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LA FRANCE AUX ANTILLES

De tout temps Haïti a offert une hospitalité généreuse et fraternelle aux blancs et donné des emplois grassement rétribués aux individus de race africaine qui fuyant la misère ou la persécution y ont été établir leurs pénates.

La nation haïtienne a toujours eu à se repentir de sa sentimentalité à l'égard des uns et des autres. Dès l'instant qu'ils ne sont plus faméliques, ces hôtes reconnaissants calomnient le pays qui les a hébergés ou qui les nourrit.

Ce^t ainsi que quelques petits trafiquants — pour le plus grand nombre nés dans les Antilles et qu'on confond toujours avec les Haïtiens — qui habitent Port-au-Prince, ont cru devoir écrire à M. Gerville-Réache, député de la Guadeloupe, pour lui faire un récit circonstancié et détaillé des événements qui ont eu lieu dans cette ville les 22 et 23 Septembre

M. Réache dont la bonne foi ne peut être mise en doute, a été certainement trompé par ses correspondants^ pour honorables qu'il les veuille tenir, et il est facile de démontrer^ à travers le fatras de leurs assertions fantaisistes ou hasardeuses, l'ignorance où ils sont des principes les plus élémentaires du droit international (2).

(1) REPUBLIQUE RADICALE du 22 décembre 1883.

(2) Ces joiirnées des 22 et 23 septembre sont fertiles en enseignements, bons à retenir. Si les gouvernants haïtiens vetdent continuer à être sentimentaux envers les étrangers qui ont insulté Vhonneur national et les finanç'aillons, ils perdront toute popularité. Je les préviercs. Si éloigné que je sois de vion pays, j^ai la viain sur son coeur et je le sens battre.

Ainsi d'après un de ces naïfs correspondants, un marin, un commandant d'aviso, peut signer un ultimatum diplomatique en lieu et place d'un ministre-résident officiellement accrédité^ dans le cas même que cet agent diplomatique refuse formellement de signer ledit ultimatum.

D'après un autre le corps diplomatique de Port-au-Prince aurait pu demander la «confiscation des droits de douanes d'Haïti jusqu'au parfait payement des pertes éprouvées par les étrangers, et à l'occupation de la ville de Port-au-Prince, en cas de non-acceptation par les puissances les plus autorisées».

Les épiciers peuvent n'être pas au courant des règles du droit des gens, mais on est étonné de voir que^ dans la séance de la Chambre des députés du 14 Décembre^ M. Réache ait pu venir soutenir à la tribune que le corps diplomatique de Port. au-Prince aurait pu signifier un ultimatum au gouvernement d'Haïti pour porter celui-ci à empêcher que ne se produisissent des événements qui n'étaient pas prévus ou que personne ne pouvait prévoir.

Aucun homme qui a fait des études politiques consciencieuses ne peut ignorer qu'un agent diplomatique qui se permet d'intervenir dans les affaires intérieures d'un pays où il est accrédité peut recevoir du gouvernement de ce pays ses passeports.

C'est ce qu'a fort bien compris le ministre du pays qui fait le plus grand commerce avec Haïti : le chargé d'affaires des Etats-Unis n'a voulu signer aucune note portant menace contre le gouvernement haïtien.

M. Réache a encore prétendu que les Haïtiens acceptaient toujoiu^ en principe, de payer des indemnités aux étrangers, mais qu'ils ne les payaient point.

C'est là luie allégation aussi attentatoire à l'honneur d'un peuple très chatouilleux de son orgueil national que dénué de fondement^ et M. Jules Ferry a iininédiatement et victorieusement fourni une preuve de l'erreur dans laquelle les correspondants de M. Réache avaient eu soin de le tenir.

Que le député de la Guadeloupe permette à un Haïtien qui ccnnait les choses des AntUles^ de lui rappeler ici que ce sont les lourdes indenuiités quHaiti a trop souvient payées aux aventuriers de toutes les couleurs qui l'ont ruinée et la ruinent encore; que foule d'injustes réclamations, adressées aux divers gouvernements haitiens et acceptées par eux ont enrichi illicitement des étrangers, et que la nation haïtienne est maintenant décidée à ne faire droit aux réclamations qui lui seront ultérieurement adressées qu'après avoir minutieu. sèment vérifié la légitimité.

La République haitienne est souveraine autonome et ses gouvernants n'ont à rendre compte à personne de la façon dont ils répriment les émeutes. Si les étrangers ne se trouvent pas en sûreté en Haïti qu'ils n'y aillent point. Ils y vont de leur bon gré. Personne ne les retient.

Quand on va se fixer dans un pays avec l'intention d'y tenter fortune c'est que, implicitement^ on se soumet à ses hasards, à ses usages et à ses lois. H n'y a que les ambassades les légations qui jouissent du plein droit d'arborer leur drapeau cela par privilège d'exterritorialité^ l'hôtel d'im résident étranger, officiellement accrédité^ étant censé une partie de la patrie qu'il représente.

En tant que particulier, un étranger n'a jamais le droit de faire flotter le drapeau de sa nation sur la maison qu'il habite. S'il plante un drapeau chez lui^ il commet un abus auss^ fib- £urde qu'mtolérable, U agit contre le bon sens et la raison.

Les Haïtiens peuvent voir de quels sentiments sont animés envers eux les gens de toutes provenances qui vont en Haiii sous prétexte de faire des affaires commerciales. C'est aux patriotes d'Haiti^ qui ne sont pas hantés par la manie des sentimentalités enfantines^ de restreindre le plus possfble les droits des étrangers dans leur pays^ et de ne pas donner droit de propriété foncière à des individus qui sont si près de recourir aux dernières extrémités de la violence pour appuyer leurs réclamations excessives, alors même qu'ils n'ont eu à déplorer que la perte momentanée de quelques minces intérêts mobiliers (1).

(1) Les Européens qui vont s^étahlir en Haiti soils prétexte de jaire le commerce veulent toujours se cwiduire chez nous comme s'ils étaient <eni pays conquis. Pour que soient accomplis les machiavéliques desseins qu^ils nourrissent contre n<Mre indépendance, ils voudraient nou^ voir oublier les recommandations lea plus sages et les plus sacrées que nous ont faites nos aïeux; ils ne paient pas dhmjpôts, et pourtant à chaque \nstant ils nous mettent le poignard sur la gorge pour nous réclamer des indemnités odieusement exorbitantes et vexatoîres, en réparation de pertes ^natérielles que, le plus souvent, ils n'oiit point éprouvées.

La singulière attitude de leurs gouvernements respectifs les encourage à suivre cette condidte déplorable dcmt les conséquences sont préjudiciables aux iyitérêts de tous : les Haïtiens se voyant rançonnés trop sou. vent refusent plus que jamais d'ouvrir leur pays aux étrangers.

Le 5 février 1884. M. Jules Ferry, miniatre des affaires étrangères en France, adressait une dépêche à M. Burdel, chargé d^affaires de France eii Haïti, pour lui mander que "le règlement des dominages subis par les Français, habitant Port-au-Princei au 22 septembre, ne porterait aucun préjudice au paiement des indemnités dues pour faits antérieurs. D^avttre part, ajoutait.il, il demeure entendu que «les Chambres haïtien-

Pour finir, il faut qu'on apprenne à M. Pierre Alype qu'un commandant de navire de guerre n'a le droit, dans aucun cas dé commettre acte d'hostilité dans un pays qui n'ost pas en guerre avec celui dont son va'sseau porte les couleurs.

En droit international strict cette théorie comme toutes

nés n'^auront à délibérer que sur le mode de paiement, Inexistence et Vobligation de la dette devant rester en dehors de toute contestation". En signant cette dépêche, M. Ferry ne faisait que partager la manière de voir' de l'ambassadeur d'/talie à Paris, lequel, d^ordre de son gouvernement, av.ait remis à M. Ferry une note en ce sens pour êtra envoyée en Haïti. Je. ne sais, comment pareille dépêche eût été reçue par le Parle ment des Etats-Unis, mais il est plus que probable qu'on n'eût pas parlé de lui dans des termes si dédaigneux. Le Parlement haïtien avait le droit de contester l'existence de cette dette ou tout au moins de recourir à un arbitrage pour en reconnaître la légitimité,

M. le ministre des affaires étrangères de France terminait sa dépêche par cette phrase significative : <■ Vous ne moucherez pas, d'ailleurs, de me tenir au courant du résultat de vos démarches, et de mon côté, si une intervention collective était reconnue nécessaire, pour hâter la li^ quidation promise, je n'hésiterais pas à négocier une entente avec les diverses puissances intéressées, sur les dispositions à prendre. » (Documents diplomatiques de la République d'Haïti, 1881-1884. Imprimés par ordre du gouvernement haïtien, Port-au Prince, 1884, Ire partie, page 10.) Tout de suite la menace, tout de siiite le ton comminatoire pour exiger pyaiement d'indemnités qui, légalement, ne sont point dues. Et les nation? européennes s'étonnent de reiicontrer partout des murailles de Chine devant' elles. La prudence la plus ordinaire nous conseille, à nous Haïtiens, de n'être plus sentimentaux, confiants jusqu'à la témérité, jusqu'à l'enfantillage.

D n'y a jamais eu de menace dMntervention collective de la oart des

les précédentes, d'ailleurs, serait pour le moins singulière. On les peut qualifier de bizarres lorsqu'elles sont formulées par la bouche de députés français qui passent pour réptdrfi» cains et instruits. Elles méritent bien plus encore cette qualification lorsqu'elles sont produites à la tribune au couis d'une discussi<m de petite importance relative aux affaires 'd'une jeune république noire, fille et amie de la République française.

Que MM. Pierre Alype et Réache se souviennent que toutes les doctrines de la Révolution française, dont on se réclame aux Antilles comme en France, peuvent être résumées cristallisées dans cette seule phrase de Meriin de Thionville: «Guerre aux châteaux, paix aux chaumières.»

Eiu-opéens contre les Etats-Unis depuis 1866; et pourtant, d^mie la fia die la guerre de sécession, le gouvememenit fédéral refv^e de payer le& indemnités aux Eur<^>éens qui ont perdu toute leur fortune par le fait de cette guerre.

Le droit international doit être un pour tous, le même contre et pour les iort3, c[ue pour et contre les faibles, sans quoi le principe : *La force prime le drait» serait le seul arbitre des affaires du monde. Ce principe est contraire aux idées de la Révolution française at n^est en somme qu'un retour à la barbarie du m4>yen âge.

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