CHAPITRE
Expérience faite h Versailles, le 19 septembre 1783, en présence de Louis XVI.
L'Académie des sciences de Paris avait, comme nous l'avons dit, invité Etienne Montgolfier à se rendre à Paris. Etienne Montgolfier s'était conformé à ce désir.
Il avait assisté à l'ascension du Champ-de-Mars, et il prenait les dispositions nécessaires pour répéter, conformément au vœu exprimé par l'Académie des sciences, l'expérience du ballon à feu telle qu'il lavait exécutée à Annonay.
11 s'établit dans les immenses jardins de son ami Réveillon, ce fabricant du faubourg Saint-Antoine dont la ruine devait, quelques années après, marquer si tristement les premiers jours de la révolution française.
L'aérostat que fit construire Etienne Montgolfier avait des dimensions considérables ; sa forme était assez bizarre. La partie moyenne représentait un prisme haut de huit mètres, le sommet une pyramide de la même hauteur, la partie inférieure un cône tronqué de six métrés ; de telle sorte que la machine entière, de la base au sommet, comptait .vingt-deux mètres de hauteur, sur quinze environ de diamètre. Elle était faite de toile d'emballage doublée d'un fort papier au dedans et au dehors, et pouvait enlever un poids de 1,250 livres.
L'Académie des sciences avait envoyé une commission, pour assister à la première ascension de cette belle machine. Malheureusement, le ballon fut gravement endommagé pendant cet essai. Un orage étant survenu au moment même où il était à demi gonflé et retenu par des hommes, au moyen de cordes, le vent et la pluie le mirent en lambeaux. Il fallut donc se décider à en construire un autre, pour l'expérience qui devait être faite devant le roi, le 19 septembre.
Aidé de ses amis, Montgolfier se mit à l'œuvre, et construisit en cinq jours un second aérostat, plus solide que le premier. Sa forme était sphérique, et il
Montgolfière lancée h Versailles en présence du Roi.
était composé d'une toile de coton, que l'on peignit en bleu, relevé d'ornements d'or.
Le 19 au matin, la nouvelle machine fut transportée à Versailles, où tout était prêt pour la recevoir.
Dans la grande cour du château, on avait élevé une vaste estrade, percée en son milieu d'une ouverture circulaire de cinq mètres de diamètre destinée à loger le ballon ; on circulait autour de cette estrade, pour le service de la machine. La partie supérieure, ou le dôme du ballon, était déprimée et reposait sur la grande ouverture de 1 echafaud, à laquelle elle servait de voûte ; le reste des toiles était abattu et se repliait circulairement autour de l'estrade, de telle sorte qu'en cet état la machine ne présentait aucune apparence, et ne ressemblait qu'à un amas de toiles entassées et disposées sans ordre. Le réchaud de fil de fer qui devait servir à placer les combustibles reposait sur le sol. On enferma dans une cage d'osier, suspendue à la partie inférieure de l'aérostat, un mouton, un coq et un canard, qui étaient ainsi destinés à devenir les premiers navigateurs aériens.
A dix heures du matin, la route de Paris à Versailles était couverte de voitures ; on arrivait en foule de tous les côtés. A midi, la cour du château, la place d'armes et les avenues environnantes, étaient inondées de spectateurs. Le roi descendit sur l'estrade, avec sa famille ; il fit le tour du ballon, et se fit rendre compte par Montgolfier des dispositions et des préparatifs de l'expérience. A une heure, une décharge de mousqueterie annonça que la machine allait se remplir. On brida quatre-vingts livres de paille et cinq livres de laine. La machine déploya ses replis, se gonfla rapidement, et développa sa forme imposante. Une seconde décharge
annonça qu'on était prêt à partir. A la troisième, les cordes furent coupées, et l'aérostat s'éleva pompeusement, au milieu des acclamations de la foule.
Il atteignit rapidement une grande hauteur, en décrivant une ligne inclinée à l'horizon que le vent du sud le força de prendre, et demeura ensuite immobile. Cependant il ne resta que peu de temps en l'air. Une déchirure de sept pieds, amenée par un coup de vent subit, au moment du départ, l'empêcha de se soutenir longtemps.
Il tomba, dix minutes après son ascension, à une lieue de Versailles, dans le bois de Vaucresson. Deux gardes-chasse, qui se trouvaient dans le bois, virent la machine descendre avec lenteur et ployer les hautes branches des arbres sur lesquels elle se reposa. La corde qui retenait Ja cage d'osier s'embarrassa dans les rameaux, la cage tomba, les animaux en sortirent sans accident.
Le premier qui accourut pour dégager le ballon, et pour reconnaître comment les animaux avaient supporté le voyage, fut Pilàtre de Rozier. Il suivait avec une passion ardente les débuts de cet art, qui devait faire un jour son martyre et sa gloire.