‹ Les âEtats de la vicomtâe de Turenne (volume 2)Chapitre 2 sur 74 · LA VICOMTE DE TU RENNE · texte numérisé non relu

LA VICOMTE DE TU RENNE

La ricaria Torinensis. — Le pag us Torinensis aux vin' et ix' siècles. — Testament d'Adémar des Echelles (vers 930). — Erection du territoire de Turen.no en vicomte (fin du x° siècle). — Démembrement de 1251. — Fiefs hommages. — La vicomte en 1350. — La terre de Chameyrat. — Vente de la seigneurie de Larche, en 1442. — Dénombrement des paroisses de la vicomte aux xvie et xvne siècles. — Les châtellenies du Périgord ne sont pas représentées aux Etats. — Limites de la vicomte au xvme siècle. — Cantons qu'elle a formés en tout ou en partie dans les départements de la Corrèze, du Lot et de la Dordogne. — Nombre des villes, villages et hameaux compris dans ses limites.

La vicomte de Turenne n'a pas été constituée d'une seule pièce, en empruntant ses limites à une circonscription territoriale préexistante.

La plus anciennement connue des subdivisions

régionales, la incaria Torinensis de la première période mérovingienne, dont la superficie était assez exactement déterminée (1), s'était fondue, dès le vnie siècle, dans un arrondissement géographique plus vaste et moins bien défini, désigné sous le nom de pagus Torinensis (2). Des possessions nouvelles ne tardèrent pas à se grouper autour de ce novau. Dans la seconde moitié du ixe siècle, le pagus Torinensis avait une étendue considérable, englobait les anciennes vicairies do Sérilhac (3), d'Espagnac (4), de Rosiers (5), dePuyd'Arnac (6), et une partie de celles de Brive (7),

(1) Elle avait pour limites, au sud, les limites mêmes de YOrbis Lemovicinus (limites de l'ancien diocèse de Limoges, do la province du Bas-Limousin, et aujourd'hui du département de la Corrèze) ; était bornée, à l'ouest, par la vicairie de Chasteaux (canton de Larche, Corrèze) ; au nord, par la vicairie de Brive ; au nord-est, par la vicairie de Sérilhac (dans le canton de Beynat, Corrèze) ; et à l'est, par la vicairie de Puy d'Arnac (canton de Beaulieu, Corrèze). Elle mesurait environ cinq lieues dans sa plus grande largeur, de l'est à l'ouest, et deux lieues dans son plus grand diamètre, du nord au sud. (Voir la carte du pagus ou Orbis Lemovicinus jointe au Cartulaire de l'abbaye de Beaulieu, publié par M. Maximin Deloche).

(2) On le trouve quelquefois désigné sous le nom de pagus Tornciiscs. — Il semble avoir absorbé, dès cette époque, la partie sudouest de la vicairie de Sérilhac. (Maximin Deloche, Etudes sur la Géographie historique de la Gaule, p. 151).

(3) Vicaria Sariacensis ou Scriacensis . Sérilhac est aujourd'hui un chef-lieu de commune du canton de Beynat (Corrèze).

(4) Vicaria Spaniace/isis. Espagnac, chef-lieu de commune du canton de La Roche-Canillac (Corrèze).

(5) Vicaria Rosiarcnsis. Rosiers-d'Egletons, chef-lieu de commune du canton d'Eglctons (Corrèze).

(6) Vicaria Asnacensis ou de Asnago. Puy-d'Arnac, chef-lieu de commune du canton de Beaulieu (Corrèze).

(7) Vicaria Brkensis. Brive, chef-lieu d'arrondissement.

— ir> —

de Beynat (1) de Naves (2), de Bar (3) et d'Argental (1): il débordait dans la vicairie de Casillac (5), en Quercy, et remontait, vers le nordest, jusqu'à Meymac (6), baigné d'un coté parla Corrèze et de l'autre par la Dordogne.

1 Vicaria Beonnatensis . Beynat, chef-lieu de canton (Corrèze).

2 Vicaria Navensis. Naves, chef-lieu de commune du canton nord de Tulle (Corrèze).

(3) Vicaria Barrensis ou Barinsis. Ba-v, chef-lieu de commune du canton de Corrèze (Corrèze).

(-1) Vicaria Argentadensis ou de Argcntado. Argentat, chef-lieu de canton (Corrèze) .

(5) Vicaria Casiliacensis, sur la rive droite de la Dordogne. D'après Justel (Histoire généalogique de la maison de Turenne,

p. 18). « Le pais de Turene s'estendoit lors, du costé du midy, au delà de la Dordogne, jusques à Aynac (Xniciacus) qui est aujourd'hui- de l'hommage du Vicomte de Turene, et Casillac, Stranqucl et Cavagnac, proche du ruisseau de Tormcnte, et de la ville de Turene. » Nous hésitons à admettre, avant le xm° siècle, ce prolongement du pagus Torinensis jusqu'à Aynac, chef-lieu d'une vicairie quercinoise. Si les documents contemporains mentionnent la Vicaria Casiliacensis, in pago Torinensi, ils ne rattachent pas au même pagus la Vicaria Asnacensis du Quercy. Il est certain que la domination des seigneurs de Turenne s'est exercée, dès une époque reculée, au ix° et au x° siècles, dans la partie de la vicairie de Casillac qui avoisinait le pays de Turenne, notamment sur Sarazac et Vayrac (voir le testament d'Adémar, dans Baluze, llistoria Tutelensis, col. 333 et s.), Strenquels et Cavagnac. Il est possible même qu'elle ait atteint jusqu'à Souillacet Lansac ; maison ne peut admettre, sans preuve certaine, que ces seigneurs aient incorporé dans leur domaine le pays à" Aynac (aujourd'hui canton de La Capelle-Marival, dans le Ilot), sur la rive gauche et à une assez grande distance de la Dordogne. Justel n'a-t-il pas commis une confusion ? Il existait, au x° siècle, deux vicariœ Asnacensis : l'une limousine, avec Puy-d'Arnac pour chef-lieu ; l'autre quercinoise, avec Aynac pour centre administratif. La vicaria Asnaccn*i* du Limousin dépendait indubitablement du pagus Torinensis ; nous ne croyons pas que la vicaria Asnacensis du Quercy ait appartenu en totalité à cette époque au même pagus. (Cf. Léon Lacabane, Observations sur lu Géographie et l'histoire du Quercy et du Limousin, pp. 56 et s.). M. Max 1 min Delochc nous paraît être dans la vérité, fii ne donnant, au pagus Torinensis de la fin du ix° siècle qu'une partie de la vicairie de Casillac en Quercy. (Etudes sur la Gêogr. his t. de la Gaule, p. 153).

(6) Meimacum (Meymac, chef-lieu de canton du département de la Corrèze) était situé au nord de la vicairie de Rosiers.

L'immense domaine créé par les comtes Rodulfe, GodelVoi et Robert, premiers seigneurs connus de Turenne, s'était encore accru, lorsque Adémar des Echelles, un des membres de cette puissante famille, fit, vers 930, une magnifique donation à l'abbaye de Tulle (1). Bernard, que Ton croit être le fils d'Adémar, n'en recueillit pas moins, dans l'héritage paternel, des territoires considérables. C'est lui, d'après Justel (2), qui les érigea en vicomte, à la fin du xe siècle, et commença la longue et brillante lignée des vicomtes de Turenne. Nous n'avons pas le dénombrement de ses possessions à cette époque initiale de la vicomte.

Un document du xme siècle nous donne la liste des villes et châtellenies qui constituaient alors la vicomte de Turenne. Dans la première moitié de ce siècle, elle comprenait :

1° En Limousin : les châtellenies de Turenne (3), de Curemonte (4), de Larche (5) et leurs dépendances, les villes et territoire de Beaulieu (6) et de Brive,

(1) Voir, dans Baluze [Hist. TutcL, col. 333 338), rénumération des biens légués à l'abbaye de Tulle par le testament d'Adémar.

(2) Justel, Hist. gcnèal. de la Maison de Turenne, p. 15.

(3) Chef-lieu de la vicomte, aujourd'hui chef-lieu de commune du canton de Meyssac (Corrèze).

(4) Chef-lieu de commune du canton de Meyssac (Corrèze).

(5) Chef-lieu de canton du département de la Corrèze.

(6) Chef-lieu de canton du département de la Corrèze, siège d'une importante abbaye.

2° En Quercy : leschâtelleniesde Montvalent (1), de Floirac 2), de Mirandol (3), do Saint-Michel (4), de Cazillac (5), de Saint-Céré (6), de Gagnac (7), de Bétaille (8), de Souillac (9), de Creysse (10) et leurs dépendances, la ville et le territoire de Martel (11).

3° En Périgord : leschâtelleniesde Salignac(12), de Ribérac (13), d'Espeluche (14),deMontfort(15),

(1) Chef-lieu de commune du canton de Martel (Lot).

(2) Chef-lieu de commune du canton de Martel.

(3) Paroisse de Gluges et commune de Martel.

(4) Aujourd'hui Saint-Michel-de -Bannières, chef-lieu de commune du canton de Vayrac (Lot).

(5) Chef-lieu de commune du canton de Martel.

(6) Petite ville, chef-lieu de canton du département du Lot.

(7) Gaignac ou Ganihac, aujourd'hui Gagnac, chef-lieu de commune du canton de Bretenoux (Lot).

(8) Chef-lieu de commune du canton de Vayrac.

(9) Chef-lieu de canton du département du Lot.

(10) Chef-lieu de commune du canton de Martel.

(11) Petite ville, chef-lieu de canton du département du Lot.

(12) Salanhac ou Salanac, aujourd'hui Salignac, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Sarlat (Dordogne), ancienne chàtellenie qui comprenait dix paroisses en leur entier et la paroisse de Saint- Bonnet en partie.

(13) Chef-lieu d'arrondissement de la Dordogne, ancienne chàtellenie qui comprenait dix-sept paroisses.

(14) Espelucha, aujourd'hui Espeluche, chef-lieu de commune du canton de Ribérac, ancien repaire noble avec titre de vicomte dès le mi siècle, relevait de la chàtellenie de Ribérac.

15 Section de la commune de Vitrac (Dordogne), ancienne châ: tellenie unie à Aill;i<\

d'Aillac (1), de Carlus (2), de Terrasson (3), avec leurs dépendances.

Et « généralement tous fiefs et seigneuries, depuis la ville de Martel jusqu'à la cité de Cahors d'une part, et jusqu'à la cité de Limoges d'autre part, et jusqu'à la ville d'Egletons encore d'autre part (4). »

Du vivant de Raymond V, la vicomte rayonnait ainsi sur trois provinces. A sa mort, un partage intervint entre son fils Raymond VI et sa fille Héliz, épouse d'Hélie de Rudel, et fut sanctionné par une sentence arbitrale que certifia la reine Blanche, mère de saint Louis, en 1251. On vient de voir la composition du lot réservé au vicomte.

(1) Chef-lieu de commune du canton de Carlux (Dordogne), ancienne chàtellenie ; d'Aillac et de Montfort dépendaient six paroisses : Aillac, Carsac, Caudon, Proissans, Sainte-Natalène et Saint- Vincent de Paluel.

(2) Chef-lieu de canton, ancienne chàtellenie qui dépendait du diocèse de Cahors et comprenait dix-neuf paroisses.

(3) Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Périgueux. En 1363, Terrasson n'était rattaché à la vicomte de Turenne que par des liens d'hommage.

(4) « Et generaliter homaqia, feada et dominia ad dictum vicecomitatam pertinentia* a villa Martelli usque ad civitatem Caturcensem, et usque ad civitatem Lemovicensem^ et usque ad villani del Glotons. » Sentence arbitrale de 1251, rapportée par Justel aux preuves de YHist. généal. de la Maison de Turenne, pp. 52 et s.

Le passage de la sentence, que nous venons de citer, nous démontre combien est incomplète, surtout pour le Bas-Limousin, l'énumération des chàtellenies de la vicomte que nous avons empruntée au même document.

Voy. Lettres d'Elie Rudel et d'Hélis de Turenne énum^rant les possessions qu'ils abandonnent à Raymond VI, vicomte de Turenne, et à ses héritiers, du 25 juin 1251, publiées par M. Vayssière dans le Bull, de la Société scient, hist. et arch. de la Corrèzc, t. VIF, p. 341.

Aux termes du même acte, les chàtellenies do Ribérac, d'Espeluche, de Carlux, de Salignac, de Larche, de Terrasson, de Souillac, de Montfort, d'Âillac et de Creysse furent démembrées de la vicomte el attribuées à Hélie de Rudel; elles (levaient rentrer plus tard, mais quelques-unes privées de leurs plus précieuses franchises, en la possession du vicomte.

A cette même époque, en outre des membres constitutifs de la vicomte, des devoirs d'hommage mettaient dans sa dépendance un certain nombre de fiefs importants, notamment les chàtellenies de Gimel (1), de Carbonnières (2) et de Castelnau de Bretenoux (3).

Un siècle après la sentence de la reine Blanche, la vicomte passait en d'autres mains ; elle était vendue par la vicomtesse Cécile à Guillaume Roger. L'acte d aliénation du 26 avril 1350 contient une énumération, certainement incomplète, des chàtellenies et localités qui la composaient alors. Xmis y trouvons mentionnés les châteaux et chàtellenies de Turenne, de Saint-Céré, de Ser-

(1) Chef lieu do commune du canton sud de Tulle, chàtellenie hommagée h La vicomte de Turcnnc en 1163.

Voy. le Relevé des terres et fiefs les plus distingués qui relèvent d" la vicomte de Turenne. (Bulletin de la Société scientifique de il rn-e, t. 2, pp. 411 et s.).

(2 Commune de Goulles, canton de Mercœur (Corrèze) ; chàtellenie hommagée en 1272 [ubi supra,.

(3) Commune et canton de Bretenoux (Lot), ancienne chàtellenie importante, hommagée en ll-si. 1221 ei 1236 (ubi supra) .

vières (1), de Soursac (2) et de Saint-Merd (3), de Gagnac, de Bétaille, de Monivalentet de Malemort (4) en partie, les localités de La Bastide (5), d'Aynac (6), de Dampniat (7) et de Chameyrat (8), les baillages de Lestrade (9), de Creysse, de Croze (10), de Cousages (11) et de Brivesac (12), enfin les villes de Brive, Beaulieu et Martel (13).

Si Ton compare cet état de la vicomte à celui qui nous est donné par la sentence de 1251, on constate quelle a reconquis Creysse et s'est avancée

(1) Chef-lieu de commune du canton de Saint-Privat (Corrèze).

(2) Chef-lieu de commune du canton de Lapleau (Corrèze).

(3) Chef-lieu de commune du canton de Lapleau (Corrèze).

(4) Chef-lieu de commune du canton de Brive.

(5) Très probablement La Bastide d'Engraulier (d'après M. Champeval) commune de Laval, canton de Lapleau.

(6) Chef-lieu de commune, canton de La Capellc-Marival (Lot).

(7) Chef-lieu de commune du canton de Brive.

(8) Chef- lieu de commune du canton sud de Tulle. (9).Châtellenie de Létrange, commune de Lapleau, ou, peut-être,

de Lestrade commune de Nonards, canton de Beaulieu. (identification proposée par M. Champeval).

(10) Commune de Sarrazac, canton de Martel.

(11) Hameau de la commune de Chasteaux, canton de Larche, siège d'une ancienne chàtellenie.

(12) Chef-lieu de commune du canton de Beaulieu.

(13) Vente de la vicomte par Cécile, comtesse d'Urgel et vicomtesse de Turenne, à Guillaume Roger, du 26 avril 1350. — Elle vend : dictum vicccomitatum suuni Turenœ, cum universîs juribus et pertinentiis suis, et nonxinatini castrum et castellatiiaiu Turcnœ, et castrum et castellaniam Sancti Sereni, et castrum et castellaniam Serueriœ, et loca de Soursaco et S. Medardi, et medletatem loci de Bastida, et castrum et castellaniam de Gannaco, et castrum et castellaniam de Bctallia, et castrum et castellaniam Montisvalentis, et loca de Anssenaco, Item vigeriam seu bayliam de Lestrada. Item bayliam de Croysses. Item et baylias de Croczzio, de Cozagio et de Brivesio. Item loca de Dampnhaco, de Chamayraco. Item et cam partem castride Malomorte, nec non et villarum Brivœ et licUiloci et Martclli. » (Justel. Itist. géncal. de la Maison de Turenne. Preuves, p. 103.

jusqu'à Aynac dans le Quercy, et qu'elle a étendu st^s limites en Limousin où Hl<% englobe une partie du territoire qui compose actuellement les cantons de Saint-Privat, de Lapleau et de L arche. Il n'est pas question de ses possessions en Périgord.

La terre de Chameyrat, située aux portes de Tulle, était-elle, dès cette époque, membre de la vicomte i Maigre l'indication de l'acte de vente de 1350, on peut en douter. Nous trouvons, en effet, dans une donation du 10 avril 1413, consentie par la vicomtesse Antoinette au maréchal de Boucicaut, son époux, une distinction nettement établie entre la vicomte proprement dite et la terre de Chameyrat. La vicomtesse laisse à son mari le choix entre la vicomte de Turenne, d'une part, et différentes possessions en Bas-Limousin, d'autre part, notamment Chameyrat (1). Si cette localité n'était alors qu'une propriété particulière de la maréchale, elle ne devait pas tarder à être incorporée à la vicomte.

Nous ne constatons au xve siècle qu'une seule modification : la seigneurie de Larche, qui dépendait depuis longtemps de la vicomte, en fut démem-

(1) « Et encores d'abondant ladite dame voulant sondit mary mieux récompenser, a donné, cédé, transporté audit seigneur..'. laquelle des terres dessus déclarées qu'il voudra eslire. c'est assavoir la comté de Beaufort en Vallée, ou la vicomte de Turenne, ou Bousols, Fay et Baignols, ou Pontgibault, Montredont, Granges, Nebousac, Sainl Alary, Chameyrac, ou autres terres de Limosin, Meyrat, cl Talues. » (Baluze. //:>/. généalogique de la Maison d'Auvergne, t. II. i». 222).

brée par la vente que le vicomte Jacques de Pons en consentit, en 1442, au duc de Penthièvre (1).

Elle avait atteint à ce moment son développement définitif. Les cahiers des Etats, les renseignements donnés par Juste], la carte qui accomgne son Histoire, nous en font connaître assez exactement l'étendue aux xvie et xvne siècles.

Pendant cette longue période et jusqu'à son union à la Couronne, elle se composait des paroisses suivantes :

Page 1