le service des ballons montés.
Mais ce qui rendit éminemment utile cette charmante invention, ce qui en lit une véritable création scientifique, c'est le système des dépêches photographiques que les pigeons rapportaient à Paris.
Un pigeon ne peut être chargé que d'un bien faible poids. Il emporte dans les airs une feuille de papier, de 4 ou 5 centimètres carrés, roulée finement et attachée à une des plumes de sa queue. Une lettre aussi petite est bien laconique. On peut y écrire à la main quelques mots, quelques phrases peut-être, mais un tel message est bien insignifiant.
Dès le commencement du siège, on songea aux merveilles de la photographie microscopique, créée par M. Dagron, qui avait fait connaître cette invention à l'époque de l'Exposition universelle de 1867. M. Dagron avait exécuté des photographies réduites à des dimensions microscopiques. Quatre ou cinq têtes étaient réunies sur une surface d'un centimètre carré. Sur une surface large comme une tête d'épingle, M. Dagron avait réussi à faire tenir des vues de monuments et de paysages, que l'on regardait au microscope.
* LES AÉROSTATS. lOÎ)
L'inventeur de la photographie microscopique fut jonc chargé de réduire en un cliché unique, ramené à des proportions microscopiques, un grand nombre ie dépêches à destination des départements, que l'on réunissait sur une grande feuille de papier à dessin. Le tout se trouvait réduit, par l'appareil de M. Dagron, à un cliché qui n'était pas plus grand que le quart d'une carte à jouer.
M. Dagron eut bientôt l'idée, au lieu de tirer sur du papier ordinaire l'image photographique ainsi réduite, de la tirer sur une espèce de membrane assez semblable à la gélatine, c'est-à-dire sur une lame de collodion.
Les petites feuilles de collodion contenant les dépêches microscopiques étaient roulées sur elles-mêmes et placées dans un tuyau de plume, que Ton attachait à la queue du pigeon. L'extrême légèreté des feuilles de collodion, leur souplesse et leur imperméabilité les rendaient propres à cet usage. Dans un seul tuyau de plume on pouvait placer vingt de ces feuilles de collodion.
Les dépêches microscopiques sur collodion étant une fois parvenues à destination, grâce aux messagers aériens, on les amplifiait à l'aide d'une lentille grossissante, c'est-à-dire d'une sorte de lanterne magique, et l'on en envoyait copie aux destinataires.
On vient de voir que c'est à Paris que cette ingénieuse et précieuse idée avait été mise en pratique par M. Dagron. Il est juste d'ajouter qu'à Tours on avait, avec un succès complet, commencé à produire des dépêches toutes semblables, qui avaient été expédiées à Paris. Un photographe de Tours, M. Biaise, s'était chargé de cette difficile entreprise. Guidé par un chimiste de Paris, d'une rare \ia\i\\fe\.fe,^^'t^^'^^*^
(qui devait peu de temps après succomber à gués), M. Biaise avait installé dans ses at« préparation des dépêches microscopiques, i qu*il continuait ses opérations, M. Dagron ai Paris, chargé par le gouvernement d'installer i ce même service. Il était parti en ballon, et sa sée aérienne avait été accidentée par mille Heureusement il avait pu sauver ses appareils. D< arrivée à Tours, M. Dagron prit la direction de la paration des dépêches microscopiques par son prc à la membrane collodionnée, et il remplaça M. B. pour le senice des dépêches du gouvernement.
M . Biaise se contentait d'exécuter sur papier la pêche microscopique ; le procédé de M. Dagron, a sistant, comme il vient d'être dit, à faire ce tirage ! une pellicule de collodion, était beaucoup plus avi tageux. Aussi fut-il préféré. Dès l'arrivée de M. Dagi on substitua, comme il vient d'être dit, le tirage i la pellicule de collodion au tirage sur papier.
Cependant les progrès de la poste aux pigeons rent arrêtés par l'inclémence de la saison. A partir mois de janvier 1871, les dépêches reçues à Paris i vinrent rares. Le froid enlevait leurs merveilleui facultés aux messagers ailés.
Le service de la poste aérienne^ organisé par M. Ra pont, directeur des postes sous le gouvernement la Défense nationale, fit partir 54 ballons, qui emp* tèrent 2,500,000 lettres, sous forme de dépêches r croscopiques sur membrane de collodion.
Le résumé de ces voyages a été donné par M. Sai Edme, dans un ouvrage qui a pour titre la Science pi dant le siège de Parts, Nous emprunterons à cet ( vrage la liste des ballons expédiés pendant le siège.
LES AÉROSTATS. i07
^.« Le 7 octobre, dit M. Saint-Edme, départ de V Armand-Barbes. ^i emporte M. Gambetta et les premiers pigeons de Tadministra- )Ki. Parti à 11 heures 15 minutes de la place Saint-Pierre, il est ^firivé à Épineuse à 3 heures 30 minutes. On se rappelle les cir- ^^onstances critiques de la descente de ce ballon, qui faillirent livrer XÉ* Gambetta aux Prussiens .
- Le même jour partait le George-Sand.
. 12 octobre, départ de deux ballons, Washington et Louis-Blanc^ avec des lettres et M. Trachet, propriétaire de pigeons.
- 14 octobre, le Godefroy-Cavaignac, conduit par M. Godard père,
emmenant M. de Kératry et ses deux secrétaires. Il atterrit à Grillon, près de Bar-le-Duc. Le môme jour le Guillaume- Tell emmenait M. Ranc.
16 octobre, départ du Jules-Favre.
18 octobre, départ du Victor-Hugo .
19 octobre, départ du Lafayette, emmenant M. A. Dubost. 23 octobre, départ du Garibaldi, emmenant M. de Jouvencel. 25 octobre, départ du Montgoffier.
27 octobre, départ du Vauban, qui tomba près de Verdun, dans
les lignes prussiennes ; les aéronautes purent fuir.
29 octobre, départ du Général-Chai^as.
2 novembre, départ du Fulton.
4 novembre, départ du Flocon et du Galilée^ lequel fut capturé; les aéronautes furent conduits dans une forteresse allemande .
6 novembre, départ du Cliâteaudun.
8 novembre, départ de la Gironde.
12 novembre, départ du Daguerre; ce ballon fut, comme le précédent, capturé par les assiégeants.
Le Niepce, parti le même jour, eut un sort plus heureux.
18 novembre, départ du Général-Vhrich.
21 novembre, départ de VArchimède^ dont la descente s'effectua en Hollande.
23 novembre, départ de la Ville-d* Orléans ^ qui atterrit en Norvège ; chacun a dû s'intéresser au récit si émouvant de cette course aérienne fantastique.
28 novembre, départ du Jacquard.
30 novembre, départ du Jules-Favre^ deuxième du nom, tombé
à Belle-lsle en Mer, et apportant la nouvelle de la sortie de Ducrot.
i08 LES AÉROSTATS.
5 décembre, départ du Franklin.
7 décembre, départ du Denis^Papin.
15 décembre, départ de la Ville-de-Pans. Ce ballon, monté par M. Delamarre, est tombé dans le Nassau ; Taéronaute a publié le récit de son voyage chez les Allemands.
17 décembre, départs du Pormentier et du Gutenbei^g,
18 décembre, départ du Davy.
20 décembre, départ du Général-Chanzy,
22 décembre, départ du Lavoisier,
23 décembre, départ de la Délivrance,
27 décembre, départ du Tourville.
29 décembre, départ du Bayarrf,
31 décembre, départ de VArmée^e-la-Loire.
4 janvier 1871, départ duiVctu/on.
9 janvier, départ du Duquesne.
10 janvier, départ du Gambetta,
11 janvier, départ du Keppler.
13 janvier, départ du Faidhej^be,
15 janvier, départ du Vaucanson,
18 janvier, départ de la Poste-de-Paris.
20 janvier, départ du Bourbaki.
22 janvier, départ du Daumesnil.
24 janvier, départ du TotTicelli.
21 janvier, départ du Richard' Wallace.
28 janvier, départ du Général-Cambronne.
En tenant compte des lieux de départ de ces ballons, qui se sont suivis si régulièrement, on trouve que :
26 départs ont eu lieu de la gare d'Orléans.
16 — de la gare du Nord.
3 — de la place Saint-Pierre à Montmartre.
2 — des Tuileries.
2 — de la barrière d'Italie.
1 — de l'usine de Vaugirard.
1 — de la Villette.
Les ballons du siège de Paris, lancés par tous les temps, de préférence la nuit, et conduits par des aéronautes de hasard, rencontrèrent beaucoup de péripéties dans leur traversée. Owu^xelewu de cesévéne-
LES AÉROSTATS. dOO
ments que ceux qui ont amené une catastrophe. Il faut rappeler, à ce titre, la mort du marin Prince, parti le 30 novembre, à 11 heures du soir au milieu des ténèbres, dans la nacelle du Jacquard et qu*on ne revit jamais. Un navire anglais l'aperçut, dit-on, audessus de Plymouth ; mais c'est tout ce que l'on a pu en savoir. Le malheureux Prince dut périr dans les nets.
Le môme jour, deux autres aéronautes, MM. Martin et Ducaurroy, partis à minuit, sur le Jides-Favre, tombaient dans l'Océan, au lever du jour. Heureusement, ils se trouvaient près delà petite île de Belle-Isle en Mer, et ils purent diriger leur chute de manière à tomber sur le sol de l'île.
Le 27 janvier, l'aéronaute Lacaze s'élevait de Paris, à 3 heures du matin, dans le ballon le Richard Wallace. On le vit à 2,000 mètres de hauteur, au-dessus de la Rochelle. Les habitants de ce port voyant ce ballon planer par-dessus la mer, croyaient qu'il allait descendre sur le rivage ; mais, à la stupéfaction générale, il continua sa route, et on le perdit de vue, planant toujours sur rOcéan, qui devint le tombeau du malheureux aéronaute.
Le Jiichard-Wffllace était le dernier ballon lancé pendant le siège le Paris. En effet, dès le lendemain, 28 janvier 1871, l'armistice était conclu, et un dernier ballon, le Géné7*al-Cambronne, allait porter cette heureuse nouvelle aux départements. Le pauvre Lacaze avait joué de malheur.
Un autre aéronaute, M. Rollier, vit la mort d'aussi près, et dans des circonstances dignes d'être rappelées, c'est-à-dire pendant une traversée d'une longueur extraordinaire. M. Rollier était patU, \^ ^*^ wqs^\sî\sî^
<iO LES AÉROSTATS.
4870, par un vent violent et une nuit très noire. Le lendemain, au lever du soleil, il se trouvait sur l'Océan. Son lest étant totalement épuisé, le ballon tombait lentement à la mer, lorsque, par un hasard providentiel, un vent d'est très vif s'étant levé, l'aérostat fut poussé vers la Norwège, où il atterrit quelques heures après. Le parcours avait été de plus de 500 lieues en quelques heures.
La grande préoccupation des aéronautes du siège de Paris, c'étaient les balles prussiennes. Mais un seul aérostat français fut atteint par un projectile. On se maintenait à la plus grande altitude possible, entre 1,500 et 2,000 mètres, et les balles ne portèrent jamais à cette hauteur dans l'air.
Depuis le siège de Paris, le gouvernement de la République a fait exécuter des recherches spéciales, par une commission d'officiers supérieurs du génie, dans le but de tirer parti des aérostats dans les opérations militaires. Aucune occasion ne s'étant encore présentée, même pendant la guerre de Tunisie (1881), d'avoir recours au service des ballons, et les expériences des commissions militaires étant toujours entourées d'un grand mystère, nul ne peut dire avec exactitude quel est l'état actuel de la question des aérostats appliqués à l'art de la guerre.
C'est à un savant officier du génie, le colonel Laussedat, que ces études sont confiées. Rien ne transpire naturellement des résultats obtenus sous la direction de cet officier. Tout ce que l'on sait, c'est qu'en 1875, le colonel Laussedat, exécutant une ascension dans un ballon captif, fit avec son aérostat une chute terrible, qui faillit lui coûter la vie, ce qui ne plaide pas précisément en faveur des avanla^e^ d^ V^éto^l^lvoxv militaire.
Nous ajouterons que renseignement qui découle des services qu'ont rendus pendant le siège le Paris les pigeons emportés par des aérostats, n'a pas été perdu. Il a été décidé, après la guerre de 1870-1871, que toutes nos places fortes seraient pourvues d'un colombier oii l'on élèverait des pigeons. En cas d'investissement, des ballons emporteraient des pigeons, qui reviendraient à leur colombier, avec les dépêches qu'on leur aurait confiées.
Nous n'avons pas besoin de dire que les autres nations n'ont pas manqué d'imiter notre exemple, et que là poste aérienne serait d'un usage général, en cas de guerre.
A Paris, ces décisions ont été prises à la suite d'études attentives et d'exercices pratiques qui se continuent sans interruption. On choisit un pigeon dans plusieurs colombiers de Bruxelles, de Bruges, etc., on enferme tous ces coureurs aériens dans un panier, et on les envoie à Paris par le chemin d^ fer. Puis on les lâche à Paris.
Plusieurs lâchers de pigeons ont eu lieu à Paris, en 1874, au Palais de l'Industrie.
A peine le couvercle d'osier était-il soulevé, que les prisonniers s'envolaient avec la rapidité d'une flèche, et prenaient la direction de leur colombier. La plupart revenaient au gîte. Quelques-uns s'égaraient, d'autres se perdaient, mais le fait était rare. Le pigeon arrivé le premier de cette espèce de concours de vitesse obtenait le prix, et le propriétaire touchait l'enjeu qui avait été placé sur la tête des autres pigeons.
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