MORT SANS LÉSIONS
Or, puisque nous n'en savons rien, ni par la clinique, ni par les nécropsies, nous avons bien le droit non moins que le devoir de chercher l'explication de leur mort dans quelques hypothèses.
Eh bien, au nombre des hypothèses à introduire en l'espèce, il me semble qu'il en est une toute simple, rationnelle, presque légitime, oserai-je dire.
C'est que ces enfants, en raison du vice originel qui pèse sur eux, n'ont pas été constitués viables ; — c'est qu'en raison d'une certaine dystrophie générale, ils n'ont pas reçu le degré de force, d'énergie, de résistance organique, qui rend apte à la vie; — c'est qu'ils ont été comme enrayés dans leur développement vital par une sorte de dystrophie native.
Et celte hypothèse, je l'avoue, elle me satisfait. Car, là encore, sous une forme dont je ne vois que trop bien les effets, mais dont le mécanisme m'échappe, je retrouve, je reconnais cette même influence d'arrêt de développement, de déchéance, de dystrophie, qui caractérise ailleurs, et de façons si variées, l'hérédo-syphilis.
En sorte que, résumant tout ce qui précède et considérant d'ensemble les résultats divers que nous venons de passer en revue, je me crois autorisé à vous dire ceci, comme conclusion :
La syphilis héréditaire n'est pas plus astreinte que la .syphilis acquise à se limiter exclusivement
AiriîCTIONS I'A11ASYI>HILITIQUES.
à des lésions d'ordre syphilitique; elle non plus ne fait pas que de la syphilis proprement dite. Tout au contraire, elle est susceptible de se traduire par des modalités autres que des lésions purement syphilitiques. Et l'une de ces modalités (l'une des plus néfastes) consiste précisément en cet ordre de faits si curieux que nous venons d'étudier et que constitue une influence dystrophique, une influence de formation incomplète^ voire parfois de nonformation^ de non-viabilité .
Et c'est de la sorte que :
1° Tantôt l'hérédo-syphilis enraie le développement individuel de certains organes^ tels que les dents, le testicule, l'ovaire, le cerveau, etc.;
2° Tantôt elle aboutit à un résultat plus complexe en entravant le développement général de l'individu, en l'abaissant jusqu'au degré de l'infantilisme, voire peut-être du nanisme;
3° Et tantôt, enfin, enrayant le produit de conception dans son développement originel, elle le tue sans lésions; si bien que le fœtus ou l'enfant succombe, en de telles conditions, par simple dystrophie native^ par insuffisance congéniale de ce qui constitue la viabilité; si bien qu'au total il meurt par ce fait seul qu'// na pas reçu, nativement^ la force de vivre.