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CHAPITRE V

Troisième voyage aérien exécute à Lyon : ascension de la montgolfière le Flesselies. — Quatrième voyage aérien effectué à Milan par le chevalier Andreani. — Aérostats et montgolfières lancés on diverses villes de l'Europe. — Première ascension de Blanchard au Champ-dc-Mars do Paris. — Voyage aérien de Pi*oust et Piiâtre de Rozier.

L'intrépidité et la science des premiers navigateurs aériens avaient ouvert dans les cieux une route nouvelle : elle fut suivie avec une incomparable ardeur.

En France et dans les autres parties de l'Europe, on vit bientôt s'accomplir un grand nombre de voyages aérostatiques. Pour ne pas étendre hors de toute proportion les bornes de cette Notice, nous nous contenterons de rappeler les ascensions les plus remarquables qui eurent lieu à cette époque.

Lyon n'avait encore été témoin d'aucune expérience aérostatique ; c'est dans cette ville que s'exécuta le /troisième voyage aérien.

Au mois d'octobre 1783, quelques personnes distinguées de Lyon voulurent répéter l'expérience exécutée à Versailles, par Etienne Montgolfler. M. de Flesselles, intendant de la province, ouvrit une souscription, qui fut promptement remplie. Sur ces entrefaites, Joseph * Montgolfler étant arrivé à Lyon, on le pria de vouloir bien diriger lui-même la construction de la machine. On se proposait de fabriquer un aérostat d'un très grand volume, qui enlèverait un cheval ou quelques autres animaux.

Montgolfler flt construire un immense globe à feu ; il avait quarante-trois mètres de hauteur et trentecinq de diamètre. C'était la plus vaste machine qui eût encore été construite pour s'élever dans les airs. Seulement, on avait visé à l'économie, et Ton n'avait obtenu qu'un appareil assez grossier, formé d'une double enveloppe de toile d'emballage recouvrant trois feuilles d'un fort papier.

L'ascension se fit aux Brotteaux, le 5 janvier 1784. En dix-sept minutes le ballon fut gonflé et prêt à partir. Six voyageurs montèrent dans la galerie : c'était Joseph Montgolfler , à qui l'on avait décerné le commandement de Téquipage, Pilâtre de Rozier, le prince de Ligne, le comte de Laurencin, le comte

:i3! LES AÉROSTATS.

(\o, Diinipierrc et le comte Laporte d'Anglefort.

On comprend aisément Tadmiration que dut faire rialirt; dans la foule Tascension de cet énorme aérostat, dont la voûte offrait les dimensions de la coupole rie la Halle aux blés de Paris. Il avait la forme d'une MplKTe, terminée, à sa partie inférieure, par un cône tronr|ué, autour duquel régnait une large galerie où He traiaient les sept voyageurs. La calotte supérieure était blanclKs le reste grisâtre, et le cône composé de tmrid(!M d(; laine de différentes couleurs. Aux deux r.ôtéH du globe étaient attachés deux médaillons, dont Tun neprésentait l'Histoire, et l'autre la Renommée. Knfln il portait un pavillon aux armes de Fintendant de la province, avec ces mots : le Flesseltes.

\éi*. ballon n'était pas depuis un quart d'heure dans leH airM, (|uand il se fit dans Tenveloppe une déchirure de 15 métrés de long. Le volume énorme de la machine, b; nonabre des voyageurs, le poids excessif du b!Mt, le mauvais état des toiles, fatiguées par de trop longues manœuvres, avaient rendu inévitable cet accident, qui faillit avoir des suites funestes. Parvenu en (ui moment à 800 mètres de hauteur, l'aérostat M'abattit avec ime rapidité effrayante. On vit aussitôt, il (!n croire h\n relations de l'époque, soixante mille perHonnes courir vers l'endroit où la machine allait tomb(!r. Heureusement, et grâce à l'adresse de PilAtre, cette descente rapide n'entraîna pas de suites graves. I^es voyageurs en furent quittes pour un choc un peu rude. On aida les aéronautes à se dégager des toiles qui les enveloppaient: Joseph Montgollier avait été le plus maltraité.

Celte ascension lit beaucoup de bruit et fut jugée rès diversement. Les journaux en donnèrent les ap-

prédations les plus opposées. En définitive, l'entreprise parut avoir échoué ; mais ses courageux au-

teurs reçurent les hommages qui leur étaient dus. Cependant l'opinion générale était pour les mé-

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contents. On chansonna les voyageurs, on chansonna l'aérostat lui-même.

Le quatrième voyage aérien eut lieu en Italie. Le chevalier Paul Andreani fit construire, à ses frais, par les frères Gerli, architectes, une montgolfière destinée à recevoir des voyageurs.

Cet esquif aérien était de grandes dimensions. Composé de toile revêtue à l'intérieur d'un papier mince, il n'avait pas moins de 20 mètres de diamètre, et sa forme était exactement sphérique. Le fourneau destiné à recevoir les matières combustibles, était placé près de l'ouverture inférieure, sur un cercle de cuivre, porté par quelques traverses de bois, fixées sur l'encadrement de l'ouverture circulaire du ballon.

On a vu par le dessin du ballon du marquis d'Arlandes, et par celui du Flesselles, que dans ces montgolfières les voyageurs étaient placés sur une galerie entourant l'extérieur de l'ouverture du ballon. Paul Andreani remplaça cette galerie circulaire par une nacelle d'osier semblable à celle dont Charles avait • fait usage. Elle était suspendue par des cordes, au cercle qui formait l'encadrement de l'orifice du ballon, et était placée à une distance telle de l'ouverture du ballon, que l'on pût alimenter le feu avec une fourche, sans être incommodé par la chaleur du foyer.

L'ascension eut lieu à Milan, le 25 février 1784. Le feu ayant été allumé, la montgolfière se gonfla entièrement en moins de quatre minutes.On coupa les cordes, et la machine emporta avec lenteur Andreani et les frères Gerli.

Elle s'éleva à une si grande hauteur que les spectateurs la perdirent entièrement de vue. Comme le vent les portait vers des collines voisines, sur lesquelles la descente aurait été difficile^ et que la pro^

vision de combustible était sur le point de s'épuiser, nos voyageurs jugèrent à propos de descendre, après deux heures de promenade dans les airs.

La machine s'abattit lentement, à la lisière d'un bois voisin de Milan. Les voyageurs aériens appelèrent, au moyen d'un porte-voix, les paysans, qui leur donnèrent un concours intelligent, les aidèrent à descendre, et ramenèrent la montgolfière, encore à demi gonflée, au moyen des cordes qui en pendaient, jusqu'à l'endroit même d'où elle était partie. La disposition du fourneau avait été si bien calculée que la toile qui composait la montgolfière n'était ni brûlée ni endommagée dans aucune de ses parties.

Cette ascension de voyageurs avait été précédée, en Italie, par quelques expériences aérostatiques. C'est ainsi que le 11 décembre 1783, on avait lancé, à Turin, un petit ballon, fabriqué avec de la baudruche.

En France, la fièvre aérostatique ne s'était pas calmée. Le 13 janvier 1784, une société d'amateurs, sous la direction de l'abbé Mably, lançait un aérostat de 6 mètres de diamètre, du château de Pisançon, près Romans, dans lo Dauphiné; et le même jour, à Grenoble, M. de Barin en lançait un autre, devant toute la population de la ville.

Le 16 janvier 1784, le comte d'Albon faisait partir, de sa maison de campagne de Franconville, aux environs de Paris, un aérostat à gaz hydrogène, de 3 mètres de diamètre, formé de soie gommée. On avait suspendu au-dessous, une cage d'osier^ contenant deux cochons d'Inde et un lapin.

L'aérostat s'éleva en peu d'instants à une hauteur telle qu'on le perdit entièrement de vue. On le trouva cinq jours après, à six lieues de son point

de départ. Les animaux étaient en parfait état.

Le marquis de BuUion, à Paris, lança, le 3 février 1784, de son hôtel, qui devint célèbre, plus tard, sous le nom d'Hôtel des ventes, une montgolfière de papier, de 5 mètres de diamètre, qui avait, pour tout appareil destiné à la raréfaction de Tair, une large éponge imbibée d'un litre d'esprit-de-vin, et placée dans une assiette de fer-blanc. Ce ballon resta en Tair un quart d'heure, et ce temps lui suffit pour franchir une distance de neuf lieues : il tomba dans une vigne, près de Basville.

Une simple éponge imbibée d'huile, de graisse et d'esprit-de-vin, fut aussi tout l'appareil qui servit à faire partir, le 45 février 1784, une montgolfière à Mâcon. Elle était en papier, et le constructeur de cette machine, Gellard du Ghastelais, s'était amusé à y suspendre un chat, enfermé dans une cage. En une demi-heure, la montgolfière n'était plus visible dans le ciel. Elle tomba, au bout de deux heures, à sept ou huit lieues de Mâcon. Le chat fut la malheureuse victime de cette expérience : il avait été sans doute asphyxié par la raréfaction de l'air dans les hautes régions.

Le 22 février 1784, on lança d'Angleterre, un aérostat à gaz hydrogène , qui traversa la Manche : c'était un petit ballon, d'un mètre et demi de diamètre seulement. Il partit de Sandwich, dans le comté de Kent. Poussé par im vent du nord-ouest, il traversa rapidement la mer, et fut trouvé en France, dans la campagne, à environ trois lieues de Lille. A ce ballon était attachée une lettife, où l'on priait de faire connaître à William Boys, à Sandwich, le lieu et le moment où il aurait été trouvé.

Trois jours auparavant, on avait lancé à Oxford, du Collège de la reine, un aéorstat tout semblable.

Argand, de Genève, Timmortel inventeur du verre de lampe à double courant d'air, rendait, à la même époque, le roi, la reine et la famille royale d'Angleterre, témoins d'une expérience aérostatique, en lançant à Windsor un aérostat à gaz hydrogène, d'un mètre seulement de diamètre.

On voit qu'à cette époque, toute l'Europe était passionnée pour ce genre de spectacle. Depuis les princes jusqu'aux simples particuliers, chacun avait la tête tournée vers le ciel. Il ne se passait pas de jour, il ne se passait pas de soirée, où Ton ne vit une montgolfière s'élever dans les airs. Peu de personnes tentaient la périlleuse aventure d'une ascension, mais partout on se donnait le plaisir de lancer d'inoffensives montgolfières ou des aérostats à gaz hydrogène.

C'est à cette époque, c'est-à-dire en 1784, que Blanchard, dont le nom était destiné à devenir célèbre dans les fastes de l'aérostation, fit à Paris sa première ascension.

Avant la découverte des ballons, Blanchard, qui possédait le génie, ou tout au moins le goût des arts mécaniques, s'était appliqué à trouver un mécanisme propre à naviguer dans les airs. Il avait construit un bateau volant, machine atmosphérique armée de rames et d'agrès, sur laquelle nous aurons à revenir en parlant du parachute, et avec laquelle il se soutenait quelque temps dans l'air, jusqu'à quatre-vingts pieds de hauteur. En 1782, il avait exposé sa machine dans les jardins d'une maison de la rue Taranne. La découverte des aérostats, qui survint sur ces entrefaites, le détermina à abandonner les recherches de ce genre, et il se fit aéronaute.

Sa première ascensi(^i au Ghamp-de-Mars eut lieu

Ifi 2 mars 1784, en présence de tout Paris, que le brillant succrs des expériences précédentes avait rendu singulièrement avide de ce genre de spectacle.

Blanchard s*éleva au-dessus de Passy, et vint descendre dans la plaine de Billancourt, près de la manufacture de Sèvres ; il ne resta que cinq quarts d'heure dans Tair.

(]ett(î ascension si courte fut marquée néanmoins par une circonstance curieuse. Tout le monde sait aujourd'hui qu'un aérostat ne doit jamais être entièniment gonflé au moment du départ; on le remplit s(;ul(;ment aux trois quarts environ. 11 serait dang(T(;ux, on quittant la terre, de l'enfler complète- UHînt; car, à mesure que l'on s'élève, les couches al Miosphériques diminuant de densité, le gaz hydrogèn(î renfermé dans l'aérostat acquiert plus d'expansion, en raison de la diminution de résistance de l'air (îxlérieur. Les parois du ballon céderaient donc à l'effort (lu gaz, si on ne lui ouvrait pas une issue. Aussi l'arîronauUî observe-t-il avec beaucoup d'attention l'état de l'aérostat, et lorsque ses parois très distendues indiquent une grande expansion du gaz intérifîur, il ouvre la soupape et laisse échapper un peu d'hydrogène. Blanchard, tout à fait dépourvu de connaissances en physique, ignorait cette particularité. Son ballon s'éleva, gonflé outre mesure, et l'imprudent aéronaute, ne comprenant nullement le péril qui * le menaçait, s'applaudissait de son adresse, et admirait ce qui pouvait causer sa perte. Les parois du ballon font bientôt effort de toutes parts ; elles vont éclater. Blanchard, arrivé à une hauteur considérable, cède moins à la conscience du danger qui le menace, qu'à l'impression d'épouvante causée sur lui par l'im-

mensité des mornes et silencieuses régions au \ desquelles Taérostat Ta brusquement transpor ouvre la soupape, il redescend, et cette terreur taire Tarrache au péril où son ignorance Tentral Blanchard se vanta de s*être élevé à quatre mille très plus haut qu'aucun des aéronautes qui l'avait cédé, et il assura avoir dirigé son ballon contre le \i à l'aide de son gouvernail et de ses rames. Mais physiciens, qui avaient observé l'aéiçpstat d'un li élevé, démentirent son assertion, et publièrent que 1 variations de sa marche devaient être uniquement a tribuées aux courants d'air qu'il avait rencontrés, l comme il avait écrit sur les banderoles de son ballon e sur les cartes d'entrée au Ghamp-de-Mars, cette devise fasfueuse : Sic itur ad astra, on lança contre lui cette épigramme :

Au Champ-de-Mars il s*cnvola, Au champ voisin il resta là ; Beaucoup d'argent il ramassa.

Messieurs, Sic itur ad astra.

Le 4 juin 1784, la ville de Lyon vit une nouvelle ascension aérostatique, dans laquelle, pour la première fois, une femme, madame Thible, brava, dans un ballon à feu, les périls d'un voyage aérien. Cette belle ascension fut exécutée en l'honneur du roi de Suède, qui se trouvait alors de passage à Lyon.

Pilâtre de Rozier et le chimiste Proust exécutèrent bientôt après, à Versailles, en présence de Louis XVI et du roi de Suède, un des voyages aérostatiques les plus remarquables que l'on eût encore faits.

L'appareil était dressé dans la grande cour du château. A un signal qui fut donné par une décharge de

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nhnousqueterie, une tente de quatre-vingt-dix pieds de Jhauteur qui cachait l'appareil, s'abattit soudainement, ^et Ton aperçut une immense montgolfière, maintenue par cent cinquante cordes, que retenaient qua- ''- tre cents ouvriers. Dix minutes après, une seconde décharge annonça le départ du ballon, qui s'éleva avec une lenteur majestueuse, et alla descendre près de Chantilly, à treize lieues de son point de départ.

Proust et Pilâtre de Rozier parcoururent, dans ce voyage, la plus grande distance que l'on ait jamais franchie avec une montgolfière ; ils atteignirent aussi la hauteur la plus grande à laquelle on puisse s'élever avec un appareil de ce genre. Ils demeurèrent assez longtemps plongés dans les nuages et enveloppés dans la neige qui se formait autour d'eux.

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