V. . — Insomnie, cauchemars
VI. — Atonie digestive, anorexie, soif, tympanisme, vomissements, constipation, oligurie.
VII. — Asthénie circulatoire : cœur battant sans force; pouls mou, dépressible; — algidités périphériques d'une étrange intensité; refroidissement glacial., cadavérique, des extrémités, qui, de temps à autre, sont le siège de phénomènes alternatifs d'asphyxie et de syncope; les mains, par exemple, deviennent tour à tour bleues, violettes, cyaniques, ou bien exsangues, décolorées, absolument blan-
HYSTÛltO
-NEUnASTHKNIE.
ches; en un mot, véritable é])auclie de la maladie
de Raynaud.
VIII. — D'autre part et simidtanément, invasion de divers symptômes d'ordre hystérique. Ainsi : phénomènes d'anesthésie, et d'anesthésie mobile, tantôt partielle, tantôt affectant une moitié du corps; — obnubilation du goût et de l'odorat; — rétrécissement du champ visuel; — affaiblissement de l'ouïe; - — spasmes oculaires, etc.^
Ne trouvez-vous pas là, messieurs, tout un ensemble de symptômes hystéro- neurasthéniques? Et même, je le répète, cet ensemble n'est-il pas celui de l'hystéro-neûrasthénie commune , telle qu'elle a été décrite par nos collègues de neurologie?
D'autre part, comment récuser, qui se prêterait à récuser, dans le cas dont je viens de vous entretenir, une relation de cause à effet entre la syphilis et cette hystéro-neurasthénie survenue sur une jeune femme syphilitique, et survenue en coïncidence avec une poussée de syphilis secondaire? D'autant que les cas de ce genre ne sont pas rares, bien loin de là. Ils sont, au contraire, monnaie courante dans nos services. Ils se présentent à l'observation, au moins dans la syphilis féminine, d'une ftiçon vraiment trop commune pour qu'il y ait possi-
I. V. la relation complète de cette curieuse observation, rédigée par M. Mendel, interne distingué des hôpitaux, dans le nulleliii de la Socidld française de dcrmal. el de sj/dii/., mai i8,-)3, p. 3i5. =
AFFECTIONS l'ARASYPHILlTIQU ES.
bililé de les expliquer par de simples coïncidences Ce sont donc là bel et bien, au-dessus de toute discussion possible, des cas d'h^stdro-neumstàcnie ci origine syphilitique.
Au surplus, qu'y a-t-il donc d'étonnant à ce que la syphilis détermine des manifestations de cet ordre? N'est-elle pas, au contraire, merveilleusement faite pour en provoquer la genèse? Et cela, à trois titres : i" De par l'action anémiante, débilitante, dépressive, qu'elle exerce sur l'économie; — 2° de par le trouble profond, le « branle-bas l qu'elle importe dans les fonctions du système nerveux; — 3" et aussi (gardons-nous de méconnaître ce dernier facteur) de par sa réaction sur le moral, de par la terreur, l'effroi, le désespoir qu'inspire une maladie comme elle, de sinistre renom, une maladie qui « ne pardonne pas, ne guérit pas », avec laquelle « on n'est jamais quitte », etc. J'ai vu plus de vingt fois ceci dans mon cabinet : des consultants à qui j'annonçais (et non sans les ménagements d'usage) qu'ils venaient de contracter la vérole, pâlir, blêmir, perdre contenance, défaillir, tomber évanouis. J'ai vu cent fois des malades, hommes bien trempés et de caractère énergique à tout autre égard, être déprimés, accablés, adynamiés, anéantis rien que par l'impression morale exercée sur eux par la syphilis. J'ai même dans mes notes un cas de tentative de suicide par terreur de la syphilis. Voici le cas, en deux mots. Un jeune
H YSTÉRO-NEUn ASTHÉNIE.
homme vient ici, un malin, demander avis sur une prétendue « écorchure » qu'il disait s'être faite avec sa maîtresse. On lui apprend que cette écorchure n'est rien autre qu'un chancre induré. Il rentre chez lui, écrit quelques mots d'adieu à sa famille, et se pend. Un hasard seul l'a sauvé.
Jugez donc si une maladie susceptible de réagir à ce degré sur le moral n'est pas capable de développer à sa suite des accidents nerveux du genre hystéro-neurasthénique.
Je le répète donc, rien d'étonnant à ce que la syphilis produise, engendre de toutes pièces, de par elle seule ou, à plus forte raison, sur un terrain prédisposé, l'hystéro-neurasthénie.
Mais, en revanche, ce qui est bien plus étonnant, à mon sens, c'est que jusqu'à ce jour on n'ait accordé à une telle maladie qu'une si petite place dans l'étiologie de ladite névrose. Sans doute il en est bien question dans les plus récents travaux publiés sur le sujet; mais, à la façon dont on en parle et pour qui sait lire entre les lignes, il est facile de comprendre qu'on ne lui concède guère et comme par grâce qu'un rôle tout à fait secondaire, effacé, subordonné. Eh bien, cela tient sans aucun doute — du moins n'en puis-je trouver de meilleure explication — à ce que nos confrères en neurologie n'observent pas dans le môme milieu que nous, à ce qu'ils ne vivent pas comme nous dans le monde des syphilitiques. Car, s'ils voyaient ce que nous voyons, très certainement d'excellents et impar-
AFFECTIONS PAR ASYPHILITIQUES.
tiaux observateurs comme MM. Boiivei-et et Levillain (à ne parler que d'eux, par exemple) auraient accordé à la syphilis une influence beaucoup plus considérable qu'ils ne l'ont fait sur la production de la neurasthénie; et, comme nous, ils auraient placé la S3philis au premier rang des causes susceptibles de développer cette névrose.
- En tout cas, la question de \ hystéro-neur asthénie aigué\ apparaissant au cours de la période secondaire et coïncidemment avec diverses manifestations d'ordre spécifique, ne saurait donner lieu à controverses. C'est aujourd'hui, je crois pouvoir le dire, chose jugée.
Donc, je ne m'attarderai pas à discuter ce premier point, sur lequel dès 1 869 je me suis efforcé d'appeler l'attention et qui, d'ailleurs, n'a jamais été sérieusement contesté.
Mais, en revanche, d'autres questions plus nouvelles et plus délicates réclament notre examen, à savoir :
Cette neurasthénie d'origine spécifique peut-elle se produire à des étapes plus avancées de la diathèse que celles où on l'a signalée jusqu'ici ?
Peut-elle se produire non pas seulement, comme nous venons de la décrire, en combinaison, en société avec d'autres manifestations spécifiques, mais d'une façon isolée, indépendante?
Et, enfin, sous quelles formes cliniques se présente-t-elle le plus souvent aux divers âges de la maladie ?
■NEURASTHÉNin.
C'est là ce que nous allons envisager acluellement.
VU
On a cru tout d'abord que la neurasthénie n'était qu'un accident de la période secondaire, voire des étapes jeunes de cette période, c'est-à-dire, approximativement, du premier semestre de l'infection. Mais on a dû revenir et j'ai dû revenir tout le premier sur cette opinion. Depuis que mon attention a été dirigée sur ce sujet, il m'est arrivé de rencontrer la neurasthénie dans la seconde et la troisième année de la maladie, et cela même avec un réel degré de fréquence. Plus rarement je l'ai rencontrée dans la quatrième, la cinquième et jusqu'à la septième année.
Je crois même l'avoir observée deux fois à très longue distance du début de l'infection, à savoir dans la vingtième et la vingt-troisième année; mais, ne disposant que de ces deux seuls cas, je me garderai de toute affirmation à leur égard.
Que, d'abord, elle puisse se produire à divers âges de la syphihs, cela n'est en rien fait pour nous surprendre. C'est même là le sort commun de la plupart des manifestations spécifiques. Rien que d'analogue en cela, pour prendre un terme de comparaison, à ce qui se passe pour la syphilis cérébrale, laquelle a bien un maximum de fré-
4^ AFFECTIONS PAnASYPIIILITIQUES.
quence de la Iroisième à la quatrième année de la diathèse, mais ne s'en manifeste pas moins d'une façon commune à des échéances très différentes, soit bien avant, soit bien après ce terme.
En second lieu, rien d'anormal à ce que la neurasthénie paisse se produire à l'état de manifestalion isolée, tout comme elle se produit en coïncidence avec d'autres déterminations diathésiques. Il en est de la sorte pour tous les accidents de la syphilis; inutile même de citer des exemples.
Que jusqu'ici elle ait été presque toujours signalée en coïncidence avec d'autres manifestations spécifiques, c'est tout simple, et il est à cela de bonnes raisons. C'est qu'associée à tels ou tels symptômes dûment syphilitiques, elle ne pouvait guère être méconnue en tant que symptôme de syphilis, tandis que, se présentant isolée, elle avait toutes chances pour ne pas être rattachée à sa véritable origine. J'en juge par moi-même. Longtemps j'ai hésité à imputer à la syphilis la neurasthénie que je rencontrais à l'état de manifestation exclusive sur des sujets syphilitiques, tandis que, plus tard, enhardi par l'expérience , c'est-à-dire après l'avoir observée nombre de fois comme expression isolée de la syphilis, j'ai dû comprendre qu'elle n'avait pas besoin d'une escorte d'accidents spécifiques pour que son origine spécifique pût être légitimement affirmée.
Dans ces conditions nouvelles, c'est-à-dire alors
CÉPHALÉE NEUliASTHÉNIQUE.
que la neurasthénie se manifeste en dehors de l'orage seeondaire qui lui servait de cortège dans le type précédemment étudié, sous quelles formes se présente-t-elle à l'observation?
Quoique nous soyons encore bien novices en la matière, nous pouvons répondre ceci :
Que parfois elle affecte une forme fruste^ qui est celle de la céphalée neurasthénique \ — ■ que, d'autres fois, elle prend une forme plus complète, avec prédominance de symptômes ou médullaires ou cérébraux (myélasthénie, cérébrasthénie) ; — mais que bien plus souvent elle revêt, par rapport à ce qu'est la neurasthénie commune, une forme mitigée^ adoucie, comme avortée presque, en même temps que vague d'expression, c'est-à-dire sans prédominance marquée d'aucun ordre de phénomènes, et consistant surtout en un certain état de langueur générale asthénique.
Étudions ces diverses formes.
Vin
Cépha lée neurasth en ique.
La céphalée neurasthénique qui se développe sous l'influence de la syphilis n'est rien autre que ce qu'elle est couramment, usuellement, alors qu'elle dérive de n'importe quelle autre cause.
Elle consiste purement et simplement en ceci :
48 AFFKCTIONS PAHASYPHILITIQUES.
un état de malaise de la tête, malaise plus imporlun que douloureux, et naturellement escorté comme tout phénomène de cet ordre, de quelques troubles sympathiques.
Ce qui en l'ait l'importance, disons-le immédiatement, ce n'estpas la douleur même en raison de son intensité, de son acuité, mais bien la persistance là permanence, la durée. Rien d odieux, d'intolérable comme un mal (voire un petit mal) assidu, contuui, qm vous persécute incessamment, qui s installe à l'état de fait habituel et avec lequel on nen a jamais fini. Or, précisément, telle est la céphalée neurasthénique, dont la durée ne se compte guère par mois, mais plutôt par années. En sorte que, sans comporter une grande acuité douloureuse, elle n'en aboutit pas moins à troubler absolument l'existence et à devenir un véritable supplice.
Comme exemple du genre (mais comme exemple il coup sûr exagéré, excessif, car il s'en faut très heureusement que ce soit là un type habituel), je vous citerai le cas d'un de mes malades de la ville qui a été afFecté d'une céphalée de cet ordre pendant une dizaine d'années. Après avoir contracté en 1879 une syphilis dont il se traita d'ailleurs assez correctement, il commença, vers i883, à souflrir de la tête d'une façon rappelant exactement la céphalée neurasthénique; puis ce mal de tête, avec des intermissions et des exacerbations tout aussi inexplicables les unes que les autres, l'a poursuivi pendant